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jeudi 1 décembre 2022

Un petit gramme de lumière


Je ne trouve pas le temps d'écrire ces temps-ci. En fait, ce n'est pas tout à fait vrai. J'écris des mots de silence qui trouveront leur voie vers vous le moment venu. Alors, pour vous partager quelque chose de ma recherche à ce point, je vous propose ici quelques vidéos qui, je l'espère, sauront accompagner agréablement votre descente dans "les longues nuits", vers le retour de la Lumière.

Pour commencer, voici l'enregistrement vidéo d'une conférence que j'ai donnée en octobre via Zoom sur le thème "le rêve, voie d'accès au monde imaginal", où j'interroge les limites du modèle psychologique occidental pour comprendre les rêves. J'y invoque les mânes d'Henry Corbin, le grand islamologue ami de Jung, pour tenter de conjurer l'Age de Plastique dans lequel nous nous enfonçons inexorablement semble-t-il. Inexorablement ? Non, car il appartient à chacun.e d'ouvrir les portes du Mundus Imaginalis...

Par ailleurs, je dois vous dire que j'ai été très touché par la disparition récente du poète Christian Bobin. C'est une perte terrible, et cependant, si nous écoutons bien les mots de l'amoureux de la vie qu'il était, nous n'avons pas à le pleurer mais plutôt à chanter ses textes, qui continuent à opposer la ferme résistance du rouge-gorge à la laideur du monde.

De ceux-ci, je retiens deux fragments qui me semblent dessiner une trajectoire lumineuse comme celle d'une luciole dans la nuit :

« La vie c'est l'ouverture des bras en croix, la chute fleurie dans les abîmes. »

et

« Je connais le secret. Je tiens le secret au bout des doigts comme on tient un papillon fragile, entre deux doigts pincés. Il ne faut surtout pas serrer, pas appuyer, pas en dire trop. Le secret, c'est que le cœur de ceux qui meurent explose de joie. »

Voilà, nous aussi, nous connaissons le secret. Il ne faut pas le dire trop fort car cela pourrait déranger beaucoup de gens qui essaie de capitaliser sur la peur de vivre et de mourir.

 Souvenons nous encore de ces mots, qui disent tout le combat à mener :

« Un gramme de lumière fait contrepoids à plusieurs kilos d'ombre. »

Et voici donc qu'il est désormais dans la Joie pure, le poète, où il a rejoint la plus que vive... et nous restons dans le deuil de cette lumière, l'âme palpitante de l'avoir entrevue. 

Avec gratitude ! Merci, merci.


Si vous suivez mon travail depuis quelques temps, vous savez que je considère le travail avec le rêve comme tenant de la poêsis au sens grec, c'est-à-dire de l'acte créateur. Si vous avez envie de vous mettre quelques mots lus sous la dent, je vous suggère de lire cet article que je publiais voilà presque 5 ans : poésie ma mieMais revenons à notre cher poète disparu...

Je lui dois encore une belle découverte. Il s'agit d'une voix, qui porte des texte impérissables avec grâce et force. Je vous invite à visiter la chaîne youtube de Julie Dratwiak - Le Jardin des Oeuvriers, où vous trouverez de quoi régaler votre âme.

La première lecture qui a attiré mon attention est "le Christ aux coquelicots" de Mr Bobin :

J'y ai été d'autant plus sensible que j'avais moi aussi commis, quelques mois avant que ne paraisse cette vidéo, une lecture vidéo du même texte, éblouissant : https://www.youtube.com/watch?v=PmhPT9f-FG8. Je ne peux que me réjouir que ce poème soit ainsi porté par différentes voix à toutes les oreilles qui sauront l'entendre car il dit un message essentiel. Et j'ai trouvé bien d'autres trésors sur cette chaîne. Jugez-en :

Un magnifique hommage encore à Christian Bobin au travers d'extraits de la Plus que Vive :



Un message essentiel d'un grand maître soufi, Hazrat Inayat Khan :


Des mots inoubliables de Carl Jung, tirés du Livre Rouge :


Les quarante règles de la religion de l'Amour de Shams de Tabriz :


Le merveilleux poème d'Ibn Arabi "écoute ô bien-aimé" :


Les poèmes mystiques de Mansûr Al-Hallaj :


Le chant de l'Univers de Kabir :


Les mots lumineux de Khalil Gibran sur l'Amour :


Cette merveilleuse histoire que nous raconte Christiane Singer, nous invitant à ne laisser aucune trace de notre souffrance sur cette Terre :


Ce n'est là qu'une petite anthologie de textes essentiels auxquels abreuver nos oreilles. C'est une tâche essentielle que de donner ainsi à boire à nos âmes. J'ose espérer donc que ces mots sauront vous accompagner avec un cœur joyeux dans la descente dans l'obscurité, vers l'hiver. La nuit couve les rêves qui fleuriront au printemps. La poésie, le Verbe lumineux, les nourrit. 

Les poètes sont dans la Vie éternelle, n'est-ce pas ? 

