jeudi 30 août 2018

Feu et vent


Je suis très heureux de vous annoncer la parution de mon livre "Feu et Vent", qui propose une trentaine d'articles tirés de ce blogue, augmentés de commentaires visant à les mettre en perspective. Le thème de ce premier recueil est surtout le rêve, avec de nombreux exemples d'interprétation. J'exprime ma gratitude à toute l'équipe de Réel-Editions, et particulièrement à mon éditrice, Mme Agnès Vincent, qui a permis à ce rêve de s'incarner.

Le titre réfère à une citation de Jung qui m'est particulièrement chère. Il écrivait en 1958 à un de ses amies :

« De folles discussions nous font voir ce qu’il adviendra de moi lorsque je serai devenu posthume. Tout ce qui aura été feu et vent dans ma vie sera mis dans l’alcool et changé en préparation morte. Ainsi les dieux sont-ils enterrés dans l’or et le marbre, et les simples mortels comme moi, dans le papier. »

Mon ambition avouée, en écrivant ce blogue et ce livre, est simplement de contribuer à libérer ce feu et ce vent qui ont animé Jung, et que l'on peut rencontrer dans les rêves laissés à l'état sauvage et libre qui est le leur naturellement. ils sont lumen naturae (lumière de la nature) et lumière de la Vie à laquelle je rends grâce. Je crois que nous avons plus que jamais besoin que l'incendie du cœur auquel ce feu et ce vent nous éclaire, nous embrase, nous vivifie. 

Ma thèse, iconoclaste mais que Jung n'aurait pas démentie, j'en suis convaincu, est qu'il y a dans les rêves quelque chose de trop précieux pour être laissé entre les mains des  seuls psychologues, et qui se fraye un chemin pour parvenir à notre conscience malgré toutes nos théories et nos pauvres méthodes. Celles-ci, bien souvent, sont à l'émergence du Soi, ce que les forceps et la péridurale sont à la naissance d'une nouvelle vie.


Vous pouvez vous procurer le livre directement sur le site de Réel-Editions à l'adresse suivante: 


Il sera bientôt disponible dans les (meilleures :) librairies ainsi que sur Amazon.


Je vous offre de lire ci-dessous l'introduction du livre, dans laquelle je retrace le parcours qui m'a conduit à l'écrire, et que j'intitulerai avec une pointe d'humour :


Confessions d'un autodidacte du rêve


Ma passion pour les rêves ne date pas d’hier. Lorsque j’ai commencé à animer le blogue « La Voie du rêve » en octobre 2013, cela faisait déjà une trentaine d’années que je lisais tout ce qui me tombait sous la main sur ce sujet et que je m’intéressais en particulier aux travaux de Carl Jung. Une trentaine d’années qu’avant tout, je cherchais à comprendre mes propres rêves. Émigré au Québec en 1992, je suis entré l’année suivante en analyse jungienne. Après quelques temps, j’ai demandé à mon analyste s’il accepterait de me guider dans une analyse didactique et il a souri en me disant qu’il pensait que c’était ce dans quoi j’étais engagé depuis le début. À partir de ce moment, j’ai cherché à interpréter moi-même mes propres rêves sous sa supervision. Je crois qu’il n’y a pas d’autre façon d’apprendre le travail avec les rêves. Il y a quelque chose dans ces derniers, ou plutôt derrière le voile chatoyant qu’ils nous présentent, qui cherche à être connu, à se dévoiler, et qui seul est à même d’enseigner l’art de l’écoute des images intérieures. J’étais sans doute bouché : il m’a fallu plus de vingt ans pour commencer à y entendre quelque chose et discerner le sourire qui éclaire désormais mon chemin.

Je me souviens avoir, lors de ces années où j’entrais dans la démarche, été fasciné par l’impression sensible que quelque chose exerçait une attraction magnétique sur moi, m’attirant toujours plus profondément dans le mystère de l’inconscient. Et cela jouait à cache-cache avec moi : à chaque fois que je comprenais un rêve, il y avait quelque chose qui m’échappait dans le rêve suivant qui semblait me faire un clin d’œil et m’inviter à aller plus loin dans l’exploration. J’en ai conçu assez vite l’idée qu’il y avait là quelque chose de vivant, que je ne saurais approcher le mystère qui se cachait sous le voile de l’inconscient qu’en entamant un dialogue avec lui. J’étais confirmé dans cette approche par Jung, dont je me souviens avoir relevé qu’il disait, parlant de sa propre expérience, que « sous le seuil de la conscience, tout est vivant ». J’entretenais une relation particulière avec lui, presque affective, qui m’a amené à le considérer comme mon « grand-père spirituel », un peu comme lui-même a pris Philémon comme guide intérieur. Ses écrits et ceux de Marie-Louise Von Franz m’offraient un véritable asile intellectuel où je me rafraichissais, comme dans une oasis au cours d’une traversée d’un désert éprouvant.

Je menais alors une double vie qui suscitait une énorme tension en moi. La nuit et à mes heures perdues, je poursuivais mon exploration du domaine des rêves. Le jour, j’étais informaticien et je travaillais aux avant-postes du développement de l’Internet. J’étais un chercheur pour le compte des entreprises que j’avais créé ou pour lesquelles j’agissais comme un consultant. J’avais pour habitude de me présenter en riant comme un « gars à problèmes », ce qui inquiétait mes interlocuteurs jusqu’à ce que je leur dise qu’ils n’avaient qu’à me proposer un problème informatique, et que je leur dirai bientôt s’il était possible de le résoudre, à quel coût et dans quel délai. A posteriori, je considère cet entrainement à la recherche systématique, c’est-à-dire au fait de ne rien considérer comme acquis et de toujours me frotter à l’inconnu, comme faisant intégralement partie de mon apprentissage du travail avec l’inconscient, qui est en réalité l’inconnu en nous, ce qui échappe au champ de notre conscience. À l’époque, j’étais cependant bien souvent écartelé entre les deux mondes, mais, comme Jung au cours de ses années de confrontation avec l’inconscient, je trouvais un refuge apaisant auprès de ma famille. Je n’aurais jamais pu traverser indemne ces années sans la présence aimante de ma conjointe et de nos enfants qui m’offraient un précieux ancrage en terre, et à qui va encore aujourd’hui toute ma reconnaissance.

J’avais beau travailler mes rêves et les porter pour examen à mon analyste, je constatais qu’à mon grand désarroi, les symptômes qui m’avaient amené en analyse, parmi lesquels plusieurs addictions, ne disparaissaient pas pour autant. L’addiction est un maître fantastique, qui nous enseigne que notre volonté peut être divisée : on veut guérir et on ne veut pas. J’étais aux premières loges pour comprendre ce que Jung dit de la névrose et de la division intérieure. Et j’ai vérifié dans ma propre expérience ce qu’il affirmait quand il disait que la maladie est en réalité une tentative de la nature pour nous guérir, et que finalement, la « névrose est vraiment ‘liquidée’ quand elle a corrigé la mauvaise attitude du moi ». Pour ma part, elle a joué le rôle d’un aiguillon qui m’a bientôt conduit à poursuivre ma recherche hors du cabinet analytique.

