jeudi 30 avril 2026

Non pas une psychanalyse !


Il n’est pas rare désormais d’entendre parler de psychanalyse jungienne, terme qui aurait sans doute fait sursauter Jung, ou de croiser, en particulier dans les milieux où l’on s’intéresse aux rêves, des psychanalystes jungien.ne.s. Je ne mets pas du tout en doute les bonnes intentions de ces dernier.e.s mais je crains que l’emploi de ces termes ne constitue bien souvent un aveu d’ignorance qui entretient une certaine confusion. Comme l’écrivait Michel Cazenave, « ce n’est pas par coquetterie intellectuelle » que Jung a pris le plus grand soin à clarifier ce qui différenciait sa psychologie analytique, qu’il envisageait aussi, selon Frieda Fordham, de nommer « psychologie complexe », de la psychanalyse. L’acte de naissance de la psychologie analytique est sa conférence en août 1913 au XVIIe Congrès International de Médecine, où il indique que son approche découle de la technique analytique mais veut ouvrir une voie distincte du « point de vue exclusivement sexuel » de Freud en mettant l’accent sur un nouveau point de vue fondé sur une approche énergétique de la psyché, s’inspirant de la pensée d'Henri Bergson et du pragmatisme de William James. Dès lors, il n’a eu de cesse de souligner la distinction essentielle entre son approche et celle de la psychanalyse, qui ressort tout particulièrement dans ces mots célèbres de Jung dans une lettre de 1934 :

« Ce que l’on appelle exploration de l’inconscient dévoile en fait et en vérité l’antique et intemporelle voie initiatique. La doctrine de Freud est une tentative d’ensevelissement  pour se protéger des dangers de la ‘longue route’, seul un chevalier risquera la ‘queste et l’aventure’. »

Non seulement il n’hésite pas à dire ici que la direction qu’il propose est celle de «  l’antique et intemporelle voie initiatique », mais il prend soin de préciser comment il situe « la doctrine de Freud » en regard de celle-ci. Il précise aussi qu’il s’agit d’une longue route, évoquant ainsi la longissima via des alchimistes et laissant entendre qu’il n’y a pas de raccourci, et qu’il n’y a pas de carte bien définie : c’est une quête et une aventure, qui recèle des dangers. Bref, il évoque une réalité sensible qui est bien souvent évacuée sur un brancard quand il est question de psychanalyse : il parle de l’âme. Et quand on évoque l’âme, il est implicitement fait référence, quand elle n’est pas simplement confondue avec la psyché, à la dimension spirituelle du Travail, ce qui ressort particulièrement dans Psychologie et alchimie quand Jung écrit :

« L’âme est à Dieu ce que l’œil est au soleil. »

Dès lors, cette longue route qu’il a tenté d’éclairer dans des termes contemporains s’avère le chemin de retour de l’âme à sa source, un pèlerinage. Au lieu de cela, on se retrouve malheureusement bien souvent avec une « psychanalyse avec des archétypes », c’est-à-dire avec une approche personnaliste qui réfère à des grandes figures collectives que l’on peine à distinguer de stéréotypes, c’est-à-dire de clichés du genre « le Guerrier », « la Femme sauvage », etc. Or les archétypes ne sont pas des représentations symboliques confinant à l’abstraction sur lesquelles on peut gloser, que l’on explique avec des allégories réductrices, mais des puissances qui saisissent un individu, le fascinent et le contraignent à un destin ; ce sont des dieux et des déesses, qui se manifestent bien souvent (nous disait James Hillman) en symptômes puisque nous ne sommes plus capables de les honorer. Les symboles deviennent des objets de discussion intellectuelle bien rangés dans des dictionnaires, les archétypes des images manipulables par le marketing et l’âme un papillon épinglé dans un album, dont on a irrémédiablement perdu le vol, c’est-à-dire l’essentiel, l’essence. 


Mais encore une fois, je ne suis pas là pour jeter une pierre à qui que ce soit, et je ne me pose pas en gardien du « vrai Jung » : il n’a pas besoin de vestales pour entretenir la flamme de sa mémoire brûlante. Je sais que pour survivre dans un monde dominé par la rationalité qui tend à mécaniser l’être humain et le réduire à des pulsions, la psychologie analytique de Jung a dû s’adapter à la doxa dominante, qui en a elle-même assimilé plusieurs idées. Je comprends aussi que la plupart des psychanalystes jungien.ne.s sont «  jungien.ne.s » précisément parce que la psychanalyse ne saurait satisfaire cette étrangeté mystérieuse qui remue en dedans et qu’on appelle l’âme ; iels ont entendu un appel, quitte à ce que celui-ci reste indistinct, se confondant avec les aboiements des chiens dans la nuit. Iels se sont mis en chemin, et je ne peux qu’honorer ce dernier, et souhaiter que l’âme ressorte de la tombe où la rationalité moderne l’avait enterrée, et subvertisse la psychanalyse. Jung n’avait pas besoin de jungien.ne.s ; il refusait même qu’on se désigne comme tel. Mais désormais, on l’évoque comme une figure tutélaire et il est sur les étendards de celles et ceux qui, sans même le savoir souvent, sont engagé.e.s dans la bataille pour l’Âme du Monde dont parlait ce grand ami de Jung qu’a été Henry Corbin. Or Jung prévoyait assez bien ce qui ne pouvait manquer d’arriver après sa mort – il écrivait à une amie quelques années avant celle-ci :

« De folles discussions nous font voir ce qu’il adviendra de moi lorsque je serai devenu posthume. Tout ce qui a été feu et vent dans ma vie sera mis dans l’alcool et changé en préparation morte. C’est ainsi que les dieux sont inhumés dans le marbre et l’or tandis que les simples mortels comme moi le sont dans le papier. » 

Ce blogue a précisément pour but, depuis ses débuts, de faire ressortir ce feu et ce vent du formol, quitte à briser quelques bouteilles pour cela. Je proposerai donc dans cet article quelques éléments de réflexion qui mettront en lumière combien il est impropre de parler de « psychanalyse jungienne » – ce faisant, je ne vise pas à polémique mais simplement à permettre d’approfondir la dimension proprement jungienne de la recherche. Et je souhaite aussi simplement offrir à celles et ceux dont l’âme est suffisamment éveillée pour pointer son nez à la lisière de la forêt, s’interrogeant sur la possibilité d’être encore accueillie chez les humain.e.s et redoutant d’être emprisonné.e dans les rets d’une rationalité bien souvent meurtrière, un signe de chaleureuse amitié et quelques indications sur les lieux où elle pourrait trouver un refuge bienveillant.    

La dame à la Licorne (tapisserie d'Aubusson)

Pour commencer, il faut souligner qu’il y a des choses tout à fait valables dans la psychanalyse, et que les travaux de personnes comme Jacques Lacan et de Françoise Dolto ont ouvert des perspectives très enrichissantes dans la connaissance de l’être humain. Dans La Guérison psychologique, Jung expose avec clarté pourquoi son approche englobe la psychanalyse sans s'y réduire. Il y propose une discussion sur l'utilisation du terme de psychanalyse pour décrire les approches très variées de l'étude et du traitement de la psyché, et examine les différentes méthodes thérapeutiques : la psychanalyse freudienne, la psychologie individuelle d'Adler, la psychologie médicale, et sa psychologie analytique. Cette dernière embrasse la psychanalyse et la psychologie individuelle, mais va au-delà. Jung constate aussi, dans la même veine pratique, que l'analyste doit savoir se mouvoir dans plusieurs registres sans jamais être prisonnier d'un seul :

« Naturellement, il faut qu'un médecin connaisse les prétendues "méthodes", mais il doit bien se garder de se fixer sur une voie déterminée routinière. Il ne faut utiliser qu'avec beaucoup de prudence les hypothèses théoriques. Peut-être sont-elles valables aujourd'hui, demain ce pourrait en être d'autres. Dans mes analyses, elles ne jouent aucun rôle. C'est précisément avec intention que j'évite d'être systématique. À mes yeux, confronté à l'individu, il n'y a que la compréhension individuelle. Chaque malade exige qu'on emploie un langage différent. Ainsi pourrait-on m'entendre dans une analyse employer un langage adlérien, dans un autre un langage freudien. »

Ainsi, Jung ne s’oppose pas frontalement à Freud mais il introduit dès 1914 des éléments spécifiques dans la cure analytique, en s’intéressant en particulier au « mythe personnel » de ses patients, et il est bientôt perçu comme le seul à pouvoir contredire le Viennois sur son propre terrain. Cependant, la divergence avec la psychanalyse n'est pas un schisme de personne — c'est une rupture épistémologique profonde. Freud s'intéressait au passé personnel du patient — Jung parle lui-même de la « méthode réductive de la psychanalyse » — pour étudier et élaborer des contenus de l'inconscient structurés par les événements psychosexuels, tels qu'ils se révèlent dans le présent de la cure. Jung, au contraire, se concentrait sur les profondeurs de la psyché connectant à des couches antérieures à la dimension personnelle, et qui déterminent celle-ci. Il a fait ressortir ce qu’il appelait un « principe téléologique », c’est-à-dire qu’au-delà des accidents modelant l’histoire d’une personne, la psyché semble poursuivre un but. En effet, contrairement aux formations symptomatiques freudiennes tournées vers le passé, les manifestations archétypiques orientent la personnalité vers son accomplissement futur. C’est ainsi que Jung a mis en lumière ce qu’il a appelé le « processus d’individuation » par lequel un individu devient entièrement lui-même. Cette découverte révolutionne la compréhension des productions de l'inconscient en révélant leur dimension créatrice et prospective.


