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samedi 7 mai 2016

Rêves et pleine conscience


Cet article reprend et amplifie les principaux éléments que j’ai présentés lors d’une conférence au colloque de l’International Association for the Study of Dreams (IASD) à Montréal le 7 mai 2016.

Nous sommes encore, en Occident, à l’école primaire du rêve en regard d’autres cultures. Un siècle après que Freud, et surtout Jung, ont redonné ses lettres de noblesse au travail des rêves, nous apprenons encore à lire et écrire dans ce domaine. Lire les rêves consiste à les interpréter, à nous efforcer de comprendre ce qu’ils veulent nous dire. Nous redécouvrons ce qu’Eric Fromm a appelé « le langage oublié » des symboles. Mais qu’est-ce donc qu’écrire à l’école du rêve ? Cela a trait à la capacité d’utiliser la visualisation et l’imagination active pour dialoguer avec l’inconscient, et plus profondément, pour nous guérir et pour transformer nos vies. Nous redécouvrons depuis quelques décennies le pouvoir de ces techniques par exemple dans le domaine de la santé : dans les années 1980, les Simonton, par exemple, ont commencé à proposer l’utilisation de la visualisation créatrice pour lutter contre le cancer. Depuis, ces techniques se multiplient. Parmi celles-ci, je dois mentionner en particulier la méthode dite des Images de Transformation™ mise au point par mon mentor Nicolas Bornemisza et Marie-Lise Labonté.

Nous sommes encore jeunes en matière de travail et de compréhension des rêves, mais nous sommes encore dans les langes, au mieux à la maternelle, en ce qui concerne la méditation. Cela ne fait que quelques décennies qu’on apprend à méditer en Occident, grâce aux échanges avec de nombreux enseignants d’Orient. Mais nombre des techniques enseignées nous semblent ésotériques car elles font partie de traditions spirituelles comme le bouddhisme ou le tantrisme qui nous sont étrangères. Depuis les années 1990 cependant, nous redécouvrons ce qu’on appelle désormais la « pleine conscience », mindfulness en anglais, un terme associé aux travaux du Dr Jon Kabat-Zinn[1] en particulier, qui a introduit la méditation à l’hôpital autant pour les patients que le personnel soignant. Avec la pleine conscience, nous disposons maintenant d’une approche complètement dégagée de toute école religieuse, que nous pouvons nous approprier sans aucun exotisme spirituel. Parmi toutes les techniques de méditation en vogue, la pleine conscience est celle qui a le plus le vent en poupe actuellement car elle présente l’avantage d’être entièrement laïque et très simple.

Qu’est-ce que la pleine conscience ? C’est l’art d’être entièrement présent, et de développer une attention vigilante et sans jugement à nos sensations, émotions et pensées. Cela se pratique de toutes sortes de façons : une fois qu’on l’a intégrée au travers d’exercices spécifiques, la pleine conscience participe de notre quotidien. Rien de tel que de faire la cuisine, de déguster un repas, d’échanger avec quelqu’un ou de se promener en pleine conscience. Un de mes amis fait remarquer qu’en fait, on devrait parler de « pleine attention » car la conscience est duelle, toujours prise entre les opposés, mais l’attention au flot des images, des pensées, des émotions amène à sortir de la dualité, à simplement ressentir le flux impermanent des choses.

Pour l’expérimenter, commencez simplement par prendre conscience de votre corps. Vous êtes probablement assis(e) : observez les points de contact de votre corps avec le siège dans lequel vous vous trouvez ; prenez note des tensions s’il y en a, d’un éventuel inconfort ou de votre détente. Pour aller un peu plus loin, prenez conscience de votre respiration sans rien chercher à y changer. Et enfin, observez maintenant votre atmosphère intérieure : qu’est-ce qui est présent ? Quelles sont les émotions, les pensées qui vous traversent ? Il y a peut-être des idées qui agitent votre esprit, des interrogations ou des critiques qui vous viennent à la lecture de cet article. Ne cherchez pas à les changer, à les diriger. Observez…

Pour aller plus loin dans l’expérimentation de la pleine conscience, je recommande les vidéos de Christophe André, un psychiatre français, que vous trouverez sur Youtube. Je suggère en particulier : https://www.youtube.com/watch?v=pu0X3Mbf904

Beaucoup de gens pratiquent la pleine conscience sans le savoir, comme Mr Jourdain faisait de la prose sans la nommer comme telle. Les personnes qui pratiquent le yoga, le Chi Kung, le Taï Chi et les arts martiaux s’entrainent alors à la pleine conscience, dont l’accès le plus direct est la présence attentive dans le corps. Les sportifs, les artistes, etc… connaissent souvent des moments de pleine conscience qui sont aussi des moments de « flow » ou de créativité pure. D’autres vont simplement à la pêche pour goûter des moments de paix qui sont aussi des temps de pleine conscience. Car pratiquer la pleine conscience, c’est un peu comme trouver l’œil du cyclone en nous, l’endroit où l’on peut rester centré(e) en conscience tandis que tout s’agite autour de nous.