J’ai bénéficié alors de la magnifique effervescence spirituelle du Québec dans les années 1990 qui voyaient fleurir toutes sortes d’expériences, et j’ai attaché mes pas à ceux d’une merveilleuse enseignante aujourd’hui décédée, Paule Lebrun, qui a fondé l’école Ho Rites de Passage où j’ai beaucoup appris. Ma recherche a été tout azimut, préfigurant l’arc-en-ciel spirituel que je porte désormais dans le cœur. J’ai eu la chance d’explorer les voies chamaniques dans la tradition amérindienne encore bien vivante au Québec, et en particulier de faire une Quête de Vision, c’est-à-dire de « pleurer pour un rêve » qui dirigerait ma vie. J’y ai vérifié le fait que les peuples premiers ont une intelligence des rêves et des images intérieures qui ne doit rien aux universités ni à quelque psychologie intellectuelle, mais qui recèle souvent plus de sagesse que nos colloques savants. Après quelques années d’expérimentation, j’ai pris conscience que le travail intérieur que me demandaient mes rêves réclamait un ancrage dans la méditation, et j’ai eu l’opportunité d’explorer les techniques venant de différentes traditions. Je me suis frotté au zen, au tantra, au soufisme, en m’émerveillant à chaque fois de découvrir une nouvelle facette du diamant. 

J’ai délaissé l’approche jungienne des rêves pour expérimenter d’autres formes de psychothérapies mettant en jeu le corps et les émotions. Cependant, je suis revenu à Jung quand j’ai eu la chance, en 2001, de rencontrer mon mentor en matière de travail des rêves, Nicolas Bornemisza, qui a opéré la jonction nécessaire entre les voies spirituelles orientales et la psychologie des profondeurs. Il a repris à son compte, avec sa méthode du « yoga psychologique », l’ambition affichée de Jung de jeter les bases d’un yoga pour l’âme occidentale. Je suis bientôt devenu un de ses proches collaborateurs dans l’enseignement et le développement de cette méthode, non sans y introduire mes propres variations. La synthèse qu’il a opéré fait selon moi ressortir que l’œuvre de Jung nous offre un axe conceptuel et méthodologique nous permettant désormais d’intégrer toutes les traditions spirituelles dans une compréhension satisfaisante pour l’être humain moderne.

À partir de ce moment, mes rêves ont changé de nature et, même s’ils ont continué à m’aider à éclaircir mon inconscient personnel, ils ont commencé à me faire obligation d’écouter les rêves d’autrui si je voulais approfondir ma recherche. Certains d’entre eux, que j’ai exposés dans mon blogue et que je présente dans ce recueil, m’ont fourni des clés explicites pour le travail avec les rêves et ont commencé à me proposer une tâche existentielle. Celle-ci a pris entre autres la forme d’une recherche d’une dizaine d’années sur la façon de faire se rencontrer méditation et travail des rêves dans une approche ouverte. J’ai commencé à partir de 2007 à animer des cercles de rêves où toute personne qui veut s’exposer au travail avec les rêves peut venir en faire « déployer » un, ou simplement participer à la célébration de ce mystère. Je dois beaucoup à ces cercles, qui m’ont servi de laboratoire pour tester diverses approches des rêves et de la méditation pouvant convenir à des novices en ces matières. Je dois encore plus au petit groupe de rêveuses et de rêveurs qui, au sein d’un petit cercle privé d’ami(e)s, a approfondi avec moi cette exploration jusqu’à ce que nous parvenions à une forme aboutie de travail des rêves en groupe qui s’enracine dans le senti et l’intuition. Je consacre désormais une grande partie de mon temps à faire connaitre cette approche que je désigne sous le nom de Loges de rêves[1], en référence aux dream lodges des amérindiennes du Sud-Ouest des États-Unis dont la tradition nous a directement inspiré.

Ma recherche sur la conjonction entre le travail du rêve et la méditation a trouvé son acmé quand, en 2011, j’ai rencontré Richard Moss, un éveillé contemporain qui s’inscrit lui aussi au point de rencontre entre des deux grands fleuves. Pendant longtemps, j’ai débattu avec Paule Lebrun de la nécessité de rencontrer un maître pour voir s’ouvrir vraiment la voie spirituelle, et j’étais bien sûr de ceux qui rejetaient cette idée. Elle me répondait en souriant que ma vie changerait quand je rencontrerai un maître vivant, et je ne puis a posteriori que lui donner raison. Je souscris désormais entièrement à ce que répondait Arnaud Desjardins à cette question : il n’est pas certain qu’on ait besoin d’un maître, mais on a certainement besoin de devenir disciple un jour, c’est-à-dire d’entrer dans la discipline incarnée par un exemple vivant. Avec Richard Moss, j’ai rencontré en chair et en os la liberté que je cherchais depuis si longtemps, et cela m’a donné le point d’appui existentiel me permettant de la vivre à mon tour. Lui-même se défend d’être un maître, tout en acceptant de jouer ce rôle pour ceux qui ont encore besoin de se prendre pour des étudiants, mais il offre volontiers son amitié. Il m’a montré que l’essentiel ne saurait se transmettre de quelque autre façon que de cœur à cœur, ou comme le dit la tradition zen : i shin den shin, d’âme à âme. Il n’est alors même plus question de transmission.


Au fil de ces années d’exploration et d’apprentissage, je me suis rendu compte que la seule façon d’approcher le mystère du rêve était d’employer son langage fait d’images, de symboles et de métaphores. Quelque effort que nous fassions pour élaborer par exemple une psychologie scientifique, nous ne pourrons jamais cerner entièrement la nature et le jeu chatoyant des rêves avec des concepts. Il y a une raison simple à cela : nous ne pourrons jamais considérer les rêves en toute objectivité car nous ne pourrons jamais les séparer du rêveur. Les rêves permettent en cela d’approcher le mystère de la conscience, et nous ne saurons jamais sortir du paradoxe qui veut que la conscience qui étudie la conscience soit aussi la conscience qui est étudiée. Le serpent se mord la queue, et à condition qu’il ne serre pas trop ses crocs conceptuels, cela ne fait pas trop mal. Mais s‘il prétend mettre dans une petite boite mentale le rêve ou la conscience, ou quelque réalité existentielle que ce soit – comme l’âme, par exemple, dont on peut seulement avoir l’expérience sans pouvoir saisir ce que c’est – alors c’est lui-même qu’il blesse. Pour beaucoup d’entre nous, l’âme est une réalité négligeable, au même titre que nous disons d’une fantaisie pourtant riche de sens et de beauté, « ce n’est qu’un rêve ». Ceux qui tiennent de tels propos, se croyant forts de leur rationalité dans laquelle ils sont enfermés comme dans un château sans portes ni fenêtres, ne savent pas à quel point ils étalent ainsi leur propre indigence, une forme de misère malheureusement très répandue.

Dans mon propre développement du « yoga psychologique » élaboré par mon ami Nicolas Bornemisza, je me suis arrêté sur la distinction qu’opère l’Orient entre le yoga et le tantra. En quelques mots, on peut dire que le premier est une méthode qui réclame beaucoup d’efforts pour parvenir à un certain résultat, présenté comme la libération. Le second est à l’inverse une approche entièrement dénuée d’efforts, favorisant la détente et la présence attentive à ce qui est là plus que la tension volontaire, même si elle inclue des pratiques, et qui pointe vers le fait qu’en réalité, la libération ou l’éveil recherchés ont toujours été présents, font partie intégrante du chemin. Il s’agit là de l’approche dite non-duelle qui proclame que le chemin est la destination. Encouragé par Nicolas à suivre mon propre chemin, ce qui est la marque même de l’individuation jungienne, j’en suis donc venu bientôt à élaborer une métaphore qui m’est propre pour parler du travail avec les rêves. Ou plutôt, elle s’est élaborée en moi et dans ma pratique, tant avec mes propres rêves que dans l’écoute des rêves d’autrui.

