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mardi 7 janvier 2020

Ecoute intérieure du rêve


J’aimerais vous parler ici, dans un article de synthèse dans lequel vous trouverez de nombreux renvois à d’autres articles pour approfondir le propos si le cœur vous en dit, de l’aboutissement provisoire de ma recherche en matière de travail avec les rêves. Je dis « provisoire » car bien sûr, la rivière serait présomptueuse de se croire arrivée tant qu’elle ne s’est pas jetée dans l’océan mais j’ai la conviction que s’est établi, au cours ces deux dernières années, le socle de mon approche des rêves. Celles et ceux qui me connaissent bien savent que j’aime les mots et je les emploie avec précision : je ne parle pas de méthode de travail avec les rêves mais bien d’une approche, comme on approche à pas légers un mystère, un animal sauvage pour ne pas l’effaroucher, une personne aimée pour l’embrasser dans son cou. Les rêves sont tout cela et bien plus encore : un mystère vivant, une réalité sauvage et une source d’amour.

C’est de la relation vivante avec les rêves dont je veux vous entretenir aujourd’hui. Ce faisant, j’ai à l’esprit les mots de mon enseignant spirituel Richard Moss dont je regardais une vidéo hier dans laquelle il nous invitait à considérer la relation comme un être vivant. Toutes nos relations, à commencer par notre relation avec nous-même, la relation avec autrui, la relation avec la Terre, la relation avec le grand Mystère d’être. C’est un changement radical de paradigme que de considérer la relation comme étant un être vivant ayant ses propres besoins, sa propre vie et sa propre intelligence. Par exemple, dans le dialogue entre deux êtres, il se produit un shift radical en considérant qu’une fois entendus les besoins et points de vue de chacun, la relation a son propre point de vue et ses besoins propres à exprimer. Tout à coup se produit un élargissement de perspective. En termes spirituels, nous pouvons parler alors de l’irruption du Saint Esprit qui relie les deux que sont le Père/Mère et le Fils/Fille. Il est qualifié de « saint » car l’ultime de la relation est l’Amour qui ré-unit les deux en une unité, qui les amène à se re-connaître.

Voilà pour le contexte spirituel du travail dont je veux vous parler, qui n’est qu’un élément d’un Travail plus vaste que Byron Katie comme Richard Moss, et avant eux d’innombrables enseignants, ont appelé simplement « the Work ». Le Travail de conscience. Il n’a qu’une visée : la libération de la conscience de toutes les illusions qui l’enchaînent. L’éveil, la sortie du grand sommeil dans lequel nous sommes tou.te.s plongé.e.s. J’en ai amplement parlé dans un article présentant ce que j’appelle la voie du rêve, où le paradoxe est qu’il faut traverser le rêve pour sortir de notre endormissement, de l’hypnose dans laquelle nous maintient notre attachement aux choses extérieures.

Cela fait longtemps que j’explore le croisement entre le travail avec les rêves et la méditation, ou plus précisément, le mariage entre rêves et pleine conscience.

Richard Moss
Le travail avec les rêves ne peut donc se réduire à une pratique psychothérapeutique poursuivant des buts de développement personnel de bien-être à tous prix. La recherche d’une guérison, d’un chemin hors de la souffrance, est souvent le point d’entrée dans le travail avec les rêves, tout comme il est le point de départ de toutes les voies d‘éveil selon les Quatre Nobles Vérités du Buddha Gautama. Mais en écoutant les rêves, nous faisons une découverte dont mon grand-père spirituel Carl Jung a abondamment parlé : il y a quelqu’un en nous qui sait ce qui est bon pour nous, qui nous connaît mieux que nous-mêmes, qui nous prend volontiers par la main pour nous emmener à la rencontre de nous-mêmes, de Qui nous sommes vraiment.