Chez Freud, la névrose est essentiellement un symptôme lié au refoulement d'une pulsion, à réduire ou à contrôler. Pour Jung, c'est tout autre chose — et c'est là une différence de nature, non de degré : dans sa perspective, la névrose est avant tout une désunion avec soi-même qui porte en elle-même une tentative de guérison. Ainsi écrit-il : 

« Ce que le malade doit apprendre, ce n’est pas comment on se débarrasse d’une névrose mais comment on l’assume et on la supporte. Car la maladie n’est pas un fardeau superflu et vide de sens; elle est nous-mêmes; nous-mêmes en tant que « l’autre » que l’on cherche à évincer. »

et :

« Une névrose est vraiment ‘liquidée’ quand elle a corrigé la mauvaise attitude du moi. Ce n’est pas elle qui est guérie, c’est elle qui nous guérit. L’homme est malade; or la maladie est l’effort que fait la nature pour le guérir. Nous pouvons donc apprendre beaucoup de la maladie pour notre retour à la santé, et ce qui apparaît au névrosé indispensable à repousser renferme l’or véritable qu’il n’a trouvé nulle part ailleurs. »

Dans Dialectique du moi et de l’inconscient, Jung différencie sa pratique de l’analyse de celle de Freud sur un point crucial : la relation thérapeutique implique le thérapeute jusqu’à le transformer tout autant que son analysant.e. La différence ressort dans le dispositif en cabinet, où au lieu que le patient soit allongé sur un divan pendant que l’analyste est en position haute, assis sur une chaise généralement derrière lui, l’analyste jungien fait face à son analysant.e. Le thérapeute ne suit pas une recette ou une méthode prédéfinie, mais s’engage dans une relation créatrice où l’inconscient agit en fait comme un tiers dans le dialogue :

« La pratique médicale est un art et il faut en dire autant de l'analyse. L'art véritable est créateur, et ce qui crée est au-delà de toute théorie. C'est pourquoi je dis à tout débutant : apprenez les théories aussi bien que vous le pourrez, mais laissez-les de côté dès que vous toucherez les merveilles de l'âme vivante. Ce ne sont pas les théories, mais votre personnalité créatrice qui sera décisive. »

La fracture la plus radicale entre la psychologie analytique et la psychanalyse est enfin autour de la notion d’inconscient collectif. Ce dernier est un concept empirique et opérationnel créé par Jung au contact des grands malades mentaux – il faut relever là que Jung est le seul, parmi les fondateurs de la psychologie de l’inconscient, à avoir une expérience significative en hôpital psychiatrique. Elle ressort aussi de son intérêt pour la mythologie : « la notion d’archétype dérive de l’observation, souvent répétée, que les mythes et les contes de la littérature universelle renferment les thèmes bien définis qui reparaissent partout et toujours. » Mais ce qui fascine Jung, c’est que ces thèmes se retrouvent dans les imaginations et les rêves de ses patients sans qu’ils ne connaissent ces mythes et ces contes. Il en ressort que l'histoire personnelle ne suffit pas à expliquer et comprendre l'ensemble des fonctionnements et contenus psychiques en jeu dans la pathologie mentale. Il existe donc des instances psychiques relevant de l'humanité plutôt que de l'individu. C'est par cette notion que la psychologie analytique diffère radicalement de toutes les autres psychologies et psychanalyses existantes. Jung lui-même l'explicitait dans une lettre : « Nous ne résoudrons pas le fond de la névrose et de la psychose sans la mythologie et l'histoire des civilisations. »


Illustration du Livre Rouge

Freud avait, lui aussi, observé la présence d'images mythiques — des « résidus archaïques » — dans la psyché. Mais la conception de Jung est très différente : il voit dans ces résidus non pas des objets périmés, mais des racines vivantes de la psyché humaine. Dès lors, il élabore autour de la possibilité d’entrer en relation consciente avec ces archétypes, en lesquels il reconnaît les puissances que les anciens désignaient comme appartenant au domaine des déesses et des dieux. Il prend conscience que ces derniers constituent d’une certaine façon les organes de la psyché humaine, et qu’ils influent de façon décisive sur notre perception, modelant nos représentations. On pourrait dire qu’il s’agit du versant spirituel de l’instinct. Ainsi, les archétypes « sont les formes de représentation, d’intuition, présentes a priori, c’est-à-dire innées… de perception et de compréhension… De même que les instincts incitent l’homme à une conduite de vie spécifiquement humaine, de même les archétypes contraignent la perception et l’intuition à des formes spécifiquement humaines »

Ces considérations, qui peuvent encore sembler toutes théoriques, ont d’importantes conséquences pratiques, par exemple dans le travail avec les rêves. Les méthodes d'investigation des rêves de la psychanalyse et de la psychologie analytique ne sont pas superposables. La psychanalyse procède par association libre — la pensée dérive à partir de l'image onirique vers son histoire personnelle. Jung procède par amplification — le rêve est mis en résonance avec les grands mythes, les symboles culturels et les structures archétypiques universelles. Jung ne nie pas que les associations puissent éclairer en partie le rêve mais il propose que la traditionnelle méthode réductrice de l'analyse des rêves soit complétée d'une synthèse lorsque les symboles proviennent de l'inconscient collectif. Ce processus constructif — qu'il nomme fonction transcendante — met le patient en contact avec le dynamisme propre des images oniriques. C’est la porte d’entrée à une approche des rêves qui ne passe plus par l’interprétation mais par l’imagination active, méthode spécifiquement jungienne d’exploration de l’inconscient. Et c’est à partir de là que la divergence entre Freud, qui s’accroche à sa rationalité, et Jung, qui lève les voiles de l’imagination, c’est-à-dire de la relation vivante avec l’inconscient et avec un mystère central qu’il nomme le Soi, devient abyssale...

Car tout ce que je viens de dire relève encore de la psychologie au sens classique – l’âme, vous l’aurez remarqué, n’y a pas tellement droit de cité. Mais historiquement, ces éléments relèvent du premier Jung, c’est-à-dire de Jung jusqu’au début des années 1920 et la publication de l’Homme à la découverte de son âme. Or il y a plusieurs Jung. Après la rupture avec Freud, Jung s’est engagé dans une confrontation radicale avec l’inconscient dont le Livre rouge conserve les traces brûlantes. Au cours de celle-ci, il reprend contact avec cette fameuse âme, qui lui reproche ouvertement de l’avoir abandonnée. Puis, ultérieurement, il découvre que les images employées par les alchimistes dans leurs anciens grimoires reflètent précisément les processus de l’inconscient. Et il élabore la notion centrale du Soi, dont il emprunte la désignation à la philosophie spirituelle de l’Inde. Il y a donc un Jung alchimiste, qui laisse loin derrière lui le jeune Jung psychanalyste, et plus tard encore, après l’écriture de la Réponse à Job, un Jung que l’on peut qualifier avec précaution de « gnostique », ce Jung qui répond quand on lui demande si croit en Dieu qu’il ne croit pas, il sait. Et ce savoir, cette connaissance, est le fait d’une expérience directe de ce qu’il appelle le Soi.

Le Soi, c’est-à-dire une dimension éternelle dans l’être humain qui cherche à établir une relation consciente avec le moi, et qui sans être Dieu, en porte l’image au cœur de la psyché humaine, est certainement la plus grande découverte de Jung autour de laquelle tous les autres concepts s’articulent. Ainsi les archétypes de l’inconscient collectif sont au Soi ce que les rayons sont au soleil, ou ce que les Noms divins sont à l’Unique dans la tradition soufie. L’individuation est le processus de croissance psychique par lequel le moi élabore une relation consciente avec le Soi. Et c’est jusqu’à la notion fameuse de synchronicité, qui suscite tellement de discussions, qui ne peut être séparée de la dimension du Soi, c’est-à-dire de la manifestation du Sens. 


Illustration du Livre Rouge

Von Franz est ainsi celle qui a le mieux formulé en quoi la psychologie analytique dépasse structurellement le cadre de la psychanalyse — non seulement cliniquement, mais comme vision du monde. Elle développe la thèse de Jung selon laquelle les archétypes ne sont pas simplement des structures psychiques, mais des facteurs formateurs possibles de l'univers lui-même : Von Franz met en évidence que les nombres envisagés sur un plan qualitatif, comme le faisaient les anciens, sont des archétypes gouvernant à la fois l'esprit et la matière, jetant ainsi un pont entre ces deux domaines. La physique moderne reposer sur le rôle des nombres comme facteurs d'arrangement de la matière. Il y a là un parallèle avec les structures décelées par Jung dans l'inconscient collectif. Cette vision aboutit à la conception d'un monde unifié — l'Unus Mundus des alchimistes — dont l'harmonie et le sens se traduisent par un ordre numérique, mettant fin au dualisme cartésien.

Mais le Soi, et la dimension spirituelle de l’être humain, ne trouvent aucune place dans la psychanalyse qui reste ancrée dans un socle rationaliste. Avec la « psychanalyse jungienne », exit donc l’âme et le Soi. Le terme « psychanalyse jungienne » est commode, populaire, et parfois utilisé comme synonyme par les praticien.ne.s eux-mêmes — y compris la SFPA. Mais il est intellectuellement impropre pour au moins cinq raisons :

1. Terminologique : Jung a lui-même forgé et défendu le terme de « psychologie analytique » ou « psychologie complexe » (Komplexe Psychologie) précisément pour se distinguer de la psychanalyse.