Je propose de considérer le rêve comme une fleur de conscience cherchant à s’épanouir naturellement. Il n’est nul besoin de tirer sur celle-ci pour l’aider à pousser. Il suffit de l’arroser et de faire preuve de patience. Mon hypothèse fondamentale de travail est qu’il y a, dans le rêve, quelque chose qui cherche à devenir conscient, et qu’il nous suffit de lui ouvrir un espace avec une attention vigilante pour que ce sens se déploie. Non seulement, comme le disait Jung, le rêve ni ne ment ni ne déguise la vérité qu’il veut porter à la conscience, mais si celle-ci est capable, par une attitude d’ouverture qu’on peut rapprocher du silence méditatif, d’accueillir ce qui se présente à elle de nouveau dans les images vivantes du rêve, ce dernier fleurit et porte fruit sans nécessiter aucun effort ni aucune méthodologie. Cela n’empêche pas d’interagir avec le rêve, d’interroger les associations et les émotions, mais on le fait alors surtout dans le but d’alimenter le mouvement intérieur qui a suscité les images pour l’amener à son terme.

Dans cette approche, l’inconscient et le conscient ne sont pas deux réalités séparées que l’on pourrait encore une fois objectiver, mais en fait, ce sont deux moments d’un même processus de création de conscience auquel le rêve participe activement. Un effort de conscience est bien requis, mais ce n’est pas l’effort consistant en soumettre le rêve à un travail, c’est-à-dire à une certaine forme de torture, pour en extraire le sens comme on en presserait l’huile. En réalité, il s’agit moins de travailler le rêve que de se laisser travailler patiemment par les images intérieures qui veulent nous emmener quelque part. L’effort de conscience requis consiste dès lors en s’ancrer dans une ouverture sans préjugé face au rêve, en gardant à l’esprit que le rêve amène à la conscience quelque chose qui était préalablement inconnu, inconscient. C’est la règle d’or du travail : que m’apprend le rêve ? Il ne confirme jamais ce que nous croyons savoir, et cela, fait remarquer Jung, vaut pour l’analysant comme pour l’analyste qui doit, plus que tout autre, se garder de croire savoir ce que veut dire le rêve.

Bien sûr, nous devons nous garder des projections et de tout ce qui peut entraver le déploiement du sens d’un rêve, mais nous devons aussi nous rappeler que finalement, toute interprétation est une projection. Dès lors, ce n’est pas de la projection elle-même dont nous devons nous garder, car elle traduit simplement la participation de l’inconscient au processus, mais de l’identification de la projection à la vérité. Nous devons éviter de « tuer » le rêve en croyant le saisir par une méthode ou une autre car c’est finalement une réalité vivante qui cherche à venir au monde. Le travail avec les rêves est une maïeutique. Ainsi, j’en suis venu à concevoir que toutes les méthodes de travail des rêves peuvent apporter quelque chose dans l’accouchement du sens du rêve, mais finalement, cela tient surtout au fait que ce dernier trouve toujours, grâce à l’aide des méthodes et malgré leur interférence, la voie pour se faire entendre.

Jung ne disait pas autre chose quand il nous invitait à lire tous les livres et étudier toutes les méthodes, mais aussi à les écarter quand nous serions face à un rêve, car le rêve comme la personne est unique. Il indiquait aussi qu’en fait de méthode, il suffisait de tourner suffisamment longtemps autour d’un rêve pour que quelque chose en émerge. Il s’agit d’une circumambulation, d’un mouvement circulaire qui fait le tour du rêve en l’explorant sous toutes ses coutures plutôt qu’une méthode linéaire et logique qui pourrait satisfaire notre mental aristotélicien. Ce « quelque chose » qui en émerge n’est pas nécessairement une compréhension ou une explication du rêve. Ce peut être une inspiration, un sourire ou une œuvre d’art. C’est l’expression d’un mouvement intérieur, et celui-ci a toujours une dimension créatrice : il amène du nouveau à la conscience. D’un point de vue psychologique et spirituel, nous pouvons dire qu’il s’agit d’une émergence du Soi, mais ayant dit cela, nous n’apportons pas grand-chose au propos. Cependant, il est nécessaire de remettre le travail du rêve dans la perspective du Soi qui est à peu près évacuée par la psychologie désormais.

Le Soi est, au-delà des notions d’inconscient collectif et d’archétypes, la principale (re)découverte de Jung. Je m’accorde entièrement à l’énoncé de Pierre Trigano[2] qui explique qu’au fond, nous ne saurions être disciples de Jung car nous sommes disciple du Soi qui s’est exprimé par Jung, et par bien d’autres. Du Soi, nous pouvons seulement dire que c’est un facteur transcendant, au sens kantien d’une incapacité à le conceptualiser, qui œuvre sans trêve à la conciliation des contraires, au dépassement des opposés, ou en termes spirituels à la mode ces temps-ci, à l’émergence de la non-dualité. Avec le Soi, nous arrivons aux limites de la psychologie car nous touchons à l’essentiel et à la mystique, au sens noble de ce mot dont l’étymologie nous renvoie au mystère devant lequel on ne peut que se taire. C’est la Pierre philosophale que cherchaient les alchimistes car, là où toutes nos tentatives de soigner (Soi-nier) ont échoué, elle seule guérit (gai rit), c’est-à-dire amène à retrouver un gai rire…

En ouvrant ce blogue, je ne savais pas où l’écriture des articles qui s’y sont égrenés m’entrainerait. J’avais simplement pour intention d’explorer plus avant la métaphore de la fleur de conscience en l’exposant publiquement. Après plusieurs années, j’ai fait une pause de quelques mois et j’ai pris du recul. C’est alors que je me suis aperçu qu’il se dégageait de l’ensemble des articles que j’avais écrit une cohérence que je n’avais pas prémédité. J’y ai vu le déploiement progressif d’idées qui n’étaient qu’en germe au moment où j’ai publié mon petit manifeste de « la voie du rêve », et j’ai constaté qu’elles m’emmenaient beaucoup plus loin que je ne l’avais envisagé. D’une part, elles s’étaient étoffées au fur et à mesure que je les développais, et en particulier dans les discussions qu’elles suscitaient avec mes lecteurs, et d’autre part, elles me faisaient de plus en plus obligation d’en tirer certaines conclusions dans ma vie. C’est par là, ai-je alors réalisé, que j’étais amené à vivre ma propre expérience du Soi.