Voilà donc que nous parlons du fameux Inconscient qui est la source des rêves. Disons-le, c’est un épouvantail à moineaux auquel les idiots qui ont besoin de certitudes accrocheront toutes sortes de fantasmes, mais la seule définition valable de l’inconscient est celle qu’en donnaient Freud et Jung qui proposaient là un concept négatif qui n’affirme rien mais désigne tout ce dont nous sommes inconscients à propos de nous-mêmes. L’inconscient, c’est ce qui est hors du champ de notre conscience et dont nous ne pouvons rien savoir directement, dont nous ne pouvons pas donc parler autrement qu’en termes négatifs. Nous ne pouvons le connaître qu’à travers ses « rejetons », c’est-à-dire la façon dont il intervient dans notre vie psychique au travers des rêves, mais aussi des idées qui nous viennent, de nos fantasmes et de nos imaginations, de nos obsessions et nos omissions, de nos émotions, de nos lapsus linguae, de nos attirances et nos répulsions, de nos symptômes, etc.

Dans l’inconscient, il semble qu’il y ait d’une part tout ce que nous avons oublié de nous-mêmes et de notre histoires, nos mémoires, qui ne sont pas des mémoires simplement personnelles mais dans lesquelles on retrouve des mémoires familiales, transgénérationnelles et bien au-delà, des mémoires qui nous ramènent au commencement des choses, à toutes nos âmes. Et puis il y a une source créative toujours neuve, qui est capable de toujours proposer une vision nouvelle, une solution inédite aux problèmes que nous rencontrons. Quand nous vivons une situation, nous avons tendance à y réagir à partir de nos mémoires conscientes et inconscientes, du connu, mais il est fréquent que le passé ne puisse répondre au défi présent. Et puis, en écoutant nos rêves, nous y trouvons éventuellement des indications qui permettent d’élargir notre vision des choses et des propositions créatives. De « réaction » à « création », il n’y a qu’une lettre, le C de « conscience » qui se déplace.

Une vie à l’écoute des rêves est une vie de moins en moins réactive, de plus en plus créative.

Il semble, selon plusieurs études et les traditions chamaniques, que l’avenir se crée dans les rêves. C'est-à-dire que nos rêves contiennent beaucoup d'éléments qui appartiennent au futur...


Je ne qualifierai pas la nature de cette source créative en nous mais je crois pour ma part qu’au travers des rêves, nous sommes en lien avec le mouvement Créateur qui nous prête vie. Nombre d’indices laissent penser que cette source est à la fois transcendante et immanente, et possède une sorte de « savoir absolu », pour reprendre les mots de Jung. C’est là ce qu’il appelait le Soi, qui est le diamant caché dans le voile de notre inconscience. Dans la lignée de Jung, dont je me réclame, le travail avec les rêves est un moyen d’entretenir une relation intime avec cette source sans que n’interfère aucune autorité, aucune théorie, aucun prêtre…

C’est pour cela que je ne vous parlerai pas d’une méthode de travail des rêves non plus que d’une théorie infaillible. La faille qu’il y a dans toutes les théories m’intéresse plus que toutes les certitudes. On pourrait dire que toutes les théories ont un point aveugle, une zone d’inconscience, et que c’est par là que s’engouffre l’Infini, ce qui ne se laisse pas limiter mais qui est à l’œuvre, dans les rêves comme dans la vie. C’est l’ouverture d’un espace à ce mouvement qui m’intéresse plus que toutes les tentatives de le mettre en boîte, dont Alan Watts signale qu’il est aussi vain que de tenter d’attraper de l’eau courante à mains nues. Je propose donc une approche des rêves qui n’est ni psychologique, ni spirituelle, mais qui se veut poétique, au sens originel du mot grec poiêsis qui réfère à la création, et qui évoque aussi le libre jeu des images intérieures et des métaphores, du grec métaphoros – ce qui emmène plus loin. Plus loin que ce nous connaissons. Vers le Nouveau.