Je vous souhaite donc une magnifique renaissance de la Lumière.

Jean                        

vendredi 22 décembre 2017

Poésie ma mie

Orphée jouant de la lyre (mosaïque)
Il y a, parmi d’autres, un moment décisif dans l’aventure intérieure de Jung. Il le raconte dans Ma Vie. Alors qu’il élabore les fantasmes qui lui viennent dans ce qui deviendra Le Livre Rouge, il s’interroge : qu’est-il en train de faire ? Il ne cache pas sa répugnance devant le flot des images qui l’envahissent au point qu’il questionne par moments sa santé mentale. De fait, il ne parvient sans doute à préserver celle-ci qu’en fixant ces images sur le papier. Il se demande : « Tout cela n’a sûrement rien à voir avec de la science. Alors qu’est-ce que c’est ? ». À sa grande surprise, une voix intérieure lui répond : « C’est de l’art ». Il avoue être très étonné car il n’aurait jamais pensé que ses fantasmes puissent avoir quelque chose à voir avec de l’art. Il identifie la voix qui lui parle comme étant celle d’une femme, une de ses patientes qu’il désigne comme « une psychopathe très douée ». Il s’agit vraisemblablement Sabina Spielrein, auquel il doit vraisemblablement nombre de ses idées sans qu’il l’ait reconnu, et qui en fait de psychopathie souffrait probablement surtout d’être tout simplement très intelligente dans une époque qui ne faisait aucune place aux femmes hors de l’ombre des hommes. Et Jung discute pied à pied avec cette voix, refusant d’entendre ce qu’elle cherche à lui dire.

Il s’agit semble-t-il d’une de ses premières confrontations consciente avec l’anima. D’une certaine façon, Jung rencontre alors une de ses limites. Celle-ci ressort dans son commentaire de la nature de la discussion :

« Naturellement, ce que je faisais n’était pas de la science. Alors, qu’est-ce que cela aurait pu être sinon de l’art ? Il semblait n’y avoir au monde que ces deux possibilités. Telle est la façon typiquement féminine d’argumenter. »

De tels propos, je dois le dire, me font honte de la part de cet homme que je considère comme un grand-père spirituel, et se dire « jungien » aujourd’hui sans s’en distancier fermement confine à rejoindre dans la misogynie l’idiot savant qui déniait encore aux femmes, dans les années 80, qu’elles aient un Génie[1] créateur. Nous qui vivons au XXIème siècle, en particulier les hommes, avons à réviser entièrement nos conceptions genrées en admettant que nous sommes malheureusement héritiers de ces fadaises patriarcales qui ont largement contribué, en imprégnant toute notre culture de la prétendue supériorité masculine, à conduire notre civilisation au bord du gouffre en ce qui concerne sa relation vivante avec la nature. Mais ce qui est plus intéressant encore, c’est que Jung, qui pourtant écrira des choses passionnantes à ce sujet, semble avoir une vision faussée de ce qu’est l’art. Il oppose en effet à la voix :

« Non, ce n’est pas de l’art, au contraire, c’est de la nature ».

C’est fort amusant de voir ainsi un homme qui prête aux femmes de ne pas savoir penser hors d’une équation binaire répondre à son anima en s’enfermant dans une telle dualité. Il corrigera ultérieurement cette affirmation en montrant comment les archétypes de l’inconscient collectif, qui sont expressions de la nature, se manifestent dans les élaborations artistiques. Ainsi écrit-il par exemple que « l’art véritable est quelque chose de supra-personnel, une force qui a échappé aux limitations du personnel et a émergé au-delà des visées personnelles de son créateur ». Au fond, la position de Jung se comprend bien quand on approfondit sa compréhension de l’élaboration psychologique dans ce qu’il appelle « la fonction transcendante » : dans l’imagination active en particulier, il s’agit d’éviter le piège de l’esthétisme. On croit volontiers que l’art est surtout lié à l’esthétique, à la recherche du beau, mais l’art dans sa modernité, qui prend forme dans les mêmes années que ce questionnement de Jung, propose un tout autre point de vue.

Jung a beaucoup contribué à amener un regard sur l’art qui s’est dégagé de la seule appréhension esthétique pour y observer le déploiement de l’inconscient. Il a montré, en s’intéressant aux biographies de différents artistes, que le processus créateur était comme « une chose vivante implantée dans la psyché humaine » et y poursuivant ses propres buts. Il a dévoilé la dimension visionnaire de l’art en soulignant que « tout art appréhende intuitivement les changements à venir dans l’inconscient collectif. » Mais à ce point de son cheminement, il n’a pas su entendre ce que lui disait son anima et il en a gardé, jusqu’à la fin de sa vie, une défiance vis-à-vis en particulier de la poésie. J’ai été frappé de constater comment celle-ci ressort dans le Mysterium Conjonctionis, son œuvre ultime, quand il écrit à propos de Angélus Silésius, qui est le poète qu’il cite le plus souvent, au point qu’on peut se demander s’il ne poursuit pas un dialogue souterrain avec lui :