Dans cette période pour moi critique, j’ai dû écarter définitivement l’idée de rentrer dans les rangs des analystes jungiens et j’ai compris qu’il me faudrait assumer de marcher sur un petit chemin solitaire essentiellement voué à la dimension poétique et spirituelle du travail avec les rêves. Cette démarche avait déjà pris forme quelques années auparavant dans l’ouverture d’un blogue poétique[3] parallèlement à « la voie du rêve. Je ressuscitais par là le jeune homme que j’ai été, qui s’était d’une certaine façon suicidé devant l’impossibilité de vivre la vie poétique qu’il souhaitait. La tension entre les opposés en moi s’est résorbée comme crève un nuage lourd de pluie, en entrainant des changements drastiques qui m’ont projeté dans une nouvelle vie, imprévisible. Par un jeu de circonstances inattendues dont le mystère de vivre a le secret, j’ai été alors amené à prendre le risque de consacrer mon existence à mes passions pour l’écriture et les rêves, seule façon pour moi de guérir et d’assumer ma relation avec le Soi.

La sélection d’articles présentés [dans ce livre] – près d’une trentaine sur la centaine que comptait le blogue au moment où elle a été arrêtée – retrace ce parcours intellectuel et spirituel. Mon ambition en constituant ce recueil a simplement été de fournir tous les éléments qui permettront aux amoureux des rêves d’enrichir leur propre réflexion, sans m’encombrer de la prétention à ouvrir une nouvelle voie ou créer une méthode inédite. Certains articles ont été annotés au moment de la conception de ce recueil. Ces nouvelles notes sont lisibles en bas de page. La forme du blogue implique parfois des répétitions, en particulier des thèmes abordés et de certaines citations clés qui reviennent comme, encore une fois, dans une circumambulation, un parcours circulaire autour d’un centre. Nous avons choisi de les laisser telles quelles en l’état car elles reflètent le parcours de la pensée et le déploiement progressif des idées. Les articles n’ont pas été retouchés sauf des corrections mineures pour les mettre en contexte ou préciser des approximations. Une correction a cependant été régulièrement apportée, qui traduit l’évolution de ma pensée depuis l’écriture de ces articles : assez souvent, là où figurait le mot « l’inconscient » ou « l’Inconscient » (c’est-à-dire l’Inconscient collectif), il s’est imposé de remplacer ce terme par « le Soi ».



[1] Vous trouverez plus d’information à ce sujet dans cet article publié en juin 2017 sur mon blogue, non inclus dans ce recueil : http://voiedureve.blogspot.fr/2017/06/loges-de-reves_55.html
[2] Pierre Trigano, Psychanalyser Jung, Réel-Editions 2016.
[3] Blogue "La joie d’être un âne" : http://jubilarium.blogspot.com. 

mercredi 4 juillet 2018

Le Génie des femmes

Paolo Ucello - Saint-Georges et le dragon (1470)
C’est devenu un lieu commun dans les milieux dits spirituels, et non seulement, que de parler du féminin d’un homme et du masculin d’une femme, respectivement l’Anima et l’Animus en termes jungiens. On en parle, mais cela ne veut pas dire qu’on y réfléchisse beaucoup et qu’on prenne la mesure de ce que ces notions impliquent, à quoi elles nous invitent. C’est Jung qui, dans les années 1920, a introduit ces concepts à l’époque complètement révolutionnaires, qui n’ont rien perdu de leur pertinence et qui réclament encore d’être examinés en profondeur, d’être assimilés jusque dans les conclusions transformatrices auxquelles ils conduisent.

J’ai déjà abordé la problématique générale de ce sujet et présenté l’Anima dans ce blogue comme pouvant être la Porteuse du Graal[1] d’un homme. Maintenant, je veux approcher ce qu’il convient de nommer le problème de l’Animus en commençant par un constat : ce sont surtout des hommes, à commencer par Jung, qui ont parlé du masculin de la femme, et cela rarement en des termes élogieux ou même sympathiques. Il est bien rare par exemple que soit soulignée la capacité créatrice de l’Animus, et quel formidable allié il peut être pour une femme en quête d’autonomie tant sociale que spirituelle.

On peut rendre grâce à Jung d’avoir amené cette idée d’une capacité d’affirmation masculine chez la femme égale à celle de l’homme, jetant ainsi les bases de la revendication d’une entière égalité entre femmes et hommes et préfigurant d’importants changements dans leurs relations. Mais on ne peut plus omettre de signaler qu’il semble que ce soit Sabina Spielrein qui lui a soufflé cette notion sans qu’il ne lui en rende jamais justice, c’est-à-dire qu’il n’honore publiquement son génie créateur. Il était d’époque qu’un homme emprunte ainsi les idées amenées par une femme et se les approprie sans l’ombre d’un scrupule. Il est de notre temps que la vérité à ce sujet soit rétablie et que Mme Spielrein, ainsi que toutes ces nombreuses femmes qui ont entouré Jung et qui ont discuté, éprouvé et développé ses idées, soient remerciées – mieux que beaucoup d’hommes, elles ont su envisager ce qu’il y avait de profondément transformateur dans son travail.

Sabrina Spielrein
 Je n’échappe pas au paradoxe qui veut que je sois moi-même un homme qui est donc amené à parler de l’Animus de la femme. Mais je veux le faire en me faisant ici l’écho de plusieurs femmes qui se sont exprimées sur ce sujet, et qui ont amené des points de vue qui corrigent et complètent celui de la vulgate jungienne, trop souvent encline à simplement répéter Jung. Les questions que soulève le problème de l’Animus me semblent d’intérêt majeur non seulement pour les femmes, qui peuvent y trouver beaucoup d’éléments venant soutenir leur démarche autocréatrice et leur recherche de liberté, mais aussi pour les hommes qui se confrontent à l’Animus au travers des relations avec les femmes, et dans les projections dont ils sont le réceptacle. Un travers courant chez celles et ceux qui manient ces idées d’Anima, d’Animus et de projection consiste en se servir de ces notions pour dévaloriser la parole de l’autre dans un « ce n’est que… ». Par exemple :

-       Ce n’est que ton animus (ton anima) que tu projettes là sur moi…

Or cela revient à se servir des concepts psychologiques pour se boucher les oreilles et refuser d’entendre l’autre dans ce qu’il dit. D’une part, c’est omettre que toutes nos relations sont empreintes de projections et que sans celles-ci, nous ne parviendrions sans doute pas à nous rencontrer. Mais surtout, c’est passer à côté du fait qu’il y a, dans la projection elle-même, quelque chose de la réalité intérieure de l’autre qui cherche à devenir conscient et à se dire. Je forme donc le vœu qu’au lieu de traiter l’Animus comme un rival qu’il faudrait dénigrer et « remettre à sa place », comme cela a si souvent été le cas dans la suite de Jung, nous – tant hommes que femmes – apprenions à l’accueillir amoureusement pour en souligner les vertus et l’essentiel apport à la vie et aux relations. Enfin, cette étude se veut un prélude à une réflexion sur le masculin sacré que je présenterai dans un prochain article.

Il est à noter que le simple fait de parler de « mon anima » ou « ton animus » dénote souvent une incompréhension de quoi il est question en en faisant, par l’adjonction du pronom possessif, une réalité personnelle. Or l’Animus et l’Anima sont des archétypes de l’inconscient collectif, des dimensions collectives de la psyché qui dépassent le niveau personnel et aident le moi à approcher la nature transpersonnelle du Soi. Je peux donc parler de l’Anima en moi ou de mon expérience de l’Anima, mais c’est donc une faute de langage de parler de « mon anima » à moins de n’entendre par là que je parle de mon expérience de l’Anima. Pour bien marquer cette distinction, sur laquelle Pierre Trigano a attiré mon attention récemment, Anima et Animus reçoivent ici, hors des citations dont je respecte la typographie, une majuscule rappelant leur dimension archétypale quand ils ne sont pas ramenés à la simple expérience personnelle.