Il existe d’innombrables méthodes de travail avec les rêves. Elles sont toutes (plus ou moins) valables, tout comme toutes les voies qui permettent d’escalader une montagne sont valables. Ce qui compte, c’est d’arriver au sommet, et non la voie qu’on prend, à condition de ne pas s’arrêter en chemin. Elles sont adaptées à différentes personnes, différentes situations, différentes demandes, différents rêves. Ce qui est inacceptable, c’est la prétention de certaines d’être universelle et de s’élever au-dessus des autres ou de nier leur valeur ; c’est dans la mesure où il y a une prétendue supériorité et une certitude définitive qu’on est en présence d’une forme d’escroquerie. Quand une méthode prétend à l’universalité, elle nie la diversité créatrice illimitée des rêves – on pourrait dire qu’elle prétend limiter le Divin. C’est le problème avec toutes les méthodes : une méthode est un moyen que le conscient emploie pour tenter d’enfermer quelque chose qui le dépasse dans un schéma pré-défini…

Le problème avec les théories et les méthodes du rêve, c’est que, même si elles mettent un concept du Soi au centre pour nous expliquer comment il nous interpelle, elles vont avoir tendance inconsciemment à tordre le rêve pour qu’il rentre dans la théorie, qui devient un lit de Procuste. Le Soi se rit de ce genre d’artifice, et tôt ou tard survient un rêve incompréhensible, irréductible à la théorie. Il faudrait qu’une méthode marche tout le temps, avec tous les rêves et toutes les personnes, et voilà, le « problème » du rêve serait réglé. Cela ne marche pas ainsi. Pas plus qu’il n’y a une méthode pour vivre. Tout au plus y-a-t-il un art de vivre, et un art du travail avec les rêves.

Une approche poétique, amoureuse. Y-a-il une méthode pour aimer ?


Je m’appuie donc pour ma part sur ce que disait Jung, dont je fais un principe central :

« Étudiez toutes les méthodes, lisez tous les livres, mais devant le rêve, écartez-les car le rêve est unique comme le rêveur est unique. »

C’est l’unicité du rêve, l’unicité de la personne, l’unicité du moment qui méritent d’être rencontrées, pas la théorie avec laquelle le mystère vivant du rêve pourrait être étouffé. C’est pourquoi, plutôt que travailler les rêves pour en extraire un sens, comme on viole la terre pour en extraire du minerai, je propose que nous nous laissions travailler par les rêves comme le rocher est sculpté patiemment par les vagues de la mer. Quand on écoute en profondeur les images de rêve, ce qu’elles nous font ressentir, comment nous résonnons à celles-ci, nous en sommes profondément émus, c’est-à-dire que surgit un mouvement d’énergie (e-motion) et transformé.e.s.

Je viens sans avoir l’air d’y toucher d’évoquer une notion clé : la résonance.

Le travail avec les rêves que je propose est un travail qui va au-delà de l’interprétation, qui bien souvent d’ailleurs est une explication du rêve. Je n’ai rien contre l’interprétation, qui consiste en lire le rêve et le traduire dans d’autres mots. J’interprète moi-même volontiers des rêves quand il y a lieu. Je prétends que pour pouvoir aller vraiment au-delà de l’interprétation des rêves, en tous cas pour enseigner des voies qui mènent à cet au-delà, il faut bien connaître l’interprétation. Sinon, on va volontiers dire des âneries. Mais je suis très fermement opposé aux explications du rêve car elles réduisent celui-ci à quelque chose de connu : bah, « si tu rêves ça, c’est parce que tu as vu un film à la télé », ou « ton rêve, ce n’est que ta sexualité infantile qui remonte ». De telles affirmations sont des crimes contre le rêve, des tentatives de meurtre.

Or ce qu’on fait à un rêve, on le fait à sa propre âme, nous disait Jung en nous mettant en garde.

Il nous faut donc abandonner une certaine prétention à l’objectivité du travail avec les rêves. Nous ne pourrons que résonner subjectivement au rêve, et laisser celui-ci se déployer dans son objectivité qui lui est propre. Jung parlait de « l’objectivité de la psyché » en parlant du rêve, c’est-à-dire qu’il disait que la psyché nous renvoyait un reflet dans un miroir objectif. Certains interprètes de rêve veulent croire que leur méthode et théorie leur permet de prétendre à être eux-mêmes objectifs dans leur interprétation. On alors est devant le syndrome du moi qui s’identifie au Soi, de l’humain qui se prend pour Dieu – ils disent simplement et naïvement ainsi qu’ils sont en inflation. C’est la psyché et le rêve qui sont objectifs, et l’interprète est nécessairement subjectif, déterminé et aveuglé par son propre inconscient. Il faut se garder de toute affirmation quant à la vérité du rêve.