La méditation et le rêve sont encore bien souvent comme deux mondes qui communiquent peu, deux navires qui se croisent dans le noir sans qu’il n’y ait personne sur le pont pour héler l’autre. C’est dommage. Pour ma part, cela fait plus d’une vingtaine d’années que j’explore ces deux domaines et que je poursuis l’intuition qu’ils se rencontrent en de nombreux points. En particulier, il m’est apparu de plus en plus clairement avec le temps que le rêve devrait toujours être abordé d’un point de vue méditatif si on veut en retirer le plus grand bénéfice. Mais c’est en rencontrant Richard Moss, un éveillé contemporain, que j’ai trouvé confirmation de cette approche. En observant sa façon de travailler les rêves, j’ai vu la pleine conscience en action et cela a constitué un tournant dans ma propre évolution, me libérant de tout présupposé intellectuel sur la nature des rêves et de ce qui se passe quand on les écoute.

En Orient, depuis des millénaires, il y a un yoga du rêve, qui figure entre autre parmi les 6 yogas de Naropa, et qui propose des exercices de méditation pour entrer en rêve lucide : non seulement s’agit-il de devenir conscient de rêver (lucidité onirique) mais aussi d’utiliser le temps de rêve à des fins spirituelles, de méditer dans le rêve pour finalement s’éveiller dans la réalité, réaliser que la vie est une sorte de rêve. En Occident, on commence tout juste à associer pleine conscience et rêve lucide, à se rendre compte que la meilleure technique pour se préparer à la lucidité onirique est simplement de revenir au présent en pleine conscience et de se demander : « Suis-je en train de rêver ? » en cherchant les indices oniriques, les incongruités qui signalent qu’on a quitté la réalité ordinaire. Pour ceux que cela intéresse, il y a un livre très intéressant qui est paru récemment : Dreams of awakening, de Charley Morley. Mais pour la plupart d’entre nous, moi compris, ces choses relèvent de l’acrobatie de haute voltige alors nous devons nous demander : qu’est-ce que la pleine conscience peut apporter au travail du rêve, aux rêveuses et rêveurs ordinaires que nous sommes ?

Beaucoup de choses. Une étude scientifique[2] récente montre que les gens qui pratiquent la pleine conscience vivent moins d’émotions négatives en rêve, en particulier moins d’anxiété. Mon observation, c’est qu’en outre, cette pratique donne accès à des rêves plus archétypiques, qui semblent venir de couches plus profondes de la psyché que lorsqu’on ne médite pas. Cela s’explique par le fait qu’en rêve reviennent d’abord les impressions reçues dans la vie diurne que nous n’avons pas rendues conscientes. Par exemple, nous avons vécu un incident et dans le feu de l’action pour y réagir, nous n’avons pas pris conscience de notre peur et de notre colère. Et voilà qu’on va rêver que la ville est en feu et qu’on est paniqué. Ou une parole piquante nous a été adressée et dans notre énervement, nous n’avons pas fait attention aux mémoires de vieux jugements parentaux qui ont été réveillées. Une nuit, dans la suite d’un épisode de cet ordre, j’ai rêvé que j’avais la peau d’une fesse brûlée au deuxième degré, qu’on ne pouvait pas effleurer sans que je pousse les hauts cris.

En se donnant des moments de pleine conscience, c’est-à-dire d’attention vigilante à tout ce qui se passe en dedans – pensées, émotions, sensations, imaginations, mouvement intérieur, couleur de l’atmosphère psychique dans laquelle on baigne – ces émotions ou mémoires associées remontent plus facilement à la surface. On leur fait de la place, on leur donne de l’espace. En même temps, on évite de se laisser embarquer par les affects, on les observe en s’en détachant. Au lieu de ruminer sans cesse : « il n’aurait pas dû me parler ainsi », – rumination qui témoigne qu’on est dans le passé et non dans le présent – on cherche le « sweet spot » d’où l’on peut regarder ce qui nous arrive en se disant : « oulala ! je suis accroché à ce qu’il m’a dit, là… »

Dans mon expérience et selon ce que j’ai observé autour de moi, la pratique de la pleine conscience permet de nettoyer ces premières couches de la psyché et d’avoir des rêves souvent plus archétypiques. Mais la pleine conscience est aussi un ingrédient essentiel du travail du rêve. C’est Richard Moss, qui connait très bien la psychologie des profondeurs et l’enrichit d’une expérience d’éveil spontané qu’il a enraciné avec des décennies de méditation, qui m’a éclairé sur ce sujet. Pour lui, le rêve et la méditation sont chacun un pilier du travail intérieur, avec le service entre autres. Je recommande en particulier le chapitre qu’il a consacré à ce sujet dans son livre intitulé Le second miracle. Dans sa pratique, il enseigne que nous faisons souvent deux erreurs typiques dans l’approche du rêve :


  • Nous abordons le rêve comme s’il s’agissait d’un objet séparé de nous, à la recherche d’une compréhension « objective ».