Cela fait longtemps que, de l’intérieur même des milieux jungiens, une réflexion critique sur l’Animus a été engagée, en particulier par des analystes jungiennes féministes. Elles sont les premières à avoir mise en question la problématique de genre dans ces concepts, interrogeant en particulier la sexualisation outrancière de deux modalités de l’énergie créatrice – une approche qu’a reprise James Hillman. Elles ont souligné que les notions traditionnelles d’Anima et d’Animus risquent de gommer la dimension de construction sociale des définitions de la fémininité et du masculin auxquelles elles sont attachées, et contribuent ainsi souvent à entretenir le système de croyances (genderisme) qui séparent strictement les genres sur une base biologique. Il ressort de leurs travaux que la notion d’Animus est souvent comme un manteau jeté par les hommes sur les épaules des femmes pour voiler leur réalité. Il semble que désormais, nous retrouvions sur ce point la fable qui veut que l’empereur soit nu mais que personne n’ose le lui dire : notre sacro-sainte notion de l’Animus s’avère contaminée par l’héritage de plus de 2000 de patriarcat et réclame d’être revisitée de fond en comble, et surtout que des femmes se l’approprient comme un outil de libération, au risque sinon de devenir obsolète.

Celles et ceux qui sont intéressé(e)s à poursuivre cette réflexion pourront lire avec profit l’analyse percutante de Lyn Cowan : dismantling the Animus[2].

 
Dans une perspective qui se veut moins radicale et qui cherche plutôt à contribuer constructivement à enrichir le concept d’Animus plutôt qu’à le démanteler, je suggère 3 lectures passionnantes :

-       L’âme des femmes, ouvrage collectif dirigé par Agnès Vincent (Réel Editions, 2017)
-       La femme et son ombre, de Sylvia di Lorenzo (Albin Michel, 1997)
-       Les facettes de l’âme, de Marie-Laure Colonna - en particulier le chapitre 2, la femme et le génie : de la  sexualité à l’érotique (Dauphin, 2014)

Ce sont là 3 femmes qui éclairent de belle façon la problématique de l’Animus. Je complèterai la présentation, malheureusement limitée ici, de leur travail par une petite enquête qui donne voix à plusieurs femmes sur la métaphore qui convient pour décrire leur relation à l’Animus.

L’âme des femmes - Agnès Vincent


 Agnès Vincent est la fondatrice, avec Pierre Trigano, de l’école du Rêve et des Profondeurs. Elle a écrit avec lui un livre remarquable sur le travail avec les rêves, le Sel des rêves, qui invite à une relecture spirituelle de Jung et elle a dirigé un collectif de femmes qui nous livrent des éléments de leur expérience de l’Animus dans L’âme des femmes, sous-titré « le masculin dans la psyché féminine ». Ce livre a le grand mérite de dénoncer d’emblée l’espèce de loi du silence qui, sans doute due en partie à la vénération obligée du maître, a empêché la critique des théories de l’Animus énoncées par Jung. Ce dernier fait pourtant remarquer la difficulté pour un homme de comprendre véritablement la psyché d’une femme :

« Psychologiquement, on ne possède rien tant qu’on n’en a pas fait l’expérience. Une vision intellectuelle représente par suite trop peu, car on ne connait que les mots mais on ignore la substance de l’intérieur. »

Dans les chapitres d’introduction de L’âme des femmes, Agnès Vincent propose une synthèse critique des théories de l’Animus telles qu’elles ressortent des écrits de Jung et de ses disciples, parmi lesquels Emma Jung, Marie-Louise Von Franz, Jolande Jacobi, Elie Humbert, etc. Elle montre que les femmes dans la suite de Jung n’ont pas été en reste pour élaborer une vision plutôt négative de l’Animus, mais souligne aussi l’apport de Sylvia di Lorenzo, dont il sera question plus loin, et de Clarissa Pinkola Esté pour remettre en question ce concept par bien des côtés étriqué. Car la lecture de Jung est malheureusement édifiante : Jung est bien un bourgeois suisse des années 1930, qui dit que la femme « fait partie de la vie » de l’homme et même qu’« elle lui appartient ». La femme est toujours présentée comme affiliée à l’homme, dépendante de lui et toute entière au service de sa réalisation.

C’est dans Dialectique du moi et de l’inconscient (1928) que Jung parle pour la première fois de l’Anima et de l’Animus ; il consacre 40 pages à la première et 11 pages à l’autre. Agnès Vincent pointe deux problèmes dans la description qu’il donne de l’Animus : il passe trop rapidement de l’observation de cas individuels à une théorie appliquée à toutes les femmes et tous les Animus, et il propose une vision uniquement négative de l’Animus, érigée en vérité. Il en ressort que l’Animus a toujours tort ! Jung affirme ainsi que l’Animus s’exprime et apparait sous les traits d’une pluralité. Il est « quelque chose comme une assemblée de pères ou d’autres porteurs d’autorité, qui tiennent des conciliabules et qui émettent ex cathedra des jugements "raisonnables", inattaquables. »

Jung continue en disant que ces « jugements prétentieux » ne sont qu’un « amoncellement de mots et d’opinions » présents dans l’esprit de la femme depuis qu’elle est petite fille, et qui, « recueillis, choisis et collectionnés peut-être inconsciemment », constituent « une espèce de code de vérités banales, de raisons et de choses comme il faut ». Le discours de l’Animus serait une réserve de préjugés et d’opinions disparates où la femme puiserait. Ces propos s’enracinent dans une grande mesure dans le préjugé général à son époque et encore vivace d’une infériorité intellectuelle des femmes. Il ne lui est  jamais venu à l’esprit que la prétendue supériorité des hommes venait d’un déséquilibre dans l’éducation que recevait les femmes. Aujourd’hui, à l’heure où il y a dans de nombreux pays occidentaux plus de diplômes décernés aux femmes qu’aux hommes dans toutes les disciplines, cette vision est dépassée. Mais le préjugé est tenace : dans les milieux de la recherche scientifique, par exemple, une femme devra encore en faire plus qu’un homme pour être acceptée et reconnue. Le fond, là, ne tiendrait-il pas finalement dans une relation des hommes avec l’Anima, et la féminité en général, qui est méprisée, sous-estimée ?

Dans le même ouvrage, Jung définit l’Animus comme « une manière de condensation de toutes les expériences accumulées par la lignée ancestrale féminine au contact de l’homme ». Cette définition pourrait presque paraitre positive. Il écrit aussi que l’Animus est un « être créateur », non pas dans le sens de la créativité masculine mais « dans le sens de qu’il crée quelque chose que l’on pourrait appeler un logos spermatikos – un verbe fécondant. » Dans un passage où il compare Anima et Animus, il écrit que l’homme voit en imagination l’Anima flotter devant ses yeux comme « la silhouette pleine de signification, et finement découpée d’une Circé ou d’une Calypso », tandis que l’Animus de la femme sera au contraire exprimé par un personnage comme le Hollandais Volant, ou autre spectre voguant par les mers du globe, et qui est à la fois insaisissable et protéiforme ». L’une est une ensorceleuse, et l’autre un fantôme…

Dans Aïon, Jung reconnait qu’il mène un travail de pionnier qui doit se contenter de sa nature provisoire. L’Animus s’exprime selon lui chez la femme comme « des avis, des interprétations, des opinions, des insinuations et des constructions fausses qui ont toutes pour objectif ou comme résultat de couper la relation entre deux êtres. » Il insiste encore sur les aspects négatifs de l’Animus, qui adore « argumenter au cours de discussion ergoteuses » mais plus tard, l’Animus est reconnu comme « psychopompe et médiateur entre le conscient et l’inconscient. » Enfin, Jung explique encore, dans une lettre écrite en 1957 :
« L’Anima, c’est l’image de l’âme chez l’homme, représentée dans les rêves ou les fantasmes par une figure féminine… l’Animus, c’est l’image des forces spirituelles de la femme, représentée par une figure masculine ».