Quand le message du rêve nous parvient, on le sent. C’est un mouvement intérieur, un haha !

Nous devons donc toujours réaffirmer avec Von Franz, la proche collaboratrice de Jung, que « toute interprétation est une projection », n’en déplaise à ceux qui ont cru pouvoir s’élever au-dessus de leur propre subjectivité, en particulier chez les jungiens.

C’est là qu’intervient la notion de résonance. En physique, un matériau résonne à un autre matériau quand il vibre à la même fréquence que ce dernier. Prenez deux plaques de métal posées l’une en face de l’autre. Donnez un coup dans l’une d’elle. Cela va faire un son. Après un moment la seconde plaque de métal va, sous l’influence du son qui est la propagation de la vibration dans l’air, se mettre à vibrer à la même fréquence que la première. Pour le vérifier, poser votre main sur la seconde plaque de métal. Vous serez surpris de sentir qu’elle vibre…

L’expérimentation en cercles et loges de rêves m’a montré que nous résonnons spontanément aux rêves. C’est-à-dire que chacune des personnes qui entend un rêve éprouve des ressentis émotionnels et physiques, et voit monter en elle des images intérieures, qui répondent au rêve. Quand ces images et ressentis sont exprimés à la personne qui a rêvé, le rêve est mis en mouvement dans la psyché de cette personne, c’est-à-dire que s’ouvrent tout à coup des perspectives insoupçonnées qui amènent à une compréhension inédite du rêve. Il n’est pas question de proposer une interprétation du rêve mais seulement des résonances dans le senti, et des images qui tiennent tout à fait de la projection assumée – chacun.e offre sa résonance subjective au rêve.

En loges de rêves, le rêve n’est pas interprété, il est déployé en de multiples facettes.

Moins on croit en savoir sur les rêves, plus c’est facile. Les seules personnes qui ont de la difficulté avec ce travail sont les interprètes et les analystes de rêves qui montent tout de suite dans leurs têtes au lieu de rester en contact avec le senti du rêve. Ce sont les même qui s’offusquent éventuellement des projections proposées en réponse au rêve, sans réaliser que dès lors que la subjectivité de ces images est assumée, le rêveur ou la rêveuse est libre d’en faire ce qu’il ou elle en veut, sans le prendre pour argent content. En fait, leur effroi est le reflet de leur propre inconscience devant les dégâts qu’ils peuvent faire en assenant leurs interprétations en leur donnant force de vérité. Ils sont invités à descendre de leur piédestal de sachant à propos du rêve, et ce n’est pas facile du tout.

Pour tous les autres, qui ont la simplicité de cœur qui consiste à être simplement en contact honnête avec leur ressenti, c’est une voie royale dans laquelle il n’est besoin d’aucune connaissance psychologique préalable. Ils rejoignent en cela nos ancêtres, qui n’ont pas attendu que nous ayons des universités pour très bien comprendre les rêves qui leur advenaient.

Curieusement, il n’est même pas besoin de connaître le contexte. Plus nous avons de contexte à propos d’un rêve, plus nous sommes portés à analyser, c’est-à-dire à tirer des liens conscients entre les éléments. Or ce dont il est question ici, c’est de la résonance dans le senti.


Quelques principes simples guident ce travail :

Le rêve est vivant. On le constate au fait qu’un rêve a plus ou moins de vitalité, contient plus ou moins d’énergie psychique. Il arrive souvent qu’une personne vienne dans un cercle avec dans l’idée de présenter un rêve, et que ce soit un autre rêve qui se précipite au moment où elle arrive dans le cercle en disant : « moi, moi ! ». Plus avant, le rêve a sa propre volonté et sa capacité propre de trouver ses voies pour faire parvenir ce qu’il veut à la conscience du rêveur, de la rêveuse…

Nous pouvons faire confiance au rêve, au lieu de prétendre l’assujettir à une méthode, pour trouver son propre chemin. J’ose dire que si les rêves amènent une compréhension éclairante, c’est le plus souvent non pas grâce aux méthodes employées pour le faire parler, mais malgré les méthodes, qui tiennent souvent des forceps, alors que l’accouchement du rêve est naturel.