« Nicolas de Cues a, il est vrai, osé émettre l’idée d’une coincidentia oppositorum (coïncidence des opposés), mais un Angélus Silésius a trébuché devant la conséquence dernière d’une pareille thèse, et le laurier flétri du poète orne seul sa tombe. »

Angélus Silésius
 Quand on lit Angélus Silésius, à qui Jung reconnait tout de même qu’il avait bu à la source de Mater Alchemia (Mère Alchimie) avec Jacob Boehme, et dont la mystique est rapprochée de celle de Maître Eckhart, on est amené à penser que Jung n’a tout simplement pas été capable de suivre le poète dans l’étendue de sa vision. Par exemple, Silésius écrit :

Je dois moi-même être soleil,
je dois de mes propres rayons
Peindre la mer incolore
De la divinité totale.

Il y a chez Silésius une compréhension de la non-dualité qui tient de l’Advaïta-Vedanta :

Rien n’est que moi et Toi ; et s’il n’y a pas deux
Alors Dieu n’est plus Dieu et s’écroule le ciel.

Et encore :

Dans l’Un, tout est un : que le deux revienne à lui
Il est dans l’essence avec lui un unique Un.

On trouve chez lui un énoncé très clair de la voie initiatique, dans lequel il évoque ce que les soufis appellent l’anéantissement (fanâ) :

Meurs avant de mourir, afin de ne pouvoir mourir,
Quand tu devrais mourir, autrement tu périras.

Il laisse clairement entendre qu’il est allé au bout de la via negativa, dont Eckhart est un des rares représentants en Occident, et qui consiste en ouvrir la porte du non-savoir :

Je ne sais qui je suis, et ne suis qui je sais :
Une chose, et non une chose, un point nul et un cercle.

Comme souvent quand quelqu’un se permet un jugement sur autrui, la flétrissure qu’évoque Jung pourrait bien être celle de son regard qui l’amenait à se supérioriser devant les poètes, et qu’il projetait là. Par une certaine ironie de l’histoire, maintenant que la psychologie scientifique dont se réclamait Jung triomphe avec les méthodes des neurosciences, il est lui-même renvoyé avec Freud et d’autres à une forme littéraire de la psychologie. C’est tout à son honneur d’ailleurs, et James Hillman en particulier a défendu la nécessité de considérer l’apport des humanités, en particulier des grands romanciers comme Flaubert et Zola, à la psychologie. Mais justement, là où Jung semble ne pas pouvoir suivre Angélus Silésius, c’est dans l’abandon de toute prétention à savoir pour donner libre cours à la seule pôesis, la création pure. Il s’en tient à une idée limitée de la poésie, qui selon le préjugé commun est une élaboration surtout littéraire, c’est-à-dire encore une fois esthétique. Et pourtant, il confie à Miguel Serrano, dans les tout derniers temps de son existence que seul un poète pourrait approcher finalement de quoi il a tenté de parler :

« Il y avait une fois une fleur, une pierre, un cristal, une reine et un roi, un château, un amant et sa bien-aimée, quelque part, il y a longtemps, longtemps, dans une île au milieu de la mer, il y a cinq mille ans… Tel est l’amour, la fleur mystique de l’âme. C’est le centre, le Soi… Personne ne comprend ce que je veux dire. Seul un poète pourrait le pressentir… »

Il ne s’agit pas ici de critiquer Jung, qui non seulement appartient à son époque toute imbue de patriarcat mais qui n’aurait pas été Jung, et ne nous aurait pas légué la psychologie des profondeurs s’il n’avait tenu fermement sa position face à l’anima. Ce moment a orienté toute la suite de sa démarche. Et cependant, si nous voulons vraiment suivre son exemple, qui était de liberté et d’individuation radicale, le grand arbre qu’est Jung ne devrait pas nous cacher la forêt, bien plus vaste encore que le jardin suisse qu’il a cultivé. Il envisageait la relation à l’inconscient essentiellement dans une perspective qui se voulait scientifique sinon, au-delà de la science, religieuse (au sens de l’attention scrupuleuse aux mouvements de l’âme) et gnostique. C’est en évoquant implicitement cette gnose qu’il prend un peu de haut Angélus Silésius, mais il lui a échappé semble-t-il que seule la langue poétique peut rendre compte du mystère que la démarche permet d’envisager, comme un paysage immense qui se dévoile soudain au détour d’un chemin de montagne…

Rainer Maria Rilke
 Jung a un contemporain chez qui cette aventure a abouti d’une façon décisive, et dont l’apport est non moindre. Il s’agit de Rainer Maria Rilke. Cela fera sourire les astrologues de constater qu’il est né, comme Jung, en 1875, année donc au combien fertile pour le renouvellement de l’esprit occidental. Avec Rilke, la démarche poétique n’a plus rien de poétique, au sens où il s’agirait simplement d’une élaboration esthétique un peu fleur bleue. La poésie entre à son tour dans la modernité en devenant une façon de vivre, un être-au-monde dans lequel tout est vivant, et surtout dans lequel tout est à vivre, en particulier la relation avec les ombres. Avec Rilke, la poésie devient la « passion de la totalité », c'est-à-dire qu'elle conduit directement à l'expérience vécue de ce que Jung appelle le Soi. 