Les femmes qui ont pris la suite de Jung dans cette réflexion sur l’Animus ont repris généralement à leur compte sa définition négative tout en insistant sur l’importance pour une femme d’avoir une vie intellectuelle et spirituelle. Emma Jung pointait par exemple le conflit entre un Animus patriarcal vouant la femme à la maternité et au service de l’homme, et l’Animus allié de la femme dans son expression et son affirmation. Marie-Louise Von Franz a présenté l’Animus comme « quelque chose d’obstiné, de froid, de totalement inaccessible » qui coupe la relation avec la femme. Elle a cependant établi une heureuse distinction entre l’Animus négatif, qui peut être un véritable démon selon elle, et l’Animus positif qui a pour fonction d’aider la femme à « créer un pont vers le Soi et s’adonner à une activité créatrice ». Il faut enfin, pour conclure cette trop rapide revue, mentionner Barbara Annah qui soulignait que :

« De nombreuses femmes ont payé de leur vie sur les bûchers leur tentative d’oser être elles-mêmes. C’est leur Animus que les hommes brûlaient en vérité, par peur de l’expression autonome des femmes. »

Ces chapitres d’introduction de L’âme des femmes ne font que « mettre la table » pour une exploration toute en finesse et en profondeur de la réalité vécue de l’Animus par plusieurs femmes attentives à leurs rêves et engagées dans un travail intérieur. Le livre se poursuit par la présentation d’une vision nouvelle de l’Animus envisageant une alliance entre le moi féminin et l’Animus positif qui apporte à la féminité ses capacités d’action, d’affirmation et d’expression de soi. « Il n’y a pas confusion de genre mais union des deux. (…) Une alliance positive est possible entre la femme et l’Animus. Nous entrons dans un temps où l’alchimie n’est plus réservée aux seuls hommes (et leur anima / soror mystica) ». Il en ressort  que l’Animus peut introduire la femme au Soi en tant que le Tout Autre dans la psyché.

Je ne détaillerai pas les chapitres suivants car il faut les lire pour en tirer toute la saveur riche des expériences de l’Animus qui y sont présentées. On y retrouve bien sûr les démêlés de nombreuses femmes avec l’Animus archaïque ou autoritaire  jusqu’à sa transformation en Animus faiseur-de-liens, compagnon intérieur sur la  route du Soi. On y voit son lien avec le père, l’alternance dans les rêves de figures d’hommes abuseurs ou violeurs avec des amis respectueux ou des amants attentionnés, mais surtout comment l’écoute des rêves, l’imagination active et la créativité permettent l’établissement d’une relation positive avec l’Animus. En cela, ce livre est précieux non seulement pour les femmes mais aussi pour les thérapeutes qui les accompagnent et y trouvent ample matière à réflexion.

La femme et son ombre - Sylvia di Lorenzo


Sylvia Di Lorenzo est une analyste jungienne italienne qui s’est attaché, dans La donna e sua ombra, ouvrage paru en 1989 et préfacé par Marie-Louise Von Franz, à éclairer le statut de la femme à notre époque en interrogeant entre autres la relation entre Animus et féminisme. Fondamentalement, le problème de l’Animus est ainsi défini : là où l’homme doit apprendre l’ouverture relationnelle à l’autre, la femme doit acquérir la capacité d’affirmation qui lui permet l’entière autonomie psychique. « L’intégration de l’Animus par la femme devrait correspondre à l’intégration de l’Anima par l’homme. Le développement de la femme exige l’acquisition d’une certaine virilité, c’est-à-dire de « savoir ce qu’on veut et de faire le nécessaire pour atteindre le but. » » Partant de cet énoncé, Mme Di Lorenzo pose d’emblée ce qui me semble être pour ma part le problème le plus critique avec l’Animus à notre époque : au nom de la libération de la femme, nombre de femmes semblent inconsciemment possédées par l’Animus et perdre contact avec leur nature.

D’une part, il y a celles qui sacrifient tout aux normes d’une société fondée sur les valeurs masculines de performance, de réussite et d’efficacité au détriment de la sensibilité, de la coopération et des qualités attachées à l’Eros relationnel. Mais d’autre part et d’une façon plus subtile, nombre de féministes tombent dans le piège d’attribuer aux hommes toute la responsabilité de l’infériorisation des femmes et de leur dépendance envers les hommes. Or en faisant de la  masculinité le « mal » qu’elles combattent, elle la rejette dans l’ombre et tombent sous la dépendance d’un Animus qui les pousse à refuser la relation avec les hommes, et finalement à les combattre et à rivaliser avec eux sur un mode très masculin. Une des caractéristiques de cet état d’identification avec l’Animus est que la femme a toujours raison et ne souffre pas la discussion. Dans les rêves, cette situation se présente souvent comme un mariage ou une liaison avec un homme à la peau sombre.

On retrouve ici la vision négative de l’animus que développait Jung : « Dans la mesure où la femme force sa propre nature et sacrifie l’Éros, elle cède inconsciemment du terrain et du pouvoir à l’Animus, qui envahit la conscience. Cela donne un intellectualisme rigide et irritant par son argumentation dénuée de véritable logique, fanatiquement ancrée dans des présupposés collectifs de caractère dogmatique, et qui va de pair avec l’incapacité d’établir de vrais rapports érotiques et humains : la femme est ainsi écartée de la vie des sentiments et de sa véritable nature. » Il lui faut inconsciemment sacrifier ce qu’elle a de féminin pour ne pas risquer d’être dominée, tombant par là dans le mécanisme d’identification à l’oppresseur qu’a mis en lumière Bruno Bettelheim.

Cette problématique ressort souvent dans les rêves, où « l’Animus a souvent les traits caractéristiques de l’autorité : le père, le prêtre, le directeur, le chef de bureau, le professeur, etc. Il s’agit toujours de figures qui savent toujours ce que l’homme doit ou ne doit pas faire et cherchent à lui imposer leur opinion sans tenir compte ni du sentiment, ni de l’instinct féminin. Si la femme se fie aveuglément à l’autorité masculine, elle peut tomber dans un état d’infériorité sans espoir, encore plus destructif que la pseudo-assurance et la pseudo-supériorité que crée l’identification avec l’Animus. » Mais le prix à payer pour sortir de ce sentiment d’infériorité entretenu par l’Animus est une perte au niveau des contacts humains et l’asservissement à un tyran intérieur. En effet :

« Le Moi féminin court toujours le risque de reproduire dans sa relation à l’homme intérieur le risque de reproduire le même schéma (de renonciation à son autonomie, de mise au service de la réalisation du masculin), se déchargeant ainsi de tout engagement et de toute responsabilité. C’est là, dans l’identification avec l’Animus et sa masse d’opinions acceptées sans discussion, la loi du moindre effort, la voie facile et commode pour se sentir forte et puissante et avoir toujours raison, sans avoir conquis ni le pouvoir ni les raisons. »

Derrière le besoin de la femme-Animus d’avoir toujours raison, on trouve généralement une secrète volonté de puissance qui se pare de justice et de vérité, mais nie violemment ce qu’il y a de proprement féminin non seulement en elle mais chez les autres, qu’ils soient femmes ou hommes. Sylvia di Lorenzo souligne comment il s’agit souvent de femmes intelligentes qui n’ont pas assez confiance dans leurs propres valeurs spirituelles et ne tiennent pas compte de leurs besoins de réalisation intellectuelle et créatrice.