Quand nous entendons un rêve, il devient notre rêve. Ce sont aux images qu’il a suscité en nous que nous résonnons. C’est ce qui nous permet de rester ancrés dans la subjectivité du rêve.

Les rêves viennent d’un espace où nous ne sommes pas séparés. Il n’est pas rare qu’une personne reçoive la réponse dont elle avait besoin aux questions qu’elle se posait en entendant le rêve d’une autre personne – c’est ce que je constate depuis longtemps dans les cercles de rêves, et qui m’a permis de toucher à la réalité vivante de l’inconscient collectif dont parlait Carl Jung. C’est ce qui nous permet d’entrer en résonance avec le rêve et de toucher aux aspects transpersonnels de celui-ci.

Le rêve est une énergie qui cherche à s’incarner. En fait, il ne s’agit pas tant de comprendre ce que veut dire le rêve comme s’il s’agissait d’un message. Cette vision du rêve comme d’une lettre qui nous serait envoyée par un sage résidant en nous est très limitée. Selon la vision des peuples premiers amérindiens, le rêve est la réponse créative qui nous renvoie la Source lorsque nous lui apportons, au cours de la nuit, nos expériences de vie. C’est une énergie qui cherche à provoquer un mouvement de vie en nous...

Il faut éviter de parler sur le rêve comme si nous en étions séparés, pour chercher plutôt à faire parler le rêve à travers nos ressentis. Le rêve prend voix à travers nos sensations, nos émotions, les images intérieures qu’il suscite en nous. Il s’agit d’écouter le rêve en profondeur, à l’intérieur, pour être capable de lui prêter notre voix en toute humilité, avec notre subjectivité.

Je n’insisterai jamais assez sur le fait que l’élément essentiel de ce travail ne tient pas dans une méthode mais dans une éthique du travail, c’est-à-dire dans une certaine qualité de relation au rêve et aux personnes qui rêvent. C’est l’attitude intérieure de la personne qui facilite le travail, que ce soit en cercle de rêves ou dans le cabinet analytique, qui va permettre à l’esprit du rêve d’opérer son Alchimie dans l’athanor. On peut parler alors à juste titre du travail de l’Esprit Saint tant les résultats sont parfois miraculeux, et tant pis pour celles et ceux qui ne veulent pas entendre parler du caractère sacré de ce travail, qui tient de la célébration du Mystère, de la communion. Quand je parle ici de "miracle", je ne veux pas dire que quelqu'un s'est mis à marcher sur l'eau dans sa baignoire ou parler de guérison miraculeuse mais simplement de changement radicaux de perception dans le registre qu'évoque Marianne Williamson dans son livre Un retour à l'amour.


C’est à partir de là, de ces prémisses et de l’expérimentation tant en loges de rêves, en laboratoire avec de petits groupes de chercheuses et chercheurs, que dans le travail analytique en tête à tête, que cela devient passionnant…

Tout ce que j’ai dit précédemment s’enrichit encore de deux éléments qui ont une portée à mon sens encore insoupçonnée et qui constituent le cœur de cette approche que j’appelle désormais l’Écoute Intérieure du Rêve.

Les deux dernière idées que je veux vous amener ici coulent de source à partir de ce qui précède et s’appliquent aussi bien dans le travail en cercle ou loges de rêves que dans le travail individuel. Elles pavent la voie à une approche direct du cœur du rêve.