  • Nous approchons le rêve à partir de notre tête, avec des théories pour parler « sur » le rêve au lieu de laisser parler le rêve.

Mais le rêve fait partie de nous, c’est l’expression d’un processus psychique, c’est-à-dire vivant en nous. Quelque chose d’inconscient dans la psyché veut devenir conscient et prend forme d’images intérieures, au sens large – c’est-à-dire non seulement d’images visuelles mais de tout ce qui stimule nos sens intérieurs. Une image intérieure, cela peut être aussi un son, une musique, un parfum ou une odeur, une sensation et même une émotion, ou encore une atmosphère indéfinissable. Il s’agit de nous laisser travailler par ces images intérieures qui surviennent du dedans, qui portent toutes un noyau de conscience.

La compréhension profonde des rêves repose souvent plus sur une attitude intérieure d’ouverture au rêve que sur toutes les méthodes ou grilles d’analyse. Jung dit bien qu’il faut étudier tous les livres mais que devant un rêve, il faut tous les mettre de côté car le rêve est unique comme le rêveur est unique. Cette ouverture, on ne peut la trouver que dans le présent. Il s’agit d’écouter le rêve sans aucune idée préconçue qui nous viendrait du passé, ni anticiper déjà comment on va répondre au rêve, ni juger le rêveur, ni se perdre dans une théorie. Il faut être présent au rêve, à la façon dont les images nous touchent, à ce qu’elles déclenchent en nous, qu’on soit la personne qui a rêvé ou qu’on entende le rêve d’autrui. On ne devrait aborder les rêves qu’à partir de l’instant présent de son écoute, qui nous ramène au fait que le rêve se déroule toujours dans l’instant présent du rêve. 

Car un rêve, c’est un vécu, et on ne vit que dans le présent.

Alors, si on approche le rêve dans une attitude d’ouverture à l’inconnu en nous, tôt ou tard le rêve s’ouvre. Ce n’est pas nécessairement qu’on le comprend, qu’on peut se l’expliquer. Mme Von Franz soulignait fréquemment que la compréhension intellectuelle peut avoir quelque chose de brutal, de mutilant pour la psyché. Mais quelque chose devient tôt ou tard conscient. Jung recommandait de tourner autour du rêve, de le garder à l’esprit en vaquant à nos occupations, jusqu’à ce qu’il s’éclaircisse. On peut donc ajouter qu’autant que possible, il faut tourner autour du rêve en pleine conscience, sans perdre le contact donc avec notre vie extérieure mais surtout, en ce qui concerne le rêve, avec ce que chaque image nous fait ressentir, ce qu’elle meut en nous.

Le premier pas dans ce sens, c’est de raconter le rêve au présent, que ce soit en l’écrivant dans notre journal ou en le disant à une oreille attentive, ou encore en se le remémorant. En racontant très lentement le rêve au présent, et en commençant toujours par se situer – « je suis… » et non « j’étais… » –, on sollicite les émotions associées à chaque image, à chaque élément du rêve, et on suit sa dynamique, son cours émotionnel. J’insiste sur la lenteur nécessaire. Il faut prendre son temps pour sentir ce qui se passe en dedans. Une astuce consiste à détacher chaque mot si on parle, et à prendre une respiration à chaque fin de phrase. En méditation profonde, en faisant l’exercice de revivre ainsi notre rêve, on peut respirer « dans » chaque image, en restant simplement présent à ce qu’elle nous fait ressentir.

Un exemple : Je rêve que je suis assis sur le bord d’une rue ensoleillée, et que je vois une petite fille de trois ou quatre ans en robe rouge traverser la rue. Elle est adorable, une petite boule d’énergie pure. Mais voilà qu’elle trébuche et tombe de tout son long. Elle n’a pas le temps de se relever, ni moi de me soulever de ma chaise, qu’une voiture arrive à toute allure. Je suis saisi de peur, paralysé. La voiture freine et s’arrête à quelques centimètres de la petite fille qui se relève et repart comme si rien ne s’était passé, joyeuse et insouciante.

Passons sur l’analyse symbolique que j’ai pu faire de ce rêve, qui m’a parlé des inquiétudes que je nourrissais concernant un projet professionnel et créatif. J’avais beau l’interpréter, il continuait à me solliciter jusqu’à ce que j’aie pris le temps de méditer avec ce rêve. Ce n’est qu’en restant entièrement présent à toutes les émotions associées aux images du rêve que j’ai pris conscience que l’essentiel du rêve n’était pas la peur que j’avais ressentie, et l’anxiété à laquelle je pouvais la relier, mais l’amour que suscitait en moi la petite fille, la joie et la légèreté qu’elle me communiquait. La pleine conscience appliquée au rêve m’a finalement permis de me relier consciemment à cette petite fille en moi. Car pour dialoguer avec nos personnages de rêve en imagination active, il faut encore s’enraciner dans le présent, dans le corps en particulier, pour concentrer notre attention sur nos pensées et émotions.

