dimanche 29 décembre 2013

Renouveau


Le renouveau, quand il montre le bout de son nez dans les rêves, apparait souvent comme un enfant. Il arrive qu’il démontre des capacités un peu extraordinaires qui attirent l’attention. Par exemple, c’est un bébé de quelques mois qui parle avec beaucoup de sagesse, ou c’est un jeune enfant qui d’une main tendue tire le rêveur de la rivière où il était en train de perdre pied. Quand il y a de telles caractéristiques hors du commun, on sait qu’on est en présence d’un archétype. Ici, c’est bien sûr de l’Enfant Divin dont il est question. Et ce n’est évidemment pas un hasard si le solstice d’hiver est associé dans notre culture avec Noël, la célébration par excellence de l’Enfant Divin.

Il est logique que l’enfant symbolise le début d’un nouveau cycle, une nouvelle impulsion de vie. En regard d’un monde en voie d’épuisement, l’Enfant Divin apparait volontiers comme le Sauveur, et pourquoi pas ? Il nous rappelle que toute situation recèle des capacités créatrices, des possibilités de renouveau, et finalement que tout change, que l’impermanence est la seule loi. Cet enfant merveilleux souligne aussi le fait qui veut que le tout-petit pacifique et vulnérable l’emporte finalement sur la force et le pouvoir, comme l’enfant Jésus sur le roi Hérode. Dans de nombreux contes, c’est de l’enfant innocent – étymologiquement : qui ne nuit pas – que vient la solution. Pour Jung, il y a là aussi une allusion à la « fonction inférieure » de la conscience, c’est-à-dire que le renouveau vient de ce qui en nous est le moins développé, le plus immature et par là-même, le plus proche de l’inconscient.

Le meilleur usage que nous puissions faire des projections, c’est de les utiliser comme des reflets dans le miroir que nous tend la réalité. Dans tout enfant, il y a quelque chose de vraiment divin qui tient à la fraicheur du nouveau, à l’émergence du non-conditionné. L’enfant nait de deux parents, de deux histoires qui se mêlent comme des rivières, dans un certain contexte qui est celui de son époque, de la culture, de la société dans lesquelles il apparait, et cependant il est plus que le produit de tous ces facteurs. Il apporte quelque chose de nouveau, qui lui est propre et qui est absolument unique, sa propre petite note dans le grand concert de l’Univers. Finalement, l’enfant incarne le processus créateur dont émerge sans cesse la réalité de ce que nous appelons le monde : d’instant en instant, un moment présent toujours neuf, qui n’est la copie d’aucun autre moment. Nous-mêmes, nous sommes aussi d’instant en instant toujours neufs, non conditionnés dans notre nature essentielle par notre passé ou par quoi que ce soit ; nous oublions trop souvent que nous nous recréons sans trêve.

Quand l’Enfant Divin vient nous visiter dans nos rêves, il nous rappelle que nous portons en nous-mêmes cette capacité créatrice d’un renouveau salvateur. Il nous invite à « redevenir comme de tout-petits enfants ». Il ne s’agit pas là de laisser ressortir ce que nous avons de dépendances infantiles mais simplement de revenir à notre innocence première et de porter un regard neuf sur tout ce qui nous entoure ainsi que sur nous-mêmes. La conscience est en elle-même toujours neuve, fraiche et non-conditionnée, tout comme l’instant présent. Lorsque l’enfant apparait, c’est que nous sommes prêt à reconnaitre que l’empereur est nu ; tout ce dont nous habillons la réalité est en voie de dissolution, d’effondrement, pour laisser la place à la simple vérité. Elle arrive sans tambour ni trompette, ou alors ce sont les instruments d’une joyeuse fanfare. C’est un éclat de rire, la joie soudaine d’être, un relâchement des tensions du corps et de l’âme qui se baignent enfin dans la fraicheur toujours renouvelée de la vie. Ah, quelle merveille, tout est toujours nouveau !

Je vous invite à regarder la vidéo ci-dessous comme une illustration quasi-onirique de cette réflexion sur l'omniprésence du nouveau. Elle a été réalisée en 1971 par James Broughton, un poète et réalisateur d'avant-garde qui faisait des films pour «voir de quoi [ses] rêves auraient l'air. » Cette séquence, qui illustre (en anglais) un de ses poèmes les plus fameux - This is It -, se regarde en effet comme un rêve où l'on revisite le jardin d'Éden en compagnie de l'Enfant Divin et d'une balle qui pourrait bien représenter le Soi, si l'on veut encore s'encombrer de concepts pour désigner Cela.


 

Voici ma traduction du poème avec le texte original, qui s'écoute ici comme une comptine - même si vous ne comprenez pas la langue de Shakespeare, vous en saisirez facilement l'essentiel:

This is It
This is really It.
This is all there is.
And it’s perfect as It is.

There is nowhere to go
but Here.
There is nothing here
but Now.
There is nothing now
but This.

And this is It.
This is really It.
This is all there is.
And It’s perfect as It is.

This is It
and I am It
and You are It
and so is That
and He is It
and She is It
and It is It
and That is That

O it is This
and it is Thus
and it is Them
and it is Us
and it is Now
and Here It is
and Here We are
so This is It
Ceci est Cela
Ceci est vraiment Cela
C'est tout ce qu'il y a
Et c'est parfait tel que c'est.

Il n'y a nulle part où aller
seulement Ici.
Il n'y a rien ici
seulement Maintenant.
Il n'y a rien maintenant
seulement Cela.

Et ceci est Cela
Ceci est vraiment Cela
C'est tout ce qu'il y a
Et c'est parfait tel que c'est.

Ceci est Cela
et je suis Cela
et tu es Cela
et ainsi est-ce Cela
et Il est Cela
et Elle est Cela
et Cela est Cela
et Ceci est Ceci

O c'est Ceci
et cela l'est donc
et c'est Eux
et c'est Nous
et c'est Maintenant
et cela est Ici
et Nous sommes Ici
alors Ceci est Cela.

Je vous souhaite une heureuse nouvelle année, avec à l'esprit donc que le renouveau est toujours... maintenant !

1 commentaire:

  1. Salut Jean,

    Après mon commentaire que j'ai poster hier, j'ai rêvé de mon plus jeune enfant qui enfante lui-même encourager par sa mère. Le rêve est plus long mais cette scène est encore en phase avec le thème du renouveau. Le renouveau qui se renouvelle...

    À bientôt !

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