Ainsi la poésie fait-elle place en particulier à l’angoisse et la mort, à la perte et à l’impermanence de l’être. Rilke, comme Jung aux prises avec ses visions, a pressenti que la Première Guerre Mondiale était "la" catastrophe et y a répondu avec toute son âme. Avec lui, le poète doit « poser sa main sur le feu qui sort des lèvres du dragon[2] » et le transformer en or vivant. Rilke écrit :

« Peut-être tous les dragons de notre vie sont-ils des princesses qui n’attendent que le moment de nous voir agir un jour, juste une fois, avec beauté et courage. Peut-être que toutes les choses qui nous font peur sont au fond des choses laissées sans secours qui attendent notre amour. Pensez qu’il se produit quelque chose en vous, que la vie ne vous a pas oublié, qu’elle vous tient dans sa main ; elle ne vous abandonnera pas. Pourquoi voulez-vous exclure de votre vie toute inquiétude, toute souffrance, toute mélancolie alors que vous ignorez leur travail en vous ? »

Et encore :

« Au fond, le seul courage qui nous soit demandé est de faire face à l'étrange, au merveilleux et à l'inexplicable que nous rencontrons. »

Le mythe qui décrit peut-être le mieux la démarche poétique est celui d’Orphée. Celui-ci est le poète par excellence de la tradition grecque. Son chant est d’une telle beauté que les animaux viennent à lui pour l’écouter, les arbres et les pierres lui répondent. Orphée est, comme les bardes de la tradition celte, un chaman. Son épouse, la merveilleuse Eurydice, meurt piquée par un serpent. Orphée descend aux Enfers pour aller la chercher et Perséphone, charmée par son chant, consent à ce qu’il la ramène parmi les vivants. Orphée serait donc le seul homme à avoir, au moins temporairement, triomphé de la mort par amour. Ici, les différentes versions divergent. Une adjonction tardive semble-t-il, et surtout romaine, veut qu’il n’ait pas pu s’empêcher de se retourner pour voir si Eurydice le suivait sur le chemin de retour des Enfers, et il l’aurait alors perdue car c’était à cette seule condition de ne pas douter qu’il pouvait la ramener. Mais le point le plus important, qui illustre la fonction du poète, c’est qu’Orphée ayant été finalement tué par les Ménades suivant Dionysos, sa tête décapitée aurait continué à chanter, donnant voix à la nature toute entière. Le poète s'efface, la poésie demeure, éternelle.

Orphée et Eurydice (Stanhope 1878)
Au travers de ce mythe, nous avons un énoncé de la démarche poétique qui rejoint profondément la compréhension alchimique de Jung, en particulier avec la descente aux Enfers et la transformation spirituelle de l’impétrant par le feu de l’amour. La grande différence entre les deux approches est qu’il y a encore dans la psychologie une prétention de saisie de la nature du mystère, une volonté d’expliquer qu’abandonne le poète au nom de l’entrée dans l’Ouvert, terme qui était cher à Rilke et dans lequel il rejoignait l’intuition mystique de l’espace sans-forme d’où tout jaillit, ou tout se crée. Le poète n’a plus de prétention à savoir quoi que ce soit mais il s’offre à la seule inspiration, c’est-à-dire au Souffle qui traverse toute chose, tout être. À lire Rilke, mais aussi les grands poètes mystiques comme Rûmi, Hafiz de Shiraz, Angélus Silésius, on pressent que toute la psychologie n’est rien d’autre qu’un ponton s’avançant dans le lac du mystère, qu’il faudra bien quitter un jour pour plonger directement dans les eaux vivantes au lieu d’en parler.

Dans cette perspective, que j’élabore tranquillement au fil de ce blogue, il ne saurait par exemple être question de prétendre à une vérité du rêve en l’interprétant, mais seulement de jouer le jeu de la création du sens dans une démarche créatrice de conscience. Dans celle-ci, les images du rêve prennent vie et nous nous prêtons simplement, avec le concours de l’inconscient qui veut que le rêve soit compris, fertilise la conscience, à la pure pôesis qui éclaire l’existence de l’intérieur. Mais encore faut-il, pour cela, faire silence en dedans, c’est-à-dire que se taise tout ce qui prétend savoir, saisir l’immensité du réel et enfermer l’Ouvert dans une théorie. Ainsi, il apparaît enfin combien l’approche poétique rejoint la profonde méditation. Rilke encore :

« Qui demeure immobile tout au fond de soi,
Où la parole s'enracine et prend naissance,
Atteint la source ineffable et se tient coi. »

Je recommande à celles et ceux qui sont intéressé(e)s à approfondir leur compréhension de la voie poétique de lire un très beau petit livre de Fabrice Midal : 

Pourquoi la poésie ?