Cette approche vaut non seulement pour le travail de nos propres rêves que pour l’écoute d’autrui. J’ai déjà mentionné comment il faut être présent au rêve et à la personne qui a rêvé en respectant ce qu’ils ont d’uniques, ici et maintenant. L’écoute du rêve réclame un certain silence intérieur, pour accueillir les images, et l’analyste aussi – et surtout – est tenu d’être présent à ce qui se passe en lui à l’écoute du rêve, ce qui permet un dialogue authentique avec la personne qui a rêvé. Il arrive que l’analyste sente des choses dont le rêveur ne peut pas prendre immédiatement conscience. Et puis, plutôt que de chercher à intellectualiser les images intérieures, on peut toujours simplement demander :

« Et qu’est-ce que tu sens quand tu évoques cette image ? Qu’est-ce qui te vient là, maintenant, avec cette image : quelle émotion, quelle pensée ? »

Vous observerez que la plupart des gens, à cette question, répondent « je ne sais pas » ou encore, après un temps de réflexion : « je pense que… », ce qui est révélateur du fait qu’ils ne sont pas en contact avec leur senti. Il est alors tout à fait indiqué de pratique la méditation de pleine conscience.  La clé est en effet de ressentir le rêve en profondeur, et ressentir, cela se passe toujours dans le présent. Quand on est bien ancré dans le senti, il devient aisé d’observer les pensées qui viennent par association et de faire des connexions avec d’autres ressentis, qui viennent de la vie diurne. Cela ne nécessite aucun diplôme, ou savoir spécifique. On peut le pratiquer entre conjoints, avec des enfants, au bureau ou entre amis. Il n’y a aucun dommage qui puisse être causé par la question : « et qu’est-ce que tu sens avec cette image de rêve, qu’est-ce que cela te donne à vivre ? »

Une amie m’a téléphoné. Elle a rêvé qu’elle a été cambriolée, qu’elle a trouvé son lit souillé, ses affaires retournées, et quand elle est allée dans la salle de bain, elle a été fort surprise de constater qu’un mur avait été abattu, et qu’elle avait vue sur la chambre à coucher des voisins, en grand désordre, jonchée de détritus. Elle se disait ébahie de découvrir ainsi la réalité cachée de ces voisins si propres sur eux dans le réel. Nous n’avions pas le temps de nous lancer dans une grande analyse. Je lui ai simplement demandé d’abord de prendre le temps de bien s’ancrer dans l’instant présent, et je lui ai posé la question : « Qu’est-ce que tu sens quand tu revois l’image de ton appartement cambriolé ? » Elle est exercée à ces jeux, et après trente secondes de silence pendant lesquelles je l’entendais profondément respirer, elle s’est ouverte à l’image et m’a répondu avec une économie de mots : « indignation ». Et nous avons continué avec le lit souillé, les affaires retournées, la salle de bain, le mur abattu, la chambre à coucher des voisins : « Comment tu te sens, avec cette image ? Qu’est-ce qui se passe en toi si tu prends le temps de rester avec elle ? »

Une fois que nous avons déchiffré ce que j’appelle la « grammaire émotionnelle » du rêve, c’est-à-dire la structure de son phrasé émotionnel, je lui ai posé la question subsidiaire : « Dans quel domaine de ta vie ressens-tu des choses similaires, et pour commencer cette indignation ? » Après un temps d’écoute intérieure, une forte émotion est montée. Elle avait vécu dans les jours qui ont précédé le rêve une situation professionnelle où elle avait eu le sentiment qu’un collègue n’avait pas respecté ses frontières personnelles, mais elle n’avait pas pris conscience de l’indignation que son comportement suscitait en elle, et de la mesure dans laquelle elle se sentait atteinte dans son intimité. Nous avons continué à parler en restant proches de ce qu’elle ressentait et du rêve. Il est apparu que cet incident avait souillé son espace relationnel avec les hommes, qu’elle avait tendance dans sa colère à tous rejeter pour cette muflerie. Mais finalement, elle a éclaté de rire car elle pouvait maintenant connecter l’ébahissement qu’elle ressentait devant le mur abattu et la vue sur la chambre des voisins à celui qui lui venait en pensant à ce que ce comportement révélait de son collègue, de sa façon d’être en relation avec les femmes, de sa propre intimité.