La première de ces idées, qui découle du principe qui veut que le rêve est une énergie vivante, est que le rêve est produit par l’intelligence globale du corps, et non par le seul cerveau. Il y a des preuves expérimentales de cette affirmation comme par exemple le fait avéré que la mémoire du rêve et dans le corps, ou le constat de ce que les émotions s’inscrivent dans le corps (voir par exemple le travail de libération des cuirasses de Marie-Lise Labonté, et toutes les approches psycho-corporelles). C’est le corps qui résonne aux images de rêves, et non le mental, qui n’est pas capable de résonner, mais seulement de raisonner. Comme disait le chaman Chura à Luis Ansa dans les Sept Plumes de l’Aigle : un cerveau, ça ne sent pas…

C’est le corps, et notre ressenti corporel et émotionnel (mais les émotions sont toujours inscrites dans le corps) qui sont notre principal instrument pour résonner à un rêve, pour nous orienter dans la direction que suggère l’énergie du rêve. Il ne s’agit pas pour autant de dissocier le corps du mental mais plutôt d’entrer dans une vision unitive de l’ensemble corps-mental, de la même façon que les bouddhistes parlent du body-mind en affirmant de façon tranchante : il n’y a rien d’autre que le corps et le mental. C’est-à-dire qu’il y a le ressenti et la re-présentation que nous nous en faisons, de quelque ordre que ce soit cette représentation : intellectuelle, symbolique, etc.

C’est l’ancrage dans le senti du corps qui nous permet de savoir si nous faisons fausse route, ou si nous sommes en accord avec le rêve. C’est dans le corps que le mouvement intérieur du rêve est ressenti, et c’est encore dans le corps que se produit le déclic éclairant du rêve intégré.

J’ai été amené à cette conclusion par différents biais. D’abord, ma pratique conjointe de la méditation et du travail avec les rêves m’a amené, dès les premiers cercles de rêves que j’ai donné en 2007, à expérimenter avec l’interprétation des rêves selon qu’elle était précédée par des méditations actives ou non. J’ai constaté alors que plus nous étions ancrés dans le corps par des pratiques de pleine conscience, plus l’interprétation était économe de mots et pertinente, pour ne pas dire percutante. J’en ai tiré un principe simple de travail :

On devrait toujours approcher un rêve en pleine conscience.

Si on n’est pas en pleine conscience au moment de l’écoute d’un rêve, on est « parti » dans notre tête, dans le passé ou dans le futur, dans un jugement ou dans une théorie. L’ancrage dans la pleine conscience de notre corps, de notre senti, est le fine tuning de notre instrument d’écoute.

Ensuite, j’ai beaucoup expérimenté depuis deux ans avec le déploiement du rêve dans des exercices sonores (chant spontané) et/ou corporels (mouvement authentique, rituels spontanés). J’ai constaté que ce type d’exercice amplifiait remarquablement l’intégration de l’énergie du rêve, au point qu’il n’était plus vraiment important de le comprendre. Le rêveur ou la rêveuse est tout simplement amené.e « ailleurs », plus loin, par l’énergie du rêve mise en mouvement.

Enfin, j’ai constaté dans mes premiers ateliers d’écoute intérieure du rêve que ce dernier résonne d’autant plus clairement qu’on laisse d’abord le corps s’exprimer, et les autres étages (émotionnel, intellectuel, etc) s’exprimer ensuite. Ainsi, j’ai été amené à proposer en loges de rêves que la personne qui résonne à un rêve prenne d’abord la posture que lui inspire le rêve, et offre sa résonance à partir de cette posture, en la maintenant. Cela est cohérent avec le fait que l’énergie de notre psyché se traduit de façon primaire, et généralement inconsciente, par une posture associée à un ressenti, ce qu’apprennent à déchiffrer les personnes habituées à la lecture du langage corporel. Il s’est avéré que plus l’ancrage dans le corps était approfondi, plus la résonance était incisive, avec une économie de mots, et encore une fois, pertinente sinon percutante.