Elle poursuit la réflexion en soulignant que le problème du féminisme tient à la nécessité de détacher l’Ombre de l’Animus pour entretenir un rapport positif avec ce dernier. Elle avance l’idée d’une nécessaire distinction entre l’Animus collectif formaté par une société et une éducation patriarcales, qui continue à nier le féminin même sous couvert de le défendre, et l’Animus individuel ami du féminin. Elle rapporte ainsi l’observation pertinente de Hilde Biswanger qui remarque « lorsque l’Animus est en rapport négatif avec les qualités féminines de la femme, le féminin devient « rien d’autre que » féminin, et est au fond méprisé en tant que tel ». Dans cet esprit, le féminin ne se libère pas tant dans une opposition au masculin mais dans l’établissement de relations conscientes avec celui-ci, tant à l’intérieur dans la relation à l’Animus que dans la relation aux hommes.

Alors, il ressort que « le féminin est l’élément qui permet l’intégrité de l’être, homme ou femme ». Il est aussi le lieu du plus grand refoulement de l’humanité, souffrant de mémoires millénaires d’abus, de mépris et d’infériorisation, qui réclame la coopération des deux sexes dans la perspective d’une guérison. Il œuvre donc, avec le soutien et la collaboration de l’Animus positif ainsi que des hommes conscients de leur relation à l’Anima, à l’union des polarités pour l’avènement d’un être humain total, équilibrant féminin et masculin en lui-même autant que dans ses relations.

La femme et le génie - Marie-Laure Colonna


Ce chapitre, plus particulièrement consacré au problème de la sexualité, du livre Les facettes de l’âme s’ouvre d’une façon inspirée sur une prière à Éros qui l’invoque en tant que « Premier-né créateur de l’univers aux ailes d’or, être sombre » et rappelle qu’il crée « le  feu invisible touchant tout être animé, le torturant infatigablement de plaisirs et délices douloureux ». Marie-Laure Colonna nous ramène par là aux sources de notre réflexion sur les jeux d’Anima et Animus en rappelant que dans la perspective de Jung, sexualité et spiritualité sont deux mouvements fondamentaux et complémentaires, indissociables, qui président au déploiement de la conscience.

Elle nous invite par là à nous pencher sur ce qu’elle appelle joliment une « érotique de l’âme ». Bien sûr, nous dit-elle, « cette érotique c’est la rencontre de l’autre côté de son âme, animus ou anima, à l’intérieur ou à l’extérieur, qui va en être le pivot, ainsi que le lien visible ou invisible du transfert. Or l’expérience montre que bien avant de venir un amant, une amante, l’animus et l’anima se comportent plutôt comme un troupeau de démons, transforment en purgatoire la vie quotidienne et particulièrement la vie amoureuse, dans laquelle ils semblent susciter par aimantation des êtres porteurs de malheur et de destructivité. »

Marie-Laure Colonna nous présente un cas clinique d’analyse, intitulé Hélène et le frère-amant, dans le détail duquel je n’entrerai pas. Elle montre que cette analyse a dans une grande mesure tourné autour de la quête de Psyché, qui est un thème archétypique important pour de nombreuses femmes. Psyché, une très belle jeune femme, est jalousée par Aphrodite et est brutalement séparée de son époux, le divin Éros. Pour le retrouver, elle doit se soumettre à une série d’épreuves initiatiques qui semblent au prime abord absurdes et insurmontables, mais dans lesquelles elle reçoit à chaque fois une aide inespérée. « L’aspect impossible de ces épreuves oblige d’une part [la femme] à y consacrer toutes ses forces consciente et oblige, d’autre part, à prier l’inconscient d’apporter son aide. Cette mise en tension des opposés enclenche et tisse progressivement le filet protecteur et unifiant de la vie symbolique. »

Pour Hélène comme pour beaucoup de femmes, l’épreuve transformatrice fut la solitude, après plusieurs relations décevantes. C’est en rêve d’abord, puis en imagination active, qu’Hélène a rencontré une figure d’Animus qui a pris peu à peu une place centrale dans sa vie intérieure. La première image de rêve que rapporte Marie-Laure Colonna est remarquable : une soucoupe volante atterrit. Un homme noir, majestueux dans un ample manteau chamarré, en sort et s’avance vers la rêveuse. C’est un Roi mage, dit celle-ci en première association. Cette image a évolué avec le temps jusqu’à la rencontre tant intérieure qu’extérieure avec un troubadour, dont l’auteure nous dit qu’il « annonçait l’aube d’un romantisme vrai, d’une versant masculin, ou d’un homme au service de sa Dame, en qui l’anima, la sensibilité, serait différenciée de la relation à la mère. »

Voilà peut-être exposée, avec l’air de ne pas y toucher, la clé de nos relations avec l’Anima et l’Animus. La question ne serait-elle pas, tant dans nos relations que dans notre vie intérieure : sont-ils différentiés de notre mère ou notre mère ? Nous savons que les premières images du partenaire contrasexuel sont nécessairement attachées au parent de sexe opposé, mais toute la dynamique d’évolution de l’Anima / Animus, jusque dans ses aspects les plus négatifs, ne viserait-elle pas au moins en partie à obliger à cette différentiation ? C’est à ce prix seulement que nous pouvons vraiment rencontrer notre partenaire humain dans sa réalité…

Marie-Laure Colonna décrit l’évolution d’Hélène en rapportant une série de rêves remarquables au travers desquels nous la voyons se reconnecter avec l’instinct et prendre conscience de la présence d’un Animus archaïque qui s’avère être la contrepartie sombre de son pôle candide, dans lequel elle s’identifie à la « jeune fille innocente, petite chèvre de Monsieur Seguin que le loup va finir par saigner à l’aurore. » En effet, cet « animus archaïque saigne les petites chèvres innocentes envoûtées par le romanesque passionnel qu’elles confondent avec le romantisme vrai du sentiment adulte. » C’est la situation typique de l’éternel(le) adolescent(e) pris(e) entre un conscient sentimental et une ombre brutale agissant en coulisse. En ce qui concerne les éternelles adolescentes, « on finit par découvrir que ces douces victimes possèdent des crocs bien aiguisés et que le revers du prince charmant qu’elles appellent est une sorte d’homme de Cro-Magnon tout velu et noir au milieu des bois. »