On peut enfin voir un lien organique entre la visée des rêves et la pleine conscience au sens large : la compréhension d’un rêve élargit notre conscience en l’enrichissant d’éléments qui étaient jusque-là inconscients. Le travail des rêves, c’est-à-dire la façon dont les rêves nous travaillent quand on y prête attention, tend vers une pleine conscience des situations que nous vivons, de nos besoins, de nos désirs, des subtilités relationnelles, etc. Quand on parle d’inconscient, l’erreur la plus commune est d’en faire un concept dont on peut parler, qu’on peut manipuler mentalement, alors que c’est simplement ce qu’on ne voit pas à propos de nous-mêmes, de notre vie, des situations que nous vivons. Par exemple, on a eu une dispute et on ne voit que notre point de vue, et le rêve vient gentiment nous montrer l’autre côté de la situation, en quoi le point de vue de l’autre est aussi légitime que le nôtre. Nous n’en étions pas conscients, et voilà que cela devient une réalité présente : c’est ainsi que l’inconscient devient conscient, aidé par notre pleine attention…

En conclusion, je vous renvoie au modèle de la fleur de conscience[3] que j’affectionne particulièrement. On ne peut en fait parler de ces choses que métaphoriquement, au travers de symboles. Dans ma compréhension, un rêve est une fleur de conscience, comme une jeune pousse qui perce la croute de terre et sort de l’obscurité, tend vers la lumière. C’est quelque chose qui pousse d’elle-même, naturellement, dans la psyché et qui tend à devenir conscient au travers des images intérieures. J’ai découvert récemment que Jung utilisait la même métaphore :

« Comme une plante produit des fleurs, la psyché crée ses symboles. Tout rêve témoigne de ce processus. »

Dès lors, sachant qu’on n’aide pas une plante à pousser en tirant dessus, il semble que le travail des rêves demande la patience du jardinier, c’est-à-dire d’être simplement présent pour arroser de notre attention ce qui est là, sans projet.



[1] Professeur émérite de médecine, Jon Kabat Zinn a fondé la Clinique de Réduction du Stress de l’Université médicale du Massachusetts. Il a publié de nombreux livres dont le remarquable Au cœur de la tourmente.
[2]  Mindfulness and dream quality: The inverse relationship between mindfulness and negative dream affect - Simor, P., Köteles, F., Sándor, P., Petke, Z. & Bódizs, R. (2011) https://www.researchgate.net/publication/51062097_Mindfulness_and_dream_quality_The_inverse_relationship_between_mindfulness_and_negative_dream_affect

mercredi 13 mai 2015

Jardiniers de l'âme


Une amie me partageait son interrogation :

Que sommes-nous, nous qui nous intéressons passionnément aux rêves et aux mystères de l’âme, mais qui ne sommes ni psychologues, ni psychanalystes ou analystes, ni psychothérapeutes et encore moins psychiatres ?

Voilà ce que j'ai trouvé, après réflexion, à lui répondre :

Nous ne sommes « rien ». C’est encore le mieux, d’être rien. Les arbres, les plantes, les fleurs et les animaux ne sont rien, tout comme les pierres, les rivières, les nuages et les montagnes, et tout ce qui suit l’ordre naturel. C’est fatiguant d’être quelque chose, et puis c’est toujours une petite boîte dans laquelle on s’enferme…

Les rêves sont comme les pierres, ou mieux, comme les plantes : des fleurs de conscience qui poussent tout naturellement. Et l’âme qui rêve est comme une terre fertile. S’il faut être quelque chose, soyons donc des jardiniers de l’âme !

Mais qu’est-ce que l’âme ?

Je risque une définition poétique : l’âme est ce qui aime en nous.

En travaillant avec les rêves, en nous laissant travailler par ceux-ci, nous apprenons doucement à mieux aimer, avec toujours plus de conscience, de présence à ce qui est. Mieux aimer, en commençant par nous-mêmes, tout ce qui nous entoure et la vie elle-même, car sur le chemin des rêves, comme le dit le poète[1] qui l’emporte sur toutes les psychologies : 

« Il n'y a pas de connaissance en dehors de l'amour. »

Cultivons l’essentiel…


[1] Christian Bobin : « Il n'y a pas de connaissance en dehors de l'amour. Il n'y a dans l'amour que de l'inconnaissable. »

dimanche 19 octobre 2014

Paix dans le coeur


La Licorne, qui tient l’excellent blogue Grands Rêves, a attiré mon attention sur un rêve[1] qu’elle y présente, où il est question d’un oiseau de lumière qui médite et qu’il ne faut surtout pas déranger car l’avenir du monde dépend de sa méditation. Je ne détaillerai pas l’ensemble du rêve ici car il est déjà fort bien analysé sur Grands Rêves ; je reprendrai pour ma part ici certains éléments de cette analyse pour l’amplifier en m’intéressant donc surtout à la méditation de cet oiseau, qui semble bien être un parent proche de l’oiseau de feu dont j’ai déjà parlé dans un autre article[2]. Intermédiaire entre la terre et le ciel, l’oiseau symbolise volontiers la spiritualité. Quand il est de lumière ou de feu, son caractère numineux ressort et on pense au Phoenix ou au Simorgh, les oiseaux légendaires qui évoquent la transcendance spirituelle. Ici, c’est le fait que l’avenir du monde dépende de sa méditation qui réclame d’être regardé de plus près : au-delà de la dimension personnelle du rêve, il pourrait y avoir là un message de portée collective fort important.