2. Épistémologique : la psychologie analytique est finaliste et prospective ; la psychanalyse freudienne est causale et réductrice. Ce sont deux orientations opposées du rapport au symptôme et à
l'inconscient.

3. Ontologique : l'inconscient collectif, les archétypes, l'âme, le Soi, la synchronicité, l'Unus Mundus — ce sont des concepts qui n'ont pas d'équivalent en psychanalyse et qui débordent largement le cadre de la psychothérapie.

4. Méthodologique : amplification des symboles vs association libre ; imagination active vs interprétation du contenu latent ; réciprocité transformatrice du thérapeute vs neutralité de l'analyste.

5. Cosmologique : la psychologie analytique, dans son geste le plus hardi — chez Von Franz notamment — aspire à être une théorie du réel, pas seulement une théorie de la psyché individuelle. En ce sens, l'appeler « psychanalyse » serait comme appeler la physique quantique une « mécanique newtonienne améliorée ».

Jung est cependant responsable en partie de la confusion conceptuelle qui entoure sa psychologie analytique, en particulier avec l’ambiguïté qu’il n’a cessé d’entretenir entre les notions de psyché et d’âme. Bien souvent, il emploie ces deux mots de façon équivalente. Pourtant, dès les Types psychologiques, il établit une distinction claire : 

 « Mes recherches sur la structure de l'inconscient m'amenèrent à établir une distinction conceptuelle entre psyché et âme. J'entends par "psyché" la totalité des processus psychiques, conscients et inconscients ; l'âme, au contraire, est un complexe délimité de fonctions nettement déterminées. »
 
Illustration du Livre Rouge

Dans son idée, « âme » correspond en fait à l'anima chez l'homme et à l'animus chez la femme. Alors que psyché équivaut à l’ensemble conscient + inconscient, l’âme est une fonction différenciée au sein de cette totalité, à savoir l'anima/animus, c’est-à-dire l'instance de la relation intérieure, de la médiation entre le Moi et le Soi. Mais il faut cependant noter que cette définition n'est pas absolument fixe. Ailleurs dans son œuvre, Jung emploie les deux termes comme synonymes — on peut lire par exemple : 

« De même que l'image qu'elle nous fournit du monde extérieur ne correspond pas à l'original, la conscience et ses éléments ne sont pas identiques au psychique ou — comme on pourrait dire également — à l'âme. »

Cette oscillation n'est pas négligence : elle témoigne du fait que Jung opère sur deux plans. Au sens technique et différencié, l'âme est l'anima/animus. Au sens ontologique et cosmique, l'âme désigne la réalité psychique dans sa totalité vivante, irréductible au concept de « psyché » compris comme appareil mental. Elle ressort comme une réalité vivante plus ancienne et plus profonde que toute conscience. Ainsi écrit-il :

« Le rêve est la petite porte cachée dans le sanctuaire plus profond et plus intime de l'âme, qui s'ouvre à la nuit cosmique primordiale qu'était l'âme bien avant qu'elle soit un esprit conscient. » 

Cette formule révèle une âme qui précède la conscience — antérieure à toute différenciation psychique, plongée dans ce que Jung appelle la « nuit cosmique primordiale ». Ce n'est plus la psyché comme ensemble fonctionnel : c'est l'âme comme fond obscur et maternel dont la conscience n'est qu'une émergence tardive et fragile. Cette antériorité de l'âme est décisive : la psyché est un concept structurel tandis que l'âme, dans cet emploi est cosmogonique, presque mythologique.

Von Franz approfondit l'intuition jungienne en insistant sur la nature fondamentalement imaginale de l'âme, ce qui la distingue de la psyché comme système fonctionnel :

« L'âme ne peut être saisie que par le biais de ses images. Elle n'est pas un concept ni une abstraction : elle est avant tout ce qui se montre, ce qui surgit, ce qui prend forme. La psyché peut être décrite comme un appareil ; l'âme ne peut qu'être vécue. »

En suivant Von Franz, on en arrive à penser l'âme non comme enfermée dans l'individu mais comme ouverte à une dimension collective et cosmique. Elle a prolongé la pensée de Jung sur la notion d'Unus Mundus — un monde un, au-delà de la dualité esprit/matière. Dans son livre Matière et psyché, elle explore le lieu où esprit et matière se rejoignent en un espace de « mystérieuse conjonction » — le lieu de la totalité. C'est ici que l'écart entre âme et psyché s'approfondit le plus radicalement : la psyché reste un concept anthropologique — elle désigne la vie intérieure de l'être humain. L'âme, dans son acception cosmologique, désigne quelque chose qui déborde l'individu, qui appartient à la réalité même. L'anima mundi des Alchimistes, que Jung et Von Franz réhabilitent, n'est pas une métaphore mais c'est l'affirmation que l'âme est un principe formatif du monde, pas seulement un registre de l'expérience humaine. Par là, Jung et Von Franz, dans leur vision de l’âme, rejoignent les peuples chamaniques pour qui l’âme est liée aux étoiles, et a une dimension minérale, végétale, animale… et aussi angélique. A partir de là, Von Franz fait ressortir que si la psychologie analytique est une science de la psyché, elle est cependant au service de l'âme. La psyché est l'objet d'étude ; l'âme est ce qui, en dernière instance, est en jeu. Ainsi écrit-elle :

« C'est l'âme qui souffre dans la névrose — pas seulement la psyché qui dysfonctionne. Et c'est l'âme qui guérit lorsque le symbole vivant advient. La psychologie peut décrire ce processus ; elle ne peut pas le produire. »

Marie-Louise Von Franz

Dès lors, c’est toute la compréhension de la nature de la psychothérapie qui est mise en question. Jung, sans nier la réalité de la psychopathologie, dont il a eu une expérience de première main, met en évidence la réalité d’expériences numineuses, ou dirait-on aujourd’hui « spirituelles », que la psychologie ne peut expliquer, réduire. Il écrit dans les considérations finales du Mysterium conjunctionis que « ces phénomènes ne relèvent pas exclusivement de la psychologie pathologique, mais peuvent également être observés à l’intérieur des frontières de la normale. Toutefois, la méconnaissance de ces expériences spirituelles intimes par l’esprit moderne et les préjugés qui règnent à leur sujet incitent à les ranger parmi les anomalies psychiques et à les classer dans le registre psychiatrique sans faire le moindre effort pour les comprendre. Mais on ne se débarrasse pas pour autant de leur réalité, pas plus qu’on ne les explique. » 

Et il prenait position quelques années auparavant, avec une ironie ravageuse, sur les positions respectives de la psychanalyse et de l’expérience religieuse : 

« L’entreprise clinique de la psychothérapie est un simple expédient destiné à empêcher, dans la mesure du possible, les expériences numineuses d’être vécues. Jusqu’à un certain point cela marche. Mais il y aura toujours des cas où les gens iront plus loin, même parmi les médecins ? » 

On comprend dès lors ce qu’il disait dans la citation de 1934 que j’ai citée en début de cet article, quand il énonçait que « la doctrine de Freud est une tentative d’ensevelissement pour se protéger des dangers de la « longue route » ». Son propos fait écho aux mots de Bernanos qui soulignait que  notre monde est l’ennemi de l’âme :

« On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas tout d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »

Avec Freud et la psychanalyse, nous avons une tentative d'« ensevelissement » — une construction théorique qui permet de parler de l'inconscient sans s'y engager, de le cartographier sans le traverser. Il y a une volonté de puissance à l’œuvre là, qui coloniserait l’inconscient s’il le pouvait, et le mettrait dès lors en coupe réglée comme on exploite une mine d’or. Tandis qu’avec Jung, nous avons un chemin initiatique, une « longue route » avec des périls, car elle passe généralement par une descente aux Enfers, une nekya. Comme je le rappelais plus haut, Jung a expérimenté personnellement celle-ci. La « longue route » est une image à résonance antique : c'est la katabasis des Grecs — la descente aux Enfers que connaissent Ulysse, Héraclès, Orphée, Énée. C'est la nuit obscure de l'âme chez Jean de la Croix. Jung écrit ainsi en connaissance de cause :

« L'inconscient est un être plein de dangers, mais aussi plein de trésors. C'est le fond de la personnalité, dont les possibilités, pour autant qu'on les connaisse, nous dépassent de partout. » 

Illustration du Livre Rouge

Seul le chevalier — figure héroïque par excellence, chez la femme comme l’homme — risquera la queste et l'aventure. Pour Jung, il n'y a pas de règle générale pour un tel voyage où l'on est toujours seul.e à chercher, tâtonner, douter, se tromper avant de trouver son véritable chemin. Le mot « initiation » n'est pas employé par Jung pour faire dans la métaphore pittoresque. Il signifie littéralement qu’il faut inévitablement vivre un passage, traverser un seuil où quelque chose du sujet doit mourir pour qu'autre chose naisse. Malgré les errances et les chemins de traverse, ce voyage permet de se différencier et de se transformer : alors émerge un être nouveau, dans sa multiplicité et sa diversité, unifié et unique. La présence de l’analyste n’ôte rien au caractère irréductiblement individuel de cette quête : on n’échappe pas à la solitude existentielle inhérente à la quête, au fait de quitter les rivages du connu – il n’y a pas de système, aucun raccourci ou moyen d’éviter l’inconnu. L’analyste est seulement là en tant qu’accompagnant.e, pèlerin.e lui aussi sur le chemin : un passeur démontrant  par sa présence au passant qu’il y a quelque chose au-delà du passage. Quelque chose qui mérite de tout risquer, et de répondre à l’invitation initiatique telle qu’elle résonne dans toutes les traditions, et par exemple dans le hadith du Prophète : 

« Mourez avant de mourir ». 