Mais c’est finalement un rêve remarquable où la dimension du Soi est mise à jour qui amène la conclusion de l’analyse, dans lequel le rôle positif de l’Animus ressort par la nécessité d’un acte masculin de transgression pour amener un dénouement. La rêveuse a vécu autour de ce rêve une véritable expérience numineuse qui a amené la guérison en apportant, comme souvent, une solution complètement imprévisible au conflit dans lequel elle se débattait depuis si longtemps. Il s’agissait bien symboliquement d’unir Éros et Psyché, mais là où le mythe ne les réunissait que sur un plan archétypal, dans l’Olympe, « il semble que ce soit une tâche, un but de la conscience propre à notre temps que de permettre à Éros et Psyché de se trouver sur terre, de former ce couple intérieur qui tend vers la complétude de l’âme et crée aussi une nouvelle forme d’amour et de destinée entre l’homme et la femme. »

Je ne peux que souscrire à cette vision. Malheureusement, pour y parvenir, il nous faudra encore surmonter bien des préjugés, jusque dans les milieux qui sont censés être les plus informés. En témoigne cette petite histoire que rapporte Marie-Laure Colonna :

« Un soir, dans les années quatre-vingt, j’assistais à un séminaire public d’un analyste réputé. On en était une fois de plus à l’anima : — « Les hommes, Mesdames, oui, les hommes, on le sait, ont une muse ! s’écria soudain notre conférencier d’un ton inspiré, et vous Mesdames, qu’avez-vous ? Si tant est que vous ayez quelque chose !… »

Silence consterné dans la salle, de part et d’autre de la longue table rectangulaire autour de laquelle nous nous tassions à près d’une cinquantaine. Quand soudain une voix intimidée mais décidée perça le silence.

- « Nous ? Nous avons un génie, Monsieur », déclara une jeune femme assise tout à l’autre bout de la table, déclenchant involontairement un éclat de rire général, pendant que l’orateur s’agitait :

- « Un génie ! Mais, Madame, il faut le prouver, le prouver ! »[3]

On ne peut que déplorer que des propos comme ceux que tenait cet orateur aient eu droit de cité dans les milieux jungiens. L’éclat de rire qui a accueilli la courageuse proposition de cette jeune femme est particulièrement désolant car elle avait sans doute raison : le genius des Romains était l’équivalent du daïmon des Grecs, auquel par exemple Socrate référait ouvertement. En effet, si les hommes peuvent avoir une Muse pour les inspirer dans le meilleur des cas de leur relation à l’Anima, les femmes peuvent certainement avoir un Génie à leur service. Ces propos démontrent en tous cas qu’il ne suffit pas de connaitre intellectuellement les théories de l’Anima et de l’Animus pour éviter la muflerie, et ils en disent long sur la qualité de la relation de cet analyste, tout réputé qu’il était, avec l’Anima.

Une métaphore pour l’Animus


Un Génie pour la femme, une Muse pour l’homme, ce sont autant de métaphores. Or, au-delà des théories que l’on nourri à leur sujet, Anima et Animus vivent surtout dans des images, des symboles. En même temps que je rassemblais différents matériaux pour cet article et d’autres à venir, je me suis livré à une petite enquête auprès de plusieurs femmes ayant en commun d’avoir une riche vie intérieure et conscience de leur relation à l’Animus. Tout a commencé par une conversation avec une amie à propos de la métaphore du chevalier et de sa Dame, que je lui disais fort bien décrire ma relation avec l’Anima. Elle m’a alors répondu avec feu :

-       Mais cela ne marche pas du tout pour l’Animus !

Cela m’a interloqué : quelle métaphore pouvait donc décrire la relation de la femme à l’Animus ? J’ai donc posé la question autour de moi et j’ai été frappé par la diversité des images que j’ai recueillies, et que je vous présente sans commentaire car les images parlent d’elles-mêmes :

Pour l’une, l’Animus est le Prince Aimant, en insistant sur la différence qu’il y a là avec le Prince Charmant…

Pour une autre, c’est Ulysse sur le chemin d’Ithaque, fidèle à Pénélope qui tisse et défait sa tapisserie en espérant son retour de la guerre.

Pour une autre, c’est le conte de La princesse et le crapaud qui décrit le mieux sa relation à l’Animus : c’est en le jetant contre les murs qu’il finit par être délivré de la malédiction qui le faisait apparaitre comme un crapaud et se transforme en beau prince.
Pour une autre, c’est le conte Neige blanche, Rose rouge qui fournit la trame décrivant l’évolution de l’Animus d’un nain grincheux que finit par tuer l’ours qui se transforme en prince d’or.

Pour une autre, c’est le tableau de Ucello illustrant cet article qui décrit le mieux la situation avec l’Animus : la princesse est enchaînée par le dragon et le chevalier doit triompher de ce dernier pour la délivrer…

On m’a raconté aussi l’histoire de Shiva et de Sati, dans laquelle celle-ci est l’épouse du dieu et transgresse sa volonté. Mais, m’a dit mon interlocutrice, ce qui la frappait était que le dieu savait qu’elle faisait une erreur et l’a laissé faire, libre de se tromper.

Ayant été imprécis dans la façon dont j'ai rapporté ses mots, je reproduis ici une partie du commentaire de Marie (voir ci-dessous) qui précise son propos : "Shiva savait que c'était une erreur. Mais elle était son égale". "Mais elle était son égale." C'est cette phrase qui me fait vibrer depuis toute petite. Ce n'est pas que le Dieu "laisse" faire son épouse, "laisser faire, laisser se tromper" révèlerait encore un égo qui se croit supérieur à autrui. Ce n'est pas le cas pour moi dans cette représentation du couple divin. Il y a parfaite reconnaissance de l'autre en temps que "même", il n'y a aucune intention de saisir l'autre dans un jeu de pouvoir, aucune supériorité, aucune infériorité, pas de séparation: autrui est un mouvement de Vie aussi fondamentalement libre que je le suis. L'Animus auquel j'aspire, a une attention pour l'autre sans l'enfermer dans un jeu de pouvoir, aussi subtil soit-il, aussi "apparemment" bienveillant soit-il.

En conclusion, je reproduirai simplement les mots d’une de mes correspondantes en réponse à cette question car ils me semblent éloquents :

« L'Animus positif a quelque chose pour moi du magicien. Il est ce qui favorise le rayonnement, le plein potentiel lumineux. Il tient l'espace permettant la création. Il inspire, sécurise. Il rend libre. Il est à l'opposé de la contraction et du jugement de l'Animus négatif... L'Animus pour moi est d'abord un guide. Il a la carte mais c'est moi qui marche. Il est aussi un chevalier dans le sens d'être au service dans le sens le plus noble du terme. Et cela me semble encore plus important à notre époque... Quelque chose de l'Animus cesse de condamner l'énergie du féminin et la sert, dans le sens de favoriser son rayonnement, dans une mise au monde. Il est aussi le troubadour qui inspire, joue, nourrit l'accès à la joie. Et je dirais aussi l'Amant, le bien aimé dans son aspect le plus royal. Le masculin intérieur avec qui s'unir... »


Dans un prochain article faisant suite à celui-ci, je vous parlerai du Masculin sacré, qui réclame d’être interrogé tant dans la vie des hommes que des femmes, tout à la fois comme un pendant au Féminin sacré dont on parle beaucoup ces temps-ci – sans doute le partenaire qu’Elle appelle – mais aussi regard de l’omniprésence du masculin blessé et / ou abusif, castré ou en inflation.