Je laisserai les mots de la fin à Rilke, mots dans lesquels se dessine un petit chemin ombragé à l’écart des autoroutes, en vous souhaitant une très heureuse fin d’année, et de commencer le nouveau cycle solaire dans la joie :

« Nous sommes les abeilles de l'Univers. Nous butinons éperdument le miel du visible pour l'accumuler dans la grande ruche d'or de l'invisible. »

« Nous devons assumer notre existence aussi loin qu'il est possible : il faut que tout y soit possible, même ce qui paraît inouï. »

« Comme la lune, la vie a une face que nous ne voyons pas et qui n'est pas son contraire, mais bien une complémentarité lui fournissant sa perfection, sa plénitude, en faisant une sphère intacte et complète symbolisant l'être. »

« Illuminées dans votre paix infinie,
un milliard d'étoiles vont tourner à travers la nuit,
flamboyant au-dessus de votre tête.
Mais en vous est la présence
qui sera, lorsque toutes les étoiles seront mortes.
 »

« Soyez patient en face de tout ce qui n'est pas résolu dans votre cœur. Efforcez-vous d'aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour l'instant des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les "vivre". Et il s'agit précisément de tout vivre. Ne vivez pour l'instant que vos questions. Peut-être simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. »

samedi 25 mars 2017

Le coeur de la montagne


Il y a une dizaine d’années, mon enseignante tantrique préférée, que je considère comme ma mère spirituelle, m’a envoyé dans le bois à la recherche d’une intention de vie. Qu’est-ce donc que j’étais venu faire sur cette planète ? Vaste question. Après un moment de profonde perplexité à errer dans la forêt laurentienne, j’ai eu une vague intuition. Je me suis rappelé d’un de mes romans de science-fiction préféré, Le troupeau aveugle de John Brunner, dans lequel des écologistes enragés tagguent partout sur les murs un slogan qui m’avait frappé :

La terre redeviendra un jardin

D’un coup, tout mon passé militant m’est remonté et j’ai pensé : oui, bien sûr, c’est cela mon intention de vie ! C’est avec ça que je suis arrivé ici, le désir violent de contribuer à ce que nous retrouvions la voie de la vie naturelle. Ce désir fou d’un autre monde, d’une autre vie, qui m’a rendu révolutionnaire à l’adolescence, et qui m’a poussé plus tard à émigrer au Québec où la nature sauvage est encore bien vivante. C’est cette énergie aussi qui m’a jeté dans la quête spirituelle...

Et donc, j’ai eu le sentiment que la lumière se faisait en moi, que tout d’un coup je savais pourquoi je marchais sur terre. J’en ai été tout agité mentalement pendant un temps, et puis il y a un grand silence qui est retombé en dedans quand soudain, une étrange impression m’a assailli : c’était comme si les arbres s’étaient rapprochés et se penchaient sur moi en murmurant quelque chose. J’ai tendu l’oreille, faisant encore plus silence à l’intérieur pour entendre ce qu’ils pouvaient bien me dire, tout en me disant bien sûr que c’était n’importe quoi : à part dans le Seigneur des Anneaux, quand donc a-t-on entendu les arbres parler ? Mais ce que j’ai entendu m’a secoué. 

Un chuchotement très doux a pris forme en dedans et m’a dit :

-     Non, non, tu n’as pas encore compris… La terre n’a jamais cessé d’être un jardin !

J’ai sursauté. Ce n’était pas moi qui pensait cela. C’était tout le contraire de tout ce que j’avais toujours cru, toujours pensé, des croyances de base sur lesquelles étaient fondée ma personnalité d’anarchiste revendicatif et contestataire. J’ai même protesté intérieurement, invoquant la pollution et toutes les blessures que nous, les êtres humains, infligeons à la nature. J’ai pensé aussi aux guerres sans merci auxquelles nous nous livrons, avec leur cortège de destructions qui n’épargnent pas la nature, et aux univers artificiels que nous nous sommes construits dans les villes que nous habitons. Mais la voix a poursuivi, répondant directement à mes arguments :

-   Ce n’est qu’une petite couche de crasse mentale. La nature, en-dessous, est inviolée et reprendra ses droits…

L’image m’est venue à l’esprit d’une petite couche de suie recouvrant des millénaires de vie patiente, et j’ai soudainement été envahi par une grande paix. Tout s’est tu, en dedans comme au dehors. C’est avec une joie presque enfantine que je suis retourné voir ma mère spirituelle. Mon intention de vie était claire. Il s’agissait simplement de vivre cette paix, cette joie, et de retrouver le chemin qui conduit à ce que j’ai été amené par la suite à désigner comme le Royaume. Au fond, le fameux Royaume des Cieux n’est pour moi rien d’autre que la grande nature souveraine, la « nature naturante » dont nous parlait Spinoza ou encore le magnifique Corps de Dieu que nous avons toujours sous les yeux. Il suffit de lever les yeux vers le ciel et de contempler les étoiles pour reconnecter à une nature que nous ne pourrons jamais violer, et dont l’immensité nous dépasse. Tant que je m’énervais et me croyais justifié d’ajouter à la violence du monde au nom de la paix que je disais rechercher, je ne faisais que m’en éloigner. Il a fallu que les arbres m’arrêtent pour que je réalise ma bêtise. 