L’avenir du monde semble inquiétant, particulièrement quand on a des enfants. Il semble que nous soyons dans une impasse. Que pouvons-nous faire ?

En 1993 déjà, James Hillman et Michael Ventura ont publié un livre intitulé Malgré un siècle de psychothérapie, le monde va de plus en plus mal. Ils interrogeaient le fait que les meilleurs d’entre nous ont, depuis plusieurs décennies, déserté le front de l’activisme social pour se tourner vers la révolution intérieure. Les idéologies ont échoué à changer le monde, et nombreux sont ceux qui sont arrivés au constat qu’il fallait commencer par se changer soi-même. Ce mouvement d’introversion ne s’est cependant pas traduit par une évolution collective apparente et la crise n’a pas cessé de s’approfondir dans toutes ses dimensions, en particulier économique et écologique. Le philosophe Georges Gusdorf, dans les années 1970, diagnostiquait dans « les rhétoriques logico-mathématiques de notre temps une expression majeure de la nouvelle barbarie contemporaine », avec comme symptôme principal « la perte du sens de l’humain ». Dans un article au titre évocateur – La domestication de l’humanité est-elle définitive ? – Pierre Trigano rapportait en 2006 un rêve qui donne à entendre le point de vue de l’Inconscient sur la nature de cette crise :

Je suis au bord de l’océan et je vois arriver sur la côte à grande vitesse une immense vague de tsunami. Il n’y a aucun moyen de lui échapper. Je réalise qu’au milieu de la vague tourne sur elle-même une immense roue en acier que l’on ne remarque pas en premier. Je me dis qu’elle va tout broyer sur son passage. J’en suis terrifié et j’ai l’impression qu’il ne sert à rien de fuir : nous allons tous être rattrapés, noyés et broyés. Mais subitement, la vague et la roue se transforment en un esprit maléfique invisible qui efface et fait disparaître impitoyablement à l’échelle du monde tous les livres, toutes les cultures, toutes les traditions, j’en suis terrifié. Il y a un seul recours : pratiquer le nom divin Adonaï’.

On peut voir dans cette roue d’acier au cœur de la vague destructrice un symbole de ces rationalités froides dont parle Georges Gusdorf, dont il ressort ici qu’elles détruisent tout ce qui fait notre humanité. Adonaï est un des noms de Dieu, qu’on retrouve dans l’Ancien Testament. La prononciation du Tétragramme YHVH – que nous traduisons par « Yahvé » – étant interdite depuis que le Temple a été détruit, les Juifs s'adressent à Lui par Adonaï dans leurs prières. Le mot signifie « Mon/Mes Seigneurs » – c’est la forme plurielle de « Seigneur ». Pierre Trigano donnait une explication kabbalistique de ce mot, que je n’ai pas retenue, car pour moi, c’est précisément cette pluralité dans l’unité qui est ressortie de l’étude de ce Nom. Chacun voyant midi à sa porte, « pratiquer Adonaï », dans ma compréhension, c’est finalement pratiquer la non-dualité et reconnaître la diversité des noms du Mystère qui se résout dans l’Unité. Pratiquer un Nom de Dieu, c’est s’en emplir, c’est entretenir une relation vivante avec le Divin, le terme « Seigneur » dénotant une attitude de révérence. Il s’agit au fond de « reconnaître notre participation congénitale au Divin, au Verbe divin, à la Lumière divine et (de) se souvenir de notre Moi profond et véritable, créateur au même titre qu'Adonaï.[3] » Bref, comme me l’a suggéré la Licorne, que les humains reconnaissent leur pouvoir collectif de co-création... et l'assument.