Bien sûr, ce n’est pas un chemin très populaire. Mais c’est à ce prix que l’âme retrouve sa véritable nature, et sa liberté essentielle. On ne peut guère faire la publicité de cette voie. Elle n’a pas grand-chose à voir avec le marketing du bien-être. On ne pourra jamais en faire un produit de masse, un machin collectif, mais celles et ceux qui appartiennent au monde sauvage de l’âme se reconnaissent au premier regard. Et iels ne sont jamais vraiment seul.e.s car iels sont relié.e.s aux étoiles, aux forêts, aux montagnes et aux rivières, et à tout ce que notre monde compte encore de véritablement vivant.

Illustration du Livre Rouge

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Si vous voulez approfondir cette réflexion, je vous suggère les articles suivants :

- Le piège de la technique 

- Aimer et travailler

jeudi 26 mars 2026

Un printemps tranquille


J’ai eu le plaisir au cours du mois d’avril d’interviewer Jean-François Alizon, auteur du livre Dialoguer avec son inconscient, à propos de l’imagination active selon Jung, dont je vous ai déjà parlé dans ce blogue (https://voiedureve.blogspot.com/2025/04/dialoguer-avec-son-inconscient.html). Jean-François et moi avons la même préoccupation de faire mieux connaître cette approche de notre vie inconsciente que Jung a redécouvert, mais que les anciens dans nombre de cultures connaissaient bien avant nous, et de contribuer à redonner à l’imagination ses lettres de noblesse. En effet, pour beaucoup dans notre monde voué à la productivité, l’imagination est un peu la folle du logis : quand c’est imaginaire, c’est que ce n’est pas réel. Pourtant, nous avons un besoin vital d’imaginer, ne serait-ce que pour nous échapper un moment de nos cages rationnelles : quand nous lisons un livre, quand nous regardons un film ou une série, nous permettons à notre imagination de galoper un moment, même si ce n’est que dans un enclos bien délimité. Mais le monde imaginaire est laissé aux enfants, aux poètes et aux artistes, car encore une fois, ce n’est pas sérieux. Curieusement, on retrouve la même indigence chez les analystes jungien.ne.s : bien rares sont celles et ceux qui pratiquent l’imagination active. Pourtant, Marie-Louise Von Franz nous explique que :

« L’imagination active est l’outil par excellence de la psychologie jungienne, le plus puissant pour atteindre la totalité – beaucoup plus efficace que la seule interprétation des rêves. »

Cela tient sans doute au fait que l’imagination nous entraîne dans des territoires sauvages, non balisés, non normalisés par les hiérarques de la psychologie – ceux-ci préfèrent encore « analyser » la matière brûlante de l’inconscient, c’est-à-dire la passer au tamis de leurs grilles conceptuelles, l’expliquer. Cependant, il est probable que Jung n’aurait pas été le Carl Jung que nous connaissons, qui a amené tant d’éclairages sur notre vie inconsciente, s’il n’avait pas laissé l’imagination le prendre par la main et l’emmener hors des sentiers battus. On doit à cette escapade l’extraordinaire Livre rouge, qui consigne ses aventures dans le monde imaginal de l’âme. Pour bien distinguer le royaume merveilleux où nous emmène la cabale de l’imagination rendue à sa liberté première, royaume où tout est vivant, tout est réel… du monde imaginaire colonisé par les images de la télévision et du cinéma, confinant à l’irréel vidé de son sang, Henry Corbin, un grand ami de Jung, a inventé le terme « imaginal ». Jung n’était pas un homme de théories et de systèmes ; il y a qu’à essayer de le lire pour s’en rendre compte (lol). C’était un homme d’images vivantes, qui osait écrire que « la psyché est images » bien avant d’être tissée de mots et de raisonnements. Si l’on veut suivre ses traces, il faut marcher sur la voie qu’il a ouverte, qui emmène dans la forêt imaginale...

Jean-François Alizon nous restitue les clés du voyage avec l’imagination active dans son livre, qui s’adresse aussi bien aux psychothérapeutes qu’à toute personne ouverte d’esprit. Je vous invite à l’écouter en parler. Son propos est tout simplement passionnant :


L’approche des rêves que je privilégie désormais dans mon travail, que j’ai appelée l’écoute intérieure du rêve, est une forme d’imagination active. Elle n’est en rien contradictoire avec l’interprétation mais elle la prolonge et la dépasse en allant, au-delà de celle-ci, au cœur du mouvement intérieur que recèle le rêve. Au fond, l’interprétation du rêve n’est validée que par ce mouvement intérieur, quand se produit le déclic – le fameux « haha ! » – qui signale que la proposition d’interprétation a touché juste. Le rêveur sait alors, avec une force d’évidence, que le rêve vient de s’éclairer : quelque chose qui était jusque là inconscient vient de se faire jour dans sa conscience, et celle-ci en est comme irriguée, rafraîchie, régénérée. A un certain moment de mon parcours, la ligne parallèle que l’on peut tirer entre ce processus intrapsychique et l’attention donnée par les fasciathérapeutes et les ostéopathes au mouvement naturel du corps m’a frappé. J’ai alors commencé à concevoir le travail avec les rêves comme une façon de simplement aider à rétablir le mouvement naturel de la psyché. De fil en aiguille, il s’est avéré que le moyen le plus direct de rendre conscient ce mouvement, dont le rêve est une expression, est de rencontrer les images intérieures du rêve en imagination active, c’est-à-dire en pleine présence consciente et avec une attention soutenue aux ressentis, en particulier du corps. Je ne crois pas avoir inventé quoi que ce soit en formalisant cette approche, d’abord parce que j’ai été mis sur cette piste par les travaux de plusieurs analystes jungien.ne.s qui examinaient les modalités d’incorporation du rêve – je songe tout particulièrement là à James Hillman, Robert Bosnak, Mario Woodman… – mais surtout parce que je suis convaincu désormais que c’est la voie la plus naturelle du travail avec les rêves. C’est ainsi que les peuples premiers, qui n’avaient pas de psychologues et d’universités, étaient capables de faire parler et d’entendre leurs rêves bien mieux que nous…

Pour illustrer la puissance de cette façon d’explorer le rêve, je veux vous partager ici le travail fait avec une simple image intérieure, avec l’accord de la rêveuse bien sûr. Celle-ci est une praticienne expérimentée du travail avec les rêves qui, au moment où elle a reçu cette image, se trouvait dans une grande transition de vie l’amenant à se consacrer à l’écoute des rêves. Voici l’image :

La rêveuse voit un arbre avec plein de branches de qualités différentes. Il lui vient à l’esprit que cela semble être un arbre généalogique. Son attention se porte alors sur une de ces branches, qui semble être bien pourrie, et cependant, il est clair que c’est sur cette branche qu’elle est née...

Quand elle me raconte le rêve, elle précise que cet arbre semble, au moment du récit, être un cerisier du Japon. Du point de vue de l’interprétation, il n’y a pas grand-chose à faire avec une telle image, trop succincte. Bien sûr, on peut élaborer autour du fait que l’arbre est souvent un symbole du processus d’individuation et relier ce rêve au fait que la rêveuse envisageait la possibilité de retourner s’installer sur sa terre natale, dans la proximité de sa famille. Mais qu’est-ce que le rêve cherchait donc à amener à sa conscience ? Il ne lui apprenait rien de nouveau en évoquant le fait que sa branche familiale était en souffrance. Or la règle d’or du travail avec le rêve est que ce dernier cherche toujours à amener quelque chose de nouveau à la conscience – c’est pourquoi il n’y a rien de pire que d’expliquer le rêve en guise d’interprétation : on le réduit alors à des éléments déjà connus. Quand le rêve, ce n’est que… c’est que ce n’est pas cela ! Et pourtant, combien d’interprètes assomment le rêve à coup de théories qu’ils croient maîtriser, qui leur donnent l’explication de la vie psychique !? Dans mon écoute initiale du rêve, je relève la référence un peu incongrue à un cerisier du Japon, c’est-à-dire à l’Orient – dans la géographie imaginale des occidentaux, il s’agit là bien souvent d’une dimension spirituelle.
 


Ayant pris note de ces éléments, je les ai écarté pour proposer à la rêveuse une écoute intérieure de cette image, à laquelle elle a consenti bien volontiers. D’emblée, quand elle a repris contact avec l’arbre dans son imagination, il s’est avéré présenter un paradoxe : c’était bien un cerisier, et il était fleuri, en plein hiver. Elle me l’a décrit comme un arbre fin, pas très grand, avec un bois noir, seul dans un jardin, entouré d’herbe. Quand j’ai interrogé la rêveuse sur son ressenti, elle m’a dit qu’elle avait l’impression d’être sur le point d’accéder à une vérité, une compréhension. En prêtant attention à son corps, elle a relevé une activité dans son diaphragme et a évoqué quelque chose qui circulait entre ses chakras solaire et cœur. Elle avait le sentiment que l’image l’invitait à un réveil, lui disait « regarde la situation... », et elle a pensé à Wadji Mouawad qui parlait de transformer artistiquement nos épreuves. Cette idée l’a animée et elle l’a élaborée en parlant d’offrir le fruit de cette transformation au monde, de fleurir. Les images se sont alors bousculées en cascade et elle a parlé de la merveilleuse générosité de la nature, d’oiseaux et d’insectes trouvant asile dans l’arbre, de papillon voletant et signalant la victoire de la beauté. Elle m’a dit alors que ses cellules souriaient de l’intérieur, comme nourries par l’image au travers des sens imaginaux…

Je me suis alors dit pour ma part que le mouvement auquel le rêve invitait semblait clair dès le premier contact avec l’image intérieure : le thème du travail était la floraison malgré les conditions contraires symbolisées par l’hiver. Ce dernier représente volontiers le manque d’amour, le froid affectif qui gèle l’énergie en dedans. Un signe certain du processus en cours était l’émerveillement, qui signe ce que la rêveuse a nommé comme « la victoire de la beauté ». Nous aurions pu nous en tenir là : dores et déjà le mouvement intérieur du rêve avait frayé sa voie. Il y avait là une belle illustration de comment l’image intérieure est vivante, chargée d’énergie psychique qui circule dès que l’on prend contact avec elle par l’imagination. C’est par ce mouvement énergétique que l’image nous délivre son message essentiel, nous donne une direction. Cependant, mon intuition me disait que cet arbre avait encore beaucoup de choses à nous apprendre, et nous avions du temps devant nous.