Cette compréhension a changé ma vie.

Quant à spéculer sur ce qui a effectivement parlé ce jour-là, je ne m’intéresse guère à cette discussion. Mes amis psychologues peuvent y voir une projection de l’inconscient, cela ne me parait pas très convainquant et tout au plus un peu réducteur, mais certainement rassurant pour eux. Une des caractéristiques du contact avec l’inconscient, c’est qu’il nous surprend. On constate : ce n’est pas « moi » qui ait pu penser cela ! Si ce n’est moi, c’est donc Soi, dira-t-on… mais ayant dit cela, on n’a rien dit à moins que l’on se serve d’un concept du Soi pour vite refermer le couvercle sur le mystère. L’inconscient, si on ne tombe pas dans le piège d’en faire un concept psychologique qui nous permet de tenir à distance la réalité de l’inconnu en nous, ce n’est jamais que ce qui est en dehors du champ de notre conscience. Ce n’est pas nécessairement inconscient en soi, cela peut être tout à fait conscient, peut-être même beaucoup plus conscient que nous. En Orient, on désigne cette intelligence que l’on constate souvent dans les rêves comme étant la conscience des profondeurs.

Disons donc simplement que c’est un rêve que j’ai vécu là : un rêve éveillé. Et dans mon rêve, les arbres parlent et le monde est encore magique. Rien n’interdit de penser qu’à un certain niveau de profondeur de la psyché, dans les couches les plus universelles de l’inconscient collectif, nous communiquions avec les arbres, les pierres, les animaux. En fait, beaucoup de gens vivent ce genre d’expériences qui rejoignent la vision ancestrale de notre relation intime avec la nature. Ainsi, dans les cultures chamaniques, notre humanité s’enracine dans une âme minérale, une âme végétale et une âme animale. Il n’y a que notre culture intellectuelle occidentale pour vouloir croire à toute force que nous soyons séparés de la Grande Vie, et peut-être est-ce là notre plus grand malheur, la source de notre déracinement – une maladie de l’âme qui nous rend souvent bêtes et arrogants envers tous ceux qui pensent différemment, c’est-à-dire en particulier les enfants et ces « primitifs » qui nous ont précédé de quelques dizaines de milliers d’années sur terre. Je préfère me tenir avec ces derniers.

Mais pour ma part, je me réserve le droit de ne simplement pas savoir et de laisser tout ouvert, car finalement, peu m’importe. Savoir, ce serait affirmer que le rêve de ceux s’en tiennent à la rationalité est faux, et cela ne m’intéresse pas d’entrer dans ce genre de discussions en forme de : mon rêve est plus vrai que le tien, plus réel. Je préfère rêver et laisser les autres rêver, au moins puis-je espérer goûter à quelque lucidité dans mon rêve.

Ken Wilber a souligné que, dans la critique de la rationalité réductrice qui prétend savoir, il y a une immense différence entre une vision pré-rationnelle, c’est-à-dire enfantine et qui se fonde sur la croyance, et une approche transrationnelle[1] qui reconnaît et dépasse simplement les limites de la raison en acceptant de ne pas savoir, d’aller dans le non-savoir. Jung a émis une distinction similaire en se moquant un peu des personnes qui veulent tout comprendre d’une façon littérale et ne sont pas capable de pensée symbolique, le symbole étant une image qui renvoie à l’inconnu. Je développerai ces idées une autre fois car elles sont fondatrices d’une approche des questions spirituelles trop rare et cependant tout à fait nécessaire à notre époque, approche que je définis comme tenant de l’agnosticisme radical. Au-delà du croire et du savoir, la voie qui s’ouvre est celle du non-savoir dans l’ouverture au mystère, pour danser avec lui puisque le mystère est vivant.

Mais pour l’instant, c’est donc un beau rêve dans lequel je vous invite à me rejoindre – il y a de la place pour tout le monde dans ce rêve, et plus on est de rêveurs et de rêveuses, plus on rit.

Joyeusement.

En effet, depuis cette rencontre avec le peuple des arbres et sa sagesse, j’ai observé que je ne suis plus jamais seul. Partout, même dans l’environnement le plus bétonné, j’ai des complices qui se présentent sous forme d’arbres ou de petites plantes, d’animaux domestiques ou d’insectes. C’est jusqu’à la caresse du vent et le scintillement des étoiles qui reconduisent à la nature, toujours présente. Et puis il y a les enfants, qui marchent dans le Royaume et sont encore dans l’Ouvert, comme le disait Rilke[2], avant que notre éducation ne les retourne, n’atrophie leur âme. La nature vivante est là aussi sous les grands discours et les costumes urbains, car que nous le voulions ou non, nous sommes des corps, nous vivons dans une animalité la plupart du temps inconsciente. Comme le disaient mes amis les arbres : finalement, la fameuse civilisation, ce n’est qu’une toute petite couche de vernis qui saute facilement (voir quelques épisodes récents de barbarie civilisée), et souvent, il faut bien le dire, de crasse mentale...