Le mot-clé ici est « co-création », et avec lui en sous-entendu : « responsabilité ». J’ai déjà dit ailleurs comment Jung, quand on l’interrogeait sur les risques de voir éclater une troisième guerre mondiale, disait que cela dépendait du nombre de personnes qui assumeraient leur ombre, c’est-à-dire qui éviteraient de projeter « le mal » sur autrui. C’est un des dangers de l’activisme social, aussi généreux soit-il : il se nourrit bien souvent d’opposition et de conflits auto-entretenus, il est généralement « contre » quelque chose plutôt que constructivement « pour ». Ce n’est pas une raison cependant pour rester les bras croisés – à l’autre extrême, le danger serait de s’endormir dans une passivité bien-pensante gavée de pensée positive, mais qui se voilerait donc la face devant la réalité. C’est précisément là que la méditation entre en jeu, et plus précisément la connexion avec l’oiseau de lumière qui médite dans notre cœur, qui y installe la paix. La méditation est synonyme de conscience, et chaque méditant porte le monde entier dans sa conscience. Une erreur courante est d’utiliser la méditation pour fuir la réalité en recherchant la seule lumière, alors que la méditation consiste à s’asseoir au milieu de la bataille et à embrasser la totalité, c’est-à-dire le jeu de l’ombre et de la lumière. Quant à la puissance de la méditation silencieuse, elle est illustrée par ce rêve tiré d’un livre d’Étienne Perrot que cite la Licorne dans sa réflexion autour de l’oiseau de lumière[4], qu’il me faut reproduire ici tant il est parlant.

« Un cataclysme vient de s'abattre sur la terre, on ne précise pas lequel, peut-être est-ce une guerre, un séisme. L'humanité est plongée dans la souffrance et dans l'angoisse. Les grands s'agitent, les décisions pleuvent, mais la situation demeure sans issue. Dans un coin retiré, trois simples d'esprit sont accablés d'entendre les pleurs autour d'eux. Ils souffrent comme les autres, d'une souffrance qui dépasse leurs personnes, comme s'ils portaient sur leurs pauvres épaules le poids du monde en désarroi; mais que faire ? Ils sont tellement impuissants...

« Venez, dit l'un d'eux, entrons et asseyons-nous autour de la table, l'inspiration nous sera peut-être donnée. » Les voilà tous les trois assis autour de la pauvre table d'une pièce sombre. Une faible ampoule projette leurs ombres immobiles sur les murs. Ils restent là, la tête dans les mains, le front plissé, les coudes enfoncés dans la table, tous les trois serrés l'un contre l'autre et fondus en un seul par l'ardeur de la foi qui est dans leurs cœurs. Ils souffrent, ils cherchent sans parole, sans penser, à l'intérieur d'eux-mêmes, sans que rien de ce qui se passe à l'extérieur ne vienne troubler leur méditation silencieuse.

Cela a duré un très long temps et voilà qu'un matin, un jeune homme jaillit plein d'enthousiasme. Il crie, il chante, il embrasse les trois innocents étonnés et les entraîne dans une danse folle : « C'est fini ! Comment ? C'est grâce à vous et vous ne le saviez pas ? C'était de chaleur et uniquement de chaleur que les hommes avaient besoin pour que la paix revienne. Et c'est de cette concentration innocente, de cette immobilité active qui était la vôtre que cette chaleur est née. D'abord imperceptible, elle s'est intensifiée et rayonne maintenant par-delà les frontières, activée au fur et à mesure que votre recueillement se faisait plus intense. » »

Dans ce rêve qui parle tout seul, je soulignerai simplement le fait que ce sont des « simples d’esprit » qui sont à l’origine de ce miracle, dû à leur « immobilité active ». On se souviendra que le Christ a dit : « Heureux les simples d’esprit car le royaume est à eux ». C’est le triomphe de la simplicité du cœur sur toutes les volontés de puissance qui trouvent toujours le moyen de se justifier intellectuellement – il vaut bien mieux être un idiot, ou à défaut un âne, que de céder à cette tentation de croire savoir comment le monde devrait tourner. Cette « immobilité active », c’est le principe même du « non-agir » taoïste (wu-wei) dans lequel l’immobilité et l’action sont conjoints par le fait qu’il n’y a aucune implication personnelle, aucune expectative quant aux résultats. Il y a une action, mais il n’y a pas l’illusion de quelqu’un qui agit ; l’action est simplement une vague d’énergie qui va au bout d’elle-même sans identification de la conscience à celle-ci. La conscience reste dans un état méditatif, c’est-à-dire en totale ouverture à ce qui est. Sa responsabilité première est de veiller à l’ordre intérieur de la psyché, et non à la bonne marche du monde à l’extérieur, car s’il y a de l’ordre à l’intérieur, il se manifestera à l’extérieur. La meilleure façon d’illustrer ce point, c’est encore de raconter l’histoire du faiseur de pluie de Kiao Tchéou qu’a rapportée Richard Wilhelm et qui a tant fascinée Jung :

« Une grande sécheresse sévissait à l'endroit où vivait Wilhelm, depuis des mois il n'était pas tombé une goutte de pluie et la situation devenait catastrophique. Les catholiques multipliaient les processions, les protestants les prières, les Chinois brûlaient les bâtonnets d'encens et tiraient des coups de feu pour effrayer les démons de la sécheresse. Mais rien n'y faisait. À la fin les Chinois dirent : « Nous allons chercher le faiseur de pluie ».