J’ai alors proposé à la rêveuse de « devenir l’arbre » : qu’est-ce que cela fait, du point de vue du ressenti, d’être l’arbre ? D’emblée, elle m’a répondu que c’était puissant, vertical, relié ciel-terre – cette verticalité se faisait sentir dans son corps, la redressait. Elle m’a dit sentir l’énergie qui montait et descendait, et être étonnée par la vitesse de cette circulation. A partir de là, je l’ai invitée à aller voir les racines de l’arbre, avec comme intention pour ma part de suivre l’indication qu’elle venait de me donner et d’observer ce qui se passerait dans la montée et la redescente de la conscience. Immédiatement, elle m’a décrite ces racines comme étant larges, s’étalant sous terre, ce qui lui suggérait un sentiment de stabilité associé à l’idée de nourrir les liens. Elle a pris conscience de ce que l’arbre est bien plus grand par ses racines que par sa ramure, et plus vaste sous terre, dans l’invisible que dans le visible. Il y avait là tout un univers, une ville – elle était saisie par la multiplicité du vivant, qui lui communiquait la vision d’un infini ouvert à l’autre. Quand je lui ai demandé ce qu’elle ressentait avec cela, elle m’a indiqué se sentir toute petite par rapport à cet univers, et cependant, le contact avec ce dernier lui a communiqué un sentiment d’expansion qui s’est traduit dans ses mots : 


« je suis bien au-delà de ce que je crois ».



Je lui ai ensuite suggéré de monter dans le tronc de l’arbre et elle a retrouvé une impression de verticalité en ouverture vers le ciel. Elle m’a indiqué que l’image venait orienter son corps vers ce ciel, l’incitant à aller de l’avant. Nous avons passé un peu de temps à respirer dans cette verticalité mais rien de plus ne venait ; il nous fallait suivre l’indication d’aller de l’avant et aller visiter les branches. Dès que je lui en ai fait la suggestion, l’atmosphère intérieure s’est modifiée et la rêveuse m’a dit que ce n’était pas facile d’approcher la multiplicité des branches : elle sentait que le tronc se subdivisait dans les branches, qui le prolongeaient. Cependant, cela n’arrivait pas à s’ouvrir, m’a-t-elle dit, mais seulement à se diviser – l’image lui est venue de branches croissant verticalement, sans expansion horizontale. Je lui ai demandé ce qu’elle ressentait avec cette vision et elle m’a parlé d’une sensation de brûlure d’estomac qu’elle a associé au danger de prendre trop de place, à la nécessité de ne pas être trop visible. Elle pouvait relier ce sentiment à la culpabilité ressentie lors du décès de ses parents, et pour ma part, je voyais un lien avec notre discussion au début de notre rencontre, qui avait portée sur le défi qui consiste en se faire connaître, se rendre visible, quand on se lance en libéral. Nous pouvions commencer à discerner un conflit tenant à l’impulsion naturelle à aller de l’avant qui se heurtait à une injonction contradictoire de ne pas prendre trop de place...

Je l’ai alors invitée à prêter attention au ressenti en prenant simplement le temps de rester avec cette injonction, et le corps s’est mis à parler avec force : elle m’a indiqué sentir sa gorge se serrer et avoir du mal à avaler, puis avoir la sensation qu’elle avait quelque chose à vomir. Puis elle m’a dit avoir l’impression d’être coupée en deux ; cette coupure séparait sa gorge du haut de son visage, et entre deux, il y avait un trou, une béance. Elle a relié celle-ci à des problèmes de santé qu’elle avait rencontrés, et m’a décrit cet espace comme étant noir, comme une mine, dépourvue de lumière. Je lui ai proposé de chercher quelle était la bonne distance pour observer ce qui était là, et elle l’a regardé de loin, comme du bout d’un couloir... pour me dire bientôt qu’il y avait là un personnage qui était recroquevillé dans une grotte. Rapidement, elle m’a indiqué qu’elle se sentait en sécurité : elle n’était pas ce personnage, elle n’était pas là. Un biais typique chez nombre de psychothérapeutes aurait pu m’inciter à aller voir de plus près ce qu’elle avait à vomir, ou qui était ce personnage. Cela aurait été facile : il aurait suffi de demander à la sensation de prendre forme d’une image intérieure, ou d’aller parler avec le personnage recroquevillé. Cependant je n’en ai pas ressenti le besoin. Au contraire, cela eut été d’une certaine façon interférer avec le processus. Jung nous mettait en garde contre cette habitude du conscient de vouloir diriger le cours de la vie psychique et de l’entraver finalement par des interférences ; chez les thérapeutes, il y a là souvent une insécurité qui se déguise volontiers sous des objectifs nobles comme la recherche de guérison et le nettoyage de mémoires, lesquels trahissent surtout le besoin d’obtenir des résultats et de se conforter dans leur ego de thérapeute. Si la psyché avait voulu nous en dire plus sur ce qui était là à vomir ou sur qui était ce personnage, le cours de l’imagination serait allé tout seul dans ce sens ou la rêveuse l’aurait interrogé d’elle-même. Pour ma part, je me suis donc abstenu de questionner plus avant ces éléments car il était bien suffisant que la rêveuse retrouve, face à tout cela, un sentiment de sécurité tenant à une distance intérieure qui réclamait d’être respectée – j’y ai entendu une indication claire de ce que nous n’avions pas à chercher à nous rapprocher de ce qui était là…

Spontanément, à partir de ce socle de sécurité retrouvée, la rêveuse a parlé du travail de transformation nécessaire pour donner une belle forme au matériau de base. Elle évoquait là, sans que nous élaborions sur le sujet, l’alchimie opérative au cœur des rêves. Nos angoisses, nos peurs et tout ce que nous percevons comme négatif constituent la materia prima du processus alchimique. Ce qui est passionnant dans le travail avec les images intérieures, c’est qu’il ressort que c’est la psyché elle-même qui agit en tant qu’alchimiste ; on n’a pas besoin de formules compliquées ni de se draper dans le mystère de la connaissance ésotérique. Wadji Mouawad est revenu à l’esprit de la rêveuse. Dans une interview qu’elle avait vue de lui, il racontait comment la peinture l’avait aidé à surmonter la solitude qu’il avait éprouvée lorsqu’il était arrivé au Canada. On connaît Mouawad comme homme de théâtre surtout mais il intègre la peinture à ses œuvres théâtrales ; il passe psychiquement par la peinture pour renouer avec ses origines perdues, son Liban meurtri, ses rêves d’enfant enfouis. Tout à coup, à ce contact, la rêveuse, qui est ordinairement une femme de lettres, a touché au fait qu’il n’y a pas de mots pour décrire ce qu’elle ressent, et qu’elle n’est pas obligée de passer par les mots pour accéder à un imaginaire au-delà de la réalité connue. Je l’ai alors invitée à jouer avec la peinture imaginale, et à entrer dans les couleurs de celle-ci. Sa première réaction a été de réserve : la peinture n’était pas son truc mais plutôt celui de sa sœur. Or il se trouve que Jung a pointé, dans ses réflexions sur la fonction inférieure de la conscience, comment l’inconscient se manifeste volontiers au travers des dimensions sous-développées de notre psyché, que la conscience a laissé en friche. 

Je n’ai rien dit, j’ai juste attendu de voir si l’imagination s’emparerait de ma proposition. Et en effet, la rêveuse m’a bientôt parlé d’un noir graphite très net qui ressortait d’un marron gris épais qu’elle voyait comme une fumée et qu’elle associait à la peur. Ce noir est entré en élaboration et transformation pour donner une couleur chair rose rouge qui évoquait, m’a-t-elle dit, le vivant qui absorbait la noirceur. Au travers de cette transformation, une certitude puissante s’est faite jour en elle, que je vous livre dans ses mots : « en tant qu’humain, c’est notre rôle de nous mettre au service de ce processus de transformation. » Cette conviction lui a donné le sentiment de pouvoir se situer dans le monde, et répondre ainsi à partir de là à l’état de celui-ci. « Je prends ma place, m’a-t-elle dit, et cela me pose... »  Quand je l’ai peu après invitée à prolonger en imagination l’image de rêve pour voir où ce mouvement de transformation l’emmenait, elle m’a parlé de la nécessité de faire grandir des branches vers le ciel. Elle semblait avoir pris de l’expansion, habiter l’espace autour d’elle. L’arbre était entouré de scintillements, et il était rejoint par d’autres arbres, d’autres vies. Les mots de la fin de ce travail ont été :

« C’est doux, c’est vivant : un printemps tranquille. »  