Mais revenons donc à mon rêve éveillé. Pour parler d’un rêve, justement, qui lui a donné un prolongement majeur quand il m’est venu quelques dix-huit mois après cette balade en forêt. Je m’étais couché un peu désespéré et en grande colère devant un jeu de pouvoir que je voyais à l’œuvre depuis longtemps dans ma vie professionnelle et qui m’atteignait alors dans mon estime de moi-même, me faisant douter d’être jamais capable de « parvenir à quelque chose ». Le rêve m’est d’abord apparu comme merveilleusement compensatoire de ce désespoir et de cette colère avant de m’emmener bien plus loin :

Je suis introduit dans un espace merveilleux. Je me promène dans la nature et je vais pour prendre une photo d’un lac. Je me baisse pour prendre la photo au ras de l’eau et je remarque alors des petites statuettes indiennes (d’Inde) sur le bord du lac. Je suis surpris car on ne les voit pas quand on est debout. Je continue ma promenade et je remarque progressivement que toute la nature environnante est aménagée comme une véritable maison. Je passe de pièce en pièce, je vois des chambres, une salle à manger, avec émerveillement devant le fait que tout participe : tels arbres forment une porte, la roche un meuble, etc. Je m’y sens chez moi.  Je m’installe, je profite du confort des lieux…

Plus tard, je sors de la forêt avec quelque chose à manger que j’ai trouvé dans la cuisine de la maison merveilleuse et que je veux partager avec un groupe de femmes autour d’un feu. Ce sont des quenelles que je mets à cuire sur le feu. Survient alors un homme cravaté, très énervé et verbomoteur, qui nous prend à partie en déclarant : « vous savez ce que racontent les Amérindiens par ici ? Ils disent que celui qui trouvera accès au cœur de la montagne vivra une vie d’abondance ! Quelle idiotie… » Il éclate d'un rire cynique tandis que je reste coi en me disant en moi-même : c’est donc cela, j’ai trouvé l’accès au cœur de la montagne ! Je ne sais pas quoi lui répondre, je le laisse rire.

Je me suis réveillé en pensant aux paroles du Tao-Të-King :

Quand l’homme noble entend parler de la voie, il l’embrasse avec zèle.
Quand l’homme moyen entend parler de la voie, il la discute, il en prend et il en laisse.
Quand l’homme inférieur entend parler de la voie, il éclate de rire.
S’il ne riait pas, ce ne serait pas la voie.

J’ai déjà parlé ailleurs[3] de ces trois sortes d’hommes décrits dans l’aphorisme de Lao-Tseu, qui correspondent à la distinction qu’établissaient les gnostiques entre pneumatiques, psychiques et hommes concrets. Le terme « inférieur » est mal choisi par les traducteurs car toute notion d’échelle et de supériorité est contraire à l’esprit du Tao-Të-King; il s’agit plutôt de ce que le Yi-King désigne comme « le petit homme » qui ramène tout à sa mesure, encore une fois littérale et concrète. Une des façons de reconnaître ce petit homme, c’est son obsession du profit et de l’utilitarisme : il veut tout exploiter et dominer. Il ne s’intéressera à la nature et à l’inconscient que s’il peut en tirer un bénéfice. Et qui parce qu’il marche main dans la main avec le Prince de ce monde, il se trouve bien souvent en situation de pouvoir, pour le plus grand bénéfice spirituel des autres. Car s’il ne riait pas et n’était pas aveugle aux richesses de la voie, ce ne serait pas la voie !

J’ai interprété ce rêve, mais comme tous les grands rêves, il n’en finit pas de déployer ses richesses et de me guider. C’est un rêve qui continue de me montrer le chemin. Ainsi que je le disais, j’y ai d’abord vu une compensation extraordinaire à la mesure du désespoir et de la colère dans lesquels je m’étais endormi, qui venait me rassurer en me parlant des richesses intérieures que j’ai trouvées dans mon cheminement. Le désir de capturer une image de l’inconscient, ici associé au lac de la tranquillité intérieure, m’amène dans le rêve à me baisser assez bas pour constater un premier miracle : je vois les symboles spirituels et les productions de l'inconscient, du divin qu’on ne voit qu’en ne se courbant assez bas. Cela renvoie à une histoire juive que Jung affectionnait, dans laquelle un rabbin était interrogé sur le pourquoi il n’y a plus de nos jours de grandes visions et de prophètes, et qui répond que plus personne ne se baisse assez bas…

Puis je réalise dans le rêve que la nature est une demeure, une structure psychique (maison) ouverte et vivante, que je peux habiter dans ma nature, et que tout y participe pour me donner un habitat. Il s’agit autant de la nature intérieure que de la nature sauvage extérieure; il n’y a pas de séparation dans la nature. C’est un endroit merveilleux, un sanctuaire naturel auquel j’ai accès. C’est chez moi. Il y avait là, à l’évidence pour moi, une référence à la vision que j’évoquais en début de cet article, et au rapport à la nature qui s’est instauré dans ma vie depuis lors. Puis, après un temps à profiter de cet espace, je sors donc du bois avec de quoi nourrir l’âme, mais il faut cependant le faire cuire, le rendre digestible. Et c’est avec des femmes que je vais le partager, c’est-à-dire avec le féminin en moi mais aussi dans la perspective de la restauration du Féminin sacré auquel je consacre mes travaux.