Et l’on vit bientôt apparaître, venant d'une autre province, un vieil homme tout desséché. La seule chose qu'il demanda fut une petite maison tranquille quelque part et il s'y enferma trois jours. Le quatrième jour, les nuages s'amassèrent et il y eut une tempête de neige à une époque de l’année où on ne s’attendait pas à de la neige. Le résultat était extraordinaire et la ville était si pleine de rumeurs sur le fameux faiseur de pluie que Wilhelm alla lui demander comment il s'y était pris. Il lui dit d'une façon tout à fait européenne : « On vous appelle le faiseur de pluie. Voudriez-vous me dire comment vous avez fait la neige ? » Et le petit Chinois lui répondit : « Je n'ai pas fait la neige, je ne suis pas responsable ».

-   « Mais qu’avez-vous fait pendant ces trois jours ? ».

-   « Oh, ça je peux vous l’expliquer. Je viens d'un autre pays où les choses sont en ordre. Ici, elles sont sorties de l'ordre, elles ne sont pas comme elles devraient être selon le commandement du Ciel. Par conséquent le pays entier n'est pas en Tao, et moi non plus je ne suis pas dans l'ordre naturel des choses, parce que je suis dans un pays en désordre. C'est pourquoi j'ai dû attendre trois jours pour me remettre en Tao. Et alors naturellement la pluie est venue ! » »

Il est inhabituel pour un esprit occidental de penser qu’il est plus important de s’occuper de l’intérieur que de l’extérieur car notre culture est extravertie à la base. Pourtant, comme Jung l’a fait remarquer maintes fois, le danger n’est pas dans les armes nucléaires ou autres mais dans la psyché qui pourrait un jour s’en servir – cela vaut aussi pour les menaces de désastres écologiques et économiques que nous générons collectivement. C’est ce qui ressort du rêve où une roue d’acier est cachée dans une vague destructrice ; celle-ci symbolise le rôle actif que tient l’inconscient collectif dans le drame contemporain. Dans le rêve de l’oiseau de lumière, la rêveuse découvre une civilisation sous-marine qui dispose d’une puissance terrifiante symbolisée par le métro, c’est-à-dire que l’inconscient dispose de capacités insoupçonnées. La prise en compte responsable de cette puissance de l’inconscient réclame l’attention portée à l’ordre intérieur et à la qualité de conscience dans laquelle les choses sont faites. Il y a de plus en plus d’occidentaux[5] qui pratiquent la méditation, écoutent leurs rêves, travaillent sur eux de diverses façons. Beaucoup s’intéressent à devenir plus conscients ou, pour reprendre la définition de la spiritualité donnée par le Dalaï-Lama, à devenir de « meilleurs humains », et c’est sans doute ce que nous pouvons « faire » de mieux.

Cette évolution de la conscience collective participe du mouvement d’introversion de notre civilisation constaté par Hillman et Ventura, et il est porteur d’espoir pour l’avenir car on voit germer une culture dans laquelle l’accent est mis sur l’interdépendance, le besoin de trouver des solutions inclusives, la coopération, les relations. Il s’agit moins dans cette perspective que la lumière l’emporte sur l’ombre, comme dans certains mythes éminemment héroïques masculins qui semblent avoir fait leur temps, mais plutôt de veiller — d’une façon qu’on dira volontiers féminine en contre-point — à contenir la dualité, la pacifier et ainsi ouvrir la voie à une unité supérieure, celle du Tao dont parle le faiseur de pluie. La non-dualité est justement cette vision dans laquelle l’ombre et la lumière sont inséparables, comme le fumier dont les fleurs ont besoin pour pousser. Quelle est l’intention de l’inconscient collectif au travers de l’ensemble de ce mouvement qui mêle le pire et le meilleur : une nouvelle fleur de conscience ?

Nous demandons encore « que faire ? » comme Lénine le faisait en se prenant pour l'avant-garde du nouveau monde, avec les résultats que l'on sait, quand la question clé pour notre époque pourrait donc être « que ne pas faire ? » — par exemple : ne pas ajouter au conflit, ne pas alimenter les peurs, ne pas juger, etc. Non-faire, ce n’est dès lors pas « ne rien faire » mais c’est faire ce que nous jugeons bon de faire en prenant garde donc de ne pas troubler la paix dans le cœur, c’est-à-dire la méditation de l’oiseau de lumière en nous.



[1] Je vous invite à aller lire ce rêve et à prendre connaissance des commentaires qui y ont été apportés : http://grandsreves.over-blog.com/article-reve-13-l-oiseau-de-lumiere-sur-la-plage-101555414.html
[5] En fait d’occidentales, car ce sont surtout des femmes qu’on voit dans les ateliers de développement personnel et les retraites de méditation en Amérique du Nord et en Europe. Cette importance croissante du féminin aux avant-postes de l'évolution en conscience de nos sociétés fera l'objet d'un autre article.