J’étais pour ma part ému par ce qui ressortait de cette plongée dans les eaux de l’imagination. On ne ressort jamais tout à fait indemne de ce genre de voyage : la personne qui facilite le processus ne peut éviter d’entrer elle aussi dans une transe légère. Même si nous cherchons autant que possible à nous en tenir à une neutralité bienveillante et soutenante, les images viennent nous toucher et nous entrons en résonance profonde avec celles-ci. Nous sommes associé.e.s au processus de transformation dont nous sommes aussi témoin. C’est, pour reprendre les mots d’une de mes analysante qui mène une réflexion approfondie sur ce thème dans un autre domaine, « un accompagnement sans savoir, sans pouvoir ni vouloir ». Notre rôle est simplement d’offrir un cadre, un contenant sécuritaire et sans interférence pour le déploiement autonome des facultés créatrices des images intérieures. Il s’agit simplement d’une coopération entière avec la psyché, avec la nature naturante…


Le message profond qui ressortait de cette écoute intérieure, en particulier en ce qui concernait la victoire de la beauté et la tranquillité du printemps, me touchait d’autant plus que j’avais affiché sur Facebook dans la même journée une prise de position contre la guerre, que je concluais en déclarant que l’armée du Printemps était en train de se lever et qu’elle serait invincible ! A qui m’interrogeait sur ce que je voulais dire par là, je répondais que les bataillons de primevères et de marguerites étaient en marche avec le soutien aérien des passereaux et des mésanges, et que rien n’arrêterait le mouvement de la Vie. Bien sûr, une telle prise de position peut paraître empreinte de naïveté car elle semble inviter à ne rien faire pour arrêter les bombes de pleuvoir. Cependant, il y a là une invitation à prendre un pas de recul pour chercher à partir d’où nous pourrions répondre à la folie humaine sans alimenter le conflit, tant en dedans qu’au-dehors – la naïveté serait peut-être plutôt ici de croire que l’on peut arrêter la guerre en désignant des coupables, en brandissant des drapeaux, en cultivant la division qui nourrit la guerre et que celle-ci exacerbe. Il n’est pas d’autre chemin vers la paix que de chercher à rendre nos ombres consciences et de travailler à leur transformation en conscience au lieu de chercher à les détruire chez autrui. Je répète en conclusion les mots de la rêveuse, qui ressortaient de l’enseignement de l’arbre et résonnent avec ce qui guide fondamentalement mon travail : « en tant qu’humain, c’est notre rôle de nous mettre au service de ce processus de transformation ».

Le rêve et l’imagination rejoignent la nature sauvage en nous et participent du mouvement du Vivant, qui amènera des solutions créatives encore inimaginables pour l’instant. Je salue dans ce sens le travail de Jean-François Alizon pour rendre accessible à tou.te.s les merveilleux territoires intérieurs ouverts par l’imagination active. Et je vous souhaite un beau printemps, empreint de tranquillité, de paix intérieure.

samedi 28 février 2026

Mutation humaine

Au cours de ce mois de février, j'ai eu le plaisir d'interviewer Nicolas Bornemisza à propos de son Manifeste pour la Mutation humaine, un texte à paraître prochainement et où il résume sa vision du défi que rencontre actuellement l'humanité. Nicolas a longtemps été mon mentor en travail avec les rêves et avec l'inconscient. Quand je l'ai rencontré en 2001, sa réflexion m'a tout de suite inspiré : il développait avec ardeur l'idée d'un "yoga psychologique" conjoignant la psychologie des profondeurs de Jung avec la visée d'auto-libération du yoga oriental. Il poursuivait en cela la prémonition de Jung qui envisageait dès 1932 que la découverte de l'Inconscient pourrait fonder un yoga spécifique à l'Occident. Nicolas, qui a lui-même pratiqué le yoga pendant de nombreuses années et s'est formé à l'analyse des rêves à l'Institut Carl Jung de Zurich, a repris cette ambition. Son yoga psychologique, qui fait appel non seulement au travail avec les rêves mais aussi à l'imagination active et à l'observation attentive des synchronicités, a évolué avec le temps en "yoga de l'Individuation". C'est Nicolas, pourrait-on dire, qui m'a mis au monde dans le travail avec les rêves, me poussant dès 2003 à donner mes premiers ateliers et des consultations. Je suis profondément redevable à son œuvre et je continue à marcher sur le chemin qu'il a défriché, même si je développe désormais ma propre approche des questions qu'il a soulevées. Comme lui, j'ai la conviction que la découverte de l'Inconscient et le changement radical de perspective sur les conditions fondamentales de notre existence qu'elle implique, avec d'importantes applications pratiques, pourraient favoriser une Mutation humaine désormais nécessaire pour que nous passions collectivement à un autre niveau de conscience...

La réflexion ici proposée s'inscrit dans la perspective que dégageait Edward Edinger quand il écrivait : 

« La psychologie jungienne est une révolution copernicienne, laquelle, pour la première fois, permet à l’humanité de voir la psyché autonome objectivement et d’apercevoir la voie à travers laquelle elle s’est manifestée à travers l’histoire. Elle apparaît dans les mythes, dans la religion, dans la philosophie, dans l’art, et de beaucoup d’autres manières. Aussi longtemps que quelqu’un s’identifie avec son inconscient (cette dimension intérieure), il ne sera pas visible. On doit trouver ce point d’Archimède à l’extérieur de cela (consciemment), de la même façon que Copernic, qui devait quitter la terre (en imagination) avant de découvrir que le soleil ne tournait pas autour de la terre. » 

 Nicolas, dans son Manifeste pour la Mutation humaine, met en lumière comment 4 milliards d'années d'évolution de la vie culminent désormais dans un défi existentiel pour toute l'humanité, qui s'apparente à celui que vécurent nos ancêtres aquatiques lorsque certains d'entre eux ont dû prendre pied sur la terre ferme. Désormais, c'est dans la liberté à l'égard de tous les dogmes et toutes les croyances limitantes que nous, humains du XXIème siècle, devons prendre notre envol. Nous pouvons compter pour accéder à cette nouvelle liberté existentielle sur ce que Nicolas appelle notre Nature Cosmique Intérieure... mais au lieu d'en parler plus, je vous invite à l'écouter :

 
 
Vous pouvez télécharger le Manifeste de la Mutation humaine ici : https://www.nicolas-bornemisza.com/fr/ma-vision/la-mutation-humaine.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

samedi 31 janvier 2026

La porte lumineuse


Je ne trouve pas le temps ces jours-ci d’écrire pour ce blogue. Ou peut-être glisse-je tout simplement dans le silence. Je peux voir deux raisons à cela. L’une est que j’ai dit, me semble-t-il, à peu près tout ce que j’avais à dire à propos des rêves. Je ne peux pas dire que j’en ai fait le tour – le domaine du rêve est tout simplement infini… –, mais il y a quelque chose de circulaire cependant qui apparaît au travers de l’exploration du champ du rêve : j’en reviens à la base, c’est-à-dire aux résonances qui font vibrer la loge de rêves, et à un certain lâcher-prise. Le Rêve nous traverse ! Il est amusant de mon point de vue de constater que l’apport le plus intéressant ces dernières années sur le rêve nous vient d’un mathématicien de génie plutôt que d’un psychologue, mais j’ai déjà écrit sur le sujet et je ne me répéterai donc pas. Bien sûr, la recherche continue et il y aura toujours de nouvelles découvertes à partager. Mais après plus de trente années à m’intéresser intensément à ce domaine, mon regard se réoriente donc tranquillement vers une autre dimension du Travail. Je me souviens que j’étais surpris à une certaine époque d’entendre un de mes mentors me dire que le rêve n’était qu’une porte, et qu’il ne fallait pas rester dans le cadre de celle-ci. Il serait dommage, me disait-il en riant, de ne pas aller voir ce qu’il y a derrière la porte. Peut-être est-ce l’âge, car j’ai à peu près le même temps passé sur Terre que lui quand il me tenait ces propos, mais je crois que je commence à comprendre de quoi il voulait parler…

Il y a une autre raison à ce silence qui s’accroît en moi. Je suis, comme beaucoup d’entre nous, parfois abasourdi par le vent de folie qui semble emporter notre monde. Je n’ai pas envie d’ajouter des paroles inutiles à la cacophonie du monde ambiant. Depuis la réélection de qui vous savez, je me suis intéressé en profondeur aux origines et aux contours de la psychose collective à laquelle nos sociétés dites développées semblent sur le point de succomber. J’ai relu ce que Jung écrivait en 1945 dans Après la catastrophe, et j’ai été effrayé par les parallèles qu’on pouvait tirer avec notre situation présente.

"Continuez comme ça, ils pensent toujours que je suis une métaphore discutable"

Cependant, je ne crois pas utile de s’étendre sur les progrès du mal. Il me paraît beaucoup plus important d’insister sur ce qui va bien dans notre monde (par exemple le formidable élan de solidarité qui entoure les exactions de la criminelle police qui sévit ces temps-ci à Minneapolis). Cela nous ramène à ce qui est, selon moi, le principal point de différentiation entre l’accompagnement psycho-spirituel et la psychothérapie : cette dernière met surtout l’accent sur ce qui va mal ou a mal tourné, en particulier les traumatismes… pour leur chercher des solutions. Dans une approche psycho-spirituelle, nous ne négligeons pas les difficultés et la souffrance et nous leur cherchons bien sûr remède, mais pour cela, nous cherchons d’abord à faire ressortir ce qui va bien. Nous mettons en évidence le fait que, quoi qui soit arrivé ou qui se passe, il y a une zone intacte dans la psyché, inviolable, inaltérable. Nous faisons confiance à celle-ci pour irriguer tout ce qu’il y a de vivant dans l’être. C’est de cet endroit que nous viennent les rêves, qui nous ramènent toujours à cet espace sain en nous-mêmes...