Il n’est pas anodin non plus que ces femmes soient en cercle car j’ai commencé à développer mes cercles de rêves dans les années qui ont suivies. Le cercle est aussi un symbole évoquant la présence du Soi, et selon moi, la forme de travail collectif nécessaire pour notre époque car non hiérarchique. Il y avait sans doute une allusion sexuelle à la virilité psychologique dans les quenelles (en français de France, le sexe masculin = la queue), qui dénotait avec humour une certaine immaturité sur ce point. Ce symbole quasi-phallique offert en partage pouvait aussi signifier le passage au feu de l’affirmation de soi et d’autres nourritures masculines. Et c’est justement dans ce contexte d’exigence de faire preuve de masculinité intérieure que surgit le « petit homme » qui dénigre avec ironie la sagesse de l’inconscient.

Ce faisant, il me livre la clé de l’expérience qui m’a été donnée d’entrevoir dans la forêt, et me porte la promesse de l’abondance. Il y avait là non seulement un éclairage de la valeur de la vision spirituelle qui m’était échue lors de ma recherche d’intention existentielle mais aussi une anticipation du travail que je ferai des années plus tard dans l’élaboration du processus Créez votre vie de rêve, avec lequel je partage l’abondance. Je ne sais alors pas quoi dire devant l’énervement du petit homme et son rire destructeur, sauf me répéter les mots de Lao-Tseu pour ne pas me laisser atteindre par cette ironie. J’ai à tort voulu voir dans cet homme la personne à laquelle je me heurtais, qui maniait la même ironie que dans le rêve, avec la même fermeture à la vie intérieure et au sentiment (amérindiens). Ce n’était pas faux car il y a analogie mais le rêve me renvoyait bien sûr directement  au « petit homme » en tant que mon ombre, à « l’homme inférieur » en moi : celui qui doute et qui ricane dans un coin de mon inconscient, loin enfoui tant je l’ai refoulé. C’est lui qui venait me poser problème, auquel je n’avais rien à dire et devant qui je restais coi, apeuré. Pour l’instant, ai-je noté alors dans mon journal.

Près de dix ans après, j’ai été amené à revisiter ce rêve. Cela a été l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis lors. J’ai pensé intituler ce billet « sortir du bois » car c’est finalement ce dont il s’agit, ce à quoi ce rêve m’invitait. Pendant ces dix années, en particulier en m’exposant dans mes blogues et en animant des cercles de rêves, ainsi que d’autres ateliers, je me suis employé à sortir du bois. Cela m’amène à confronter beaucoup plus directement le « petit homme » et maintenant, j’ai de quoi lui répondre. Il ne s’agit pas tellement d’argumenter et de discuter d’ailleurs. Il s’agit simplement d’être soi et de partager les richesses trouvées sur le chemin, car c’est la meilleure façon de les multiplier. Mais il a bien le droit de n’en point vouloir et de rire autant qu’il veut, cela ne prive que lui et nous sert d’indicateur pour reconnaître où est la voie.

Mais alors, demanderez-vous peut-être, où est-il ce chemin qui conduit au cœur de la montagne ? Comment y aller ? Je ne saurais vous le dire même si je dissémine des indices, partout dans ce blogue et en particulier dans cet article, qui pourront être utiles à celles et ceux qui le cherchent. Cependant, je pourrais vous amener dans mes appartements dans le bois et vous n’y verriez que des arbres ordinaires, des pierres et des branchages enchevêtrés. Bien sûr, ce chemin est à l’intérieur, et c’est à chacun(e) de le trouver, dans sa propre intériorité. C’est merveilleux, ainsi ne dépendons-nous jamais de personne pour trouver l’essentiel ! Ne serait-ce pas le fondement de notre liberté la plus fondamentale ?

Les anciens poètes chinois voués au Tao connaissaient eux aussi le chemin. Ainsi Han-Chan dit-il :

J’ai élu domicile au cœur de la montagne :
Sur la voie des oiseaux, il n’est plus trace humaine.
Qu’y-a-t-il autour de mon jardin ?
De vagues rochers qu’embrassent les nues blanches.


Vos commentaires sur mon rêve m’intéresseront car un rêve gagne toujours à être exposé et discuté. Merci !



[1] Vous trouverez ici un article très intéressant sur cette distinction essentielle entre prérationnel et transrationnel : http://developpementintegral.com/post/lerreur-pre-trans-786