Pour écrire, il m’a fallu donc retrouver ce point de paix intérieure à partir duquel je puis parler sans ajouter, du moins je l’espère, à la folie du monde. C’est à partir de là, et de nulle part ailleurs, que j’espère écrire à l’avenir. On évoque beaucoup Hanna Harendt ces derniers temps pour ses écrits sur la banalité du mal et sur le totalitarisme, qui semblent malheureusement encore être d’une actualité brûlante. J’aimerais simplement, comme une exergue à toute ma réflexion ici, citer ses mots tirés d’une lettre envoyée en juillet 1963 à son ami Gershom Scholem :

« J’estime effectivement aujourd’hui que seul le mal est toujours extrême, mais jamais radical, qu’il n’a pas de profondeur, et pas de caractère démoniaque. S’il peut ravager le monde entier, c’est précisément parce que, tel un champignon, il se propage à sa surface. Ce qui est profond en revanche, et radical, c’est le bien – et lui seul. »


Aujourd’hui, si j’ai pris ma plume, c’est aussi que j’ai entendu deux rêves qui m’ont interpellé et que j’ai eu envie de vous partager car ils pointent dans une direction qu’il me semble important de souligner. Le premier de ces rêves a été reçu par une femme qui traverse une grande transition de vie :

Je me trouve dans un environnement assez boisé. Se trouvent par là d’autres personnes, toutes plus ou moins liées à la sangha bouddhiste qui vient dans le coin. Une femme doit accoucher me dit-on et Nathalie me demande si je suis d’accord pour aider avec 2-3 personnes, dont Nathalie, cette femme dans son accouchement, ce que j’accepte sans hésiter, plus qu’intéressée, honorée de participer à un tel processus. Je vois brièvement la femme en question, debout devant moi, qui me dit quelque chose. Puis finalement c’est une équipe médicale qui va s’en charger car je vois se garer un peu plus loin près de la petite maison en bois où se trouve probablement la femme, 2 énormes fourgons médicalisés.

L’enfant est né et c’est à moi qu’il revient de m’en occuper. A peine plus grand que mes mains entre lesquelles je le tiens à hauteur de mon visage, le nourrisson est intégralement emmailloté dans une étoffe ou peut-être même du papier, à l'image d'une chrysalide. Je prends l’initiative de découvrir au moins sa tête et défais le papier/l’étoffe sur le pourtour de la tête, comme on le ferait avec le papier d’un cornet de glace, et le beau visage délicatement rond de l’enfant apparaît, qui me regarde de ses grands yeux bruns sombre. Je tiens toujours le nourrisson entre mes deux mains, et parce que je ne me sens pas très assurée et crains de le faire tomber, je le dépose délicatement sur une table rectangulaire qui se trouve devant moi et alors que je le contemple, je perçois en moi, furtif et retenu, le désir de le tenir, de le sentir tout contre moi.

Je suis à l’extérieur dans les environs de la maison et je me souviens soudain, affolée, que j’ai laissé l’enfant sur la table et que le risque est grand qu’il en tombe. Je me mets donc fébrilement en route pour retourner auprès de lui mais j’ai beau arpenter le coin en long et en large, je n’arrive pas à retrouver la maison. J’entends, l’espace d’un instant, les vagissements/pleurs de l’enfant ce qui me rassure car cela signifie qu’il est toujours sur la table. Je demande je crois à Nathalie qui est par là si elle se souvient où se trouve la maison mais elle n’en n’est pas sûre. Je ne retrouve pas la maison.

Le thème du rêve est assez clair : la rêveuse est invitée à aider à la naissance d’une nouvelle vie, et à prendre soin de celle-ci. Le fait que ce soit une autre femme qu’elle qui accouche indique que le rôle du conscient est simplement d’assistance – c’est une part d’elle-même, on pourrait dire son inconscient… qui doit donner naissance. La proximité de la sangha bouddhiste, avec laquelle la rêveuse a passé beaucoup de temps mais dont elle s’est éloignée, signale la nature spirituelle du travail en cours. La présence de son amie Nathalie renvoie directement aux circonstances dans lesquelles la rêveuse a été jetée dans une violente transition de vie – c’est une façon pour le rêve de souligner que cette dernière est bien liée à l’émergence d’une nouvelle vie…

Je n’interpréterai pas ici le rêve, qui a été discuté en profondeur avec la rêveuse et a bien sûr une dimension personnelle dans laquelle je n’entrerai pas. Je veux simplement souligner qu’il ressort que le pivot du rêve est dans l’échange de regards avec l’enfant – il se produit là quelque chose d’indescriptible, de l’ordre du contact avec le mystère. Cet enfant est clairement une représentation du Soi qui commence à se manifester, ou pourrait-on dire à s’incarner, dans la vie de la rêveuse sous une nouvelle forme. Il n’est pas anodin bien sûr qu’il soit enveloppé dans une sorte de chrysalide : il y a là un clin d’œil qui réfère à la transformation radicale de la chenille en papillon, qui n’est jamais chose aisée. Bien souvent, le Soi apparaît dans les rêves de façon tout à fait discrète, qui passerait presque inaperçu, par exemple donc sous la forme d’un bébé. Ici, la rêveuse et moi ne pouvions le rater car elle avait, suite à un exercice visant à la réconciliation des opposés que je lui avais proposé, réalisé le dessin qui illustre cet article, où l’enfant divin apparaît dans toute sa splendeur. Mais bien sûr, le rêve souligne aussi les peurs de la rêveuse, sa crainte de « laisser tomber » le Nouveau qui émerge dans sa vie, et son désir d’établir une connexion vivante avec celui-ci : nous sommes convenus que le mouvement le plus important du rêve est sans doute dans son désir d’un contact sensible, charnel, avec celui-ci.

Cependant, à ce point de la vie de la rêveuse, l’errance est inévitable. Elle ne retrouve pas la maison, même si celle-ci n’est pas loin – elle peut entendre l’enfant pleurer. Il faut le dire : il n’y a pas de transition importante sans errance, sans égarement. Il est nécessaire de perdre à un moment toutes les cartes pour pouvoir aborder à une nouvelle vision de l’existence. On ne souligne jamais assez l’importance de l’errance, la nécessité de vivre pleinement celle-ci. L’essentiel, dans un tel passage, est de conserver ne serait-ce que la mémoire d’un contact vivant avec le Soi qui agit comme un phare dans la nuit – ici, le regard et la présence de cet enfant. Le rôle de l’analyste est simplement d’offrir une présence, de permettre de rester en relation, dans cette Œuvre au Noir et d’incarner la confiance dans le Soi qui, même s’il apparaît sous la forme d’un enfant, saura guider la rêveuse. J’aime bien rappeler ces mots de Tolkien, qu’il met dans la bouche du futur roi Aragorn dans Le Seigneur des anneaux :

« Tous ceux qui errent ne sont pas perdus. »

Cet enseignement pourrait valoir pour notre époque. Se pourrait-il que toute l’humanité soit en errance à ce point ? Gardons foi...

 

Et voici un autre rêve, qu’a reçu une jeune femme très intéressée par les rêves :

Je parle avec Robert Moss. Il est très gentil et nous échangeons autour des rêves. A un moment, il me donne une carte qui représente un dragon et une pleine lune, ce qui me touche beaucoup car j’aime beaucoup les dragons. Plus tard, il prend une feuille de papier et entoure quelque chose sur celle-ci. Il semble vouloir me montrer quelque chose. Puis il me montre des nuages noirs dans le ciel et au cœur de ceux-ci, une porte lumineuse… et il me demande si je sais ce que c’est. Je me dis dans mon for intérieur que ce sont les ténèbres mais je dis que c’est la porte qui ramène à la Source. Il me dit « exactement » et il ajoute que si je passe par cette porte, je reviendrai à la Source.

Plus tard, je suis en voiture et j’observe dans le ciel que je peux voir, derrière le soleil, la lune en transparence. Je me fais la réflexion que c’est la même entité.

Robert Moss est un enseignant fameux dans le domaine du travail avec les rêves. La rêveuse et moi avions quelques temps auparavant discuté de sa lecture du livre de Moss Les Iroquois et le rêve chamanique, auquel elle avait été particulièrement sensible. La carte montrant un dragon et une pleine lune semble évoquer une conjonction remarquable : le dragon symbolise volontiers une énergie très yang, un feu pour ainsi dire inarrêtable, qui rencontre ici la maîtresse symbolique de la nuit, liée bien sûr aux rêves, dans sa plénitude.

On retrouvera en fin du rêve une autre conjonction remarquable avec le soleil et la lune apparaissant en transparence, symbole de l’union alchimique des principes masculin et féminin, de la conscience et de l’inconscient. Il se trouve que je parlais la veille de l’écoute de ce rêve, dans un cours, du fait que le Omkar hindou, qui symbolise le fameux AUM, représente l’illumination comme une lune conjointe à un soleil. J’ai bien sûr sursauté en entendant ce rêve, avec l’impression d’une coïncidence remarquable qui venait souligner le symbole. La rêveuse semble ainsi prendre conscience de l’identité fondamentale de la conscience et de l’inconscient, c’est-à-dire de l’unité de la psyché qui forme, quand ces deux sont unis, une seule entité. C’est une intuition assez étonnante de la non-dualité au-delà des apparences. Mais l’élément qui a le plus attiré mon attention ici est la porte entourée de ténèbres, qui reconduit à la Source. Le fait que la porte soit entourée de noirceur nous renvoie à la dualité inhérente à notre monde. Un très beau haïku de la poétesse palestinienne Han Jouda dans son recueil Gaza ô ma joie exprime magnifiquement cette dualité :

Ce monde
Énorme tas d’aiguilles
Cache une fleur

Poster du FPLP qui dit : « une fleur est une fleur est un drapeau »

Il n’est pas facile de parler de cette porte lumineuse, qui reconduit directement à la Source, car on peut facilement, à ce sujet, parler pour ne rien dire. On peut penser s’en tirer à bon compte en disant qu’il s’agit là d’un symbole du Soi, mais encore ? Avec l’enfant plus haut, nous pouvions au moins lier celui-ci à l’apparition d’une nouvelle vie, d’un sens peut-être émergeant de la transition vécue par la rêveuse. Ici, il est simplement question de revenir à la Source, ce qui évoque directement une dimension numineuse, pour ne pas dire religieuse (au sens noble du lien avec le Mystère créateur). En s’en tenant au concept jungien du Soi, on risque fort de "psychologiser" ce dont il est question – n’oublions pas que Jung a choisi ce terme en référence à l’Atman oriental, car il ne pouvait faire autrement que de reconnaître la dimension spirituelle de ce que le mot désignait. Les jungiens feraient bien, quand ils évoquent le Soi, de se laver la bouche comme les bouddhistes zen le font quand ils prononcent le nom « Bouddha ». Nous voilà donc obligé.e.s de réintroduire ce gros mot de DieuE dans le rêve – je lui ajoute un "E" pour bien marquer le fait que ce qui est évoqué là est au-delà des opposés, inclut une dimension féminine, et réclame à notre époque de se débarrasser des projections patriarcales.

Et voilà donc que DieuE réapparaît dans un rêve à propos des rêves, avec l’enseignant du travail avec les rêves qui montre cette porte à la rêveuse ! Chacun.e en fera ce qu’iel voudra en fonction de ses croyances. Sur le plan existentiel, hors de tout dogme, DieuE renvoie à ce pourquoi il est quelque chose plutôt que rien, et dès lors, à ce qui donne sens et valeur à l’existence. Une fois cela dit, nous devons mettre notre main devant notre bouche. C’est-à-dire que nous devons nous garder de réduire à une explication psychologique ou à une dogmatique quelconque l’expérience intérieure de celleux qui sont invité.e.s à contempler, et peut-être franchir en conscience, la porte lumineuse.

Le thème de la lumière dans le registre spirituel est universel : elle est ce qui fait voir, ce qui éclaire, ce qui chasse l’obscurité. Le prologue de l’évangile de Jean évoque cette « lumière de la Vie » que les ténèbres ne saisissent pas. Le Coran (24.35) dit ouvertement qu’Allah «  est la Lumière des cieux et de la terre. » et poursuit en ajoutant que :

«  Lumière sur lumière. Allah guide vers Sa lumière qui Il veut. »

La suite du texte laisse entendre que la Source donne des paraboles, mais on pourrait aussi entendre des rêves, à qui Iel veut offrir une guidance. Dans un tout autre contexte, Sri Nisargadatta, qui a réalisé le Soi au sens du Vedanta, déclare :

« Je suis la lumière où apparaissent et disparaissent tous les rêves »

et il ajoute ailleurs :

« Vous êtes lumière. Votre nature est lumière qui se produit d’elle-même. Vous êtes seulement lumière. »

Cette lumière qu’évoque Sri Nisargadatta est pure connaissance, et c’est précisément ce que disent les Upanishads du Soi. Ainsi lisons-nous ce dialogue dans la Brihadaranyaka Upanishad :

- « Qu’est-ce que le Soi ?

- C’est, parmi les organes vitaux, celui qui est fait de connaissance, l’esprit qui brille à l’intérieur du cœur. »

Enfin, pour revenir plus près de notre culture et à une approche qui pourrait renouveler en profondeur notre perception du fait religieux, il y a ces mots de l’évangile de Thomas qui résonne avec ceux de Sri Nisargadatta :

« Yeshua dit : Je suis la lumière qui est sur eux tous (...) » (logion 77)

« Si l’on vous interroge : d’où êtes-vous ? Dites-leur : nous sommes venus de la lumière, de là où la lumière est née d’elle-même. » (logion 50)

Et encore :

« Il y a de la lumière au-dedans d’un être lumineux, et il illumine le monde entier. S’il n’illumine pas, il est ténèbres ». (logion 24)

Sans entrer plus avant dans le détail de la nature de cette lumière et de ce qu’il y a derrière la porte lumineuse – c’est à chacun.e d’y aller voir... –, je saisis simplement cette occasion pour signaler que sans cette visée spirituelle, le travail avec les rêves pourrait s’avérer vain. J’ai déjà parlé dans un autre article (tout ça pour ça) de comment Von Franz souligne que le travail avec l’inconscient ne saurait avoir finalement aucune visée utilitariste – il apporte beaucoup de bénéfices à qui s’y consacre, mais il n’a pas pour but de garantir notre bien-être. Les rêves, nous dit-elle, « n'enseignent ni une connaissance intérieure ni à réaliser quelque chose, mais à exister : ils se contentent d'enseigner à vivre. » On pourrait dire aussi qu’ils nous invitent à devenir pleinement humain.e.s, et que cette humanité implique une relation consciente avec le mystère de l’Origine de tout ce qui est...

Quant à cette Origine, on peut sortir des modèles théistes traditionnels en considérant par exemple le modèle proposé par Jean Houston qui fonde la « psychologie sacrée »1 qu’elle a élaboré : tandis que notre identité individuelle se définit surtout au niveau de frontières nous permettant d’affirmer « c’est moi » (et ce n’est pas toi), nous participons nécessairement à un autre niveau, collectif, où se vit un « nous sommes ». C’est l’espace des mythes et des légendes, des archétypes et des histoires qui fondent des identités collectives, que ce soient celles de familles ou de groupes culturels. 

Ce « nous sommes » peut cependant dépasser ces définitions limitées par l’appartenance à un groupe défini en embrassant le collectif de l’humanité toute entière, et même celui de notre planète Gaïa ou de l’Univers tout entier. Swamiji Prajnanpad, le maître d’Arnaud Desjardins, pointait cette direction en indiquant qu’en fait, le but de la pratique spirituelle n’est pas de faire disparaître le moi mais de le dilater à l’Univers entier – il n’est plus d’autre que moi, et l’affirmation « nulle autre qu’IElle est » devient une évidence sensible. Alors, au-delà du « nous sommes » apparaît le « Je suis », l’affirmation de l’Être qui est à l’origine de tout, se reflète dans la multiplicité des formes. Dès lors, il est clair aussi que cette Source n’est pas située dans le temps, mais est l’éternel Maintenant dans lequel l’Univers et la vie se recréent en chaque instant. La lumière qui irradie de ce « Je suis » antérieur à Abraham comme à tout ce qui s’inscrit dans la temporalité est alors Paix et Amour car ce Maintenant ne saurait être en conflit avec quoi que ce soit qui est. Ainsi, dans la suite du logion 77 de l’évangile de Thomas dont j'ai parlé plus haut, Yeshua déclare :

« Je suis le Tout. Le Tout est sorti de moi, et le Tout est parvenu à moi. Fendez du bois, je suis là ; levez la pierre, vous me trouverez là. »

Il m’est pour ma part de plus en plus clair, et cela participe du silence que j’évoquais au début de cet article, que le travail avec les rêves, tout comme la plupart des psychothérapies, les techniques de transe, etc... relève de ce que l’on peut appeler les mondes intermédiaires. Comme nous le suggère l’Orient dans la carte de la conscience que figure le omkar (voyez mon article OM sweet home pour plus d'information), on peut se représenter cet espace comme un immense océan qui offre d’infinies possibilités, avec autant d’îles que de mondes. On y rencontre toutes sortes de figures archétypales, des Anges comme des démons, des dragons et des hippogriffes, etc – les jungiens y reconnaîtront l’Inconscient collectif qui aime à se représenter comme un océan. On peut aisément se perdre dans ces mondes, en cherchant des choses de moindre valeur – moindre en regard de la Lumière qui éclaire l’existence de l’intérieur – : par exemple la renommée ou la richesse, le pouvoir, la compensation de blessures affectives… mais nous ne devrions jamais perdre de vue que le but du voyage est de revenir à la Source. Le Soi, dans cette perspective, n’est pas un archétype parmi d’autres car il ressort qu’il est le principe ordonnateur de cet Inconscient collectif, qui lui donne sens et valeur, et qui propose une direction à la conscience en quête de son Origine. La porte de lumière agit dans la traversée de cet océan comme un phare, qui permet de garder le cap quoi qu’il advienne.

On peut considérer ce rêve qui la met en évidence comme une bénédiction que reçoit la rêveuse, bénédiction qui vient l’encourager à continuer son travail avec les rêves sans perdre de vue l’essentiel. Il y a peut-être bien là aussi un message qui vaut pour chacun.e d’entre nous tandis que nous traversons des temps troublés, d’obscurité et de tempête sur l’Océan de l’existence…

Puissiez-vous, vous aussi, trouver la porte lumineuse.
 


1 J’en profite pour signaler que mon amie Julie Gille, autrice de Paroles de l’Ombre, donnera début mai un stage de 3 jours d’introduction à la Psychologie sacrée, revisitée et réactualisée. J’y serai, assistant Julie dans cette aventure. Pour plus d’information, voyez : https://ceshum.net/formations/667082000021330040/