L’autre idée qui s’avère déterminante pour ouvrir la perspective de l’écoute intérieure du rêve, c’est que chaque élément du rêve a sa propre subjectivité, c’est-à-dire qu’il est lié à un ressenti émotionnel et corporel, et qu’il a des choses à dire, sa propre voix, sa volonté. C’est la conséquence pratique d’un lieu commun à propos des rêves qui veut que tout ce qu’il y a dans un rêve fait partie de nous. Je dis que c’est un lieu commun car ce n’est pas tout à fait vrai si l’on s’en tient à une définition seulement personnelle de ce « nous » : tout ce qu’il y a dans un rêve ne fait pas nécessairement partie de « moi ». On touche parfois (souvent) par là à des choses qui sont au-delà de notre petit « moi » et même de notre inconscient personnel. Mais le point qui est important, c’est que même si les symboles du rêve nous relient à des éléments de l’inconscient collectif, nous y avons un accès par l’intérieur, par notre ressenti. C’est là qu’on entre dans le domaine du travail du rêve avec l’imagination active, ou mieux, avec l’imagination créatrice…

La clé, que m’a amené un analyste jungien nommé Robert Bosnak, dont je parle en particulier dans une conférence que vous pouvez voir ici, c’est que le rêve s’avère être un écosystème dynamique de subjectivités qui interagissent. Le rôle de la conscience dès lors est d’entrer en relation avec ces différentes subjectivités, qui sont autant de points de vue différents qui vivent en nous, et aussi de faciliter la prise de conscience que ces différentes subjectivités peuvent avoir les unes des autres. Car comme nous, elles ont tendance à se croire isolées, seules au monde, mais en réalité, personne n’existe seul, sans être en relations. Dès lors, il se produit un effet de seuil remarquable quand la conscience tient ensemble toutes ces subjectivités, les amène à co-exister consciemment avec en particulier une conscience claire des ressentis liés à chacune d’elle. Il se produit alors généralement une ré-organisation du système psychique dans ce qu’on appelle une « transition de phase », c’est-à-dire que le système passe par un « saut quantique » d’un état de relatif désordre à un nouvel ordre émergent. Je vous renvoie aux thèses d’Illya Prigogyne sur les système dissipatifs pour les détails de cette métaphore à caractère physique, mais non seulement puisqu'elle concerne tous les systèmes énergétiques.


Prenons rapidement l’exemple d’une image de rêve simple. Le rêveur rêve qu’il est dans la rue, devant un pot de fleur, et qu’au moment où il constate que la fleur qui est dans ce pot manque d’eau, et est en train de se dessécher, une voiture passe qui klaxonne et le fait sursauter. Il lève alors la tête et voit une jolie femme venir vers lui sur le trottoir.

Avec l’écoute intérieure du rêve, on va éviter d’aller dans l’interprétation pour commencer même s’il y aurait des avenues assez évidentes. En tant que facilitateur, ma résonance est qu’il serait bon de savoir ce qui se passe si le rêveur donne de l’eau à la plante, mais d’abord, nous allons explorer le rêve en questionnant :

Comment se sent le rêveur ? Il est un peu perdu, avec les jambes qui flageolent un peu. Comment est cette rue ? Elle est ouverte, ensoleillée. Qu’est-ce que c’est d’être un pot de fleur ? Tout de suite, le rêveur parle d’un resserrement dans sa poitrine, d’une légère difficulté à respirer avec un sentiment d’oppression. Allons voir plus loin : qu’est-ce donc que d’être une fleur qui a soif dans ce pot de fleur ? Une tristesse monte avec une pointe au cœur. Qu’a-t-elle à dire ? A partir du ressenti, c’est très clair : occupe-toi de moi.

Avant de donner à boire à cette plante en imagination, voyons les autres éléments du rêve. Qu’est-ce donc que ressent cette voiture qui klaxonne ? Ça fourmille dans les jambes. Il y a un élan là vers la vie, une envie d’avancer. Elle klaxonne pour dire « je suis là. Réveille-toi ! ». D’où le sursaut du rêveur. Et cette femme, que vient-elle faire là ? Que ressent-elle ? Ah, là ce n’est pas facile car le rêveur commence à parler de ce qu’il ressent en voyant cette femme : elle est jolie, lui semble attirante et enjouée. Il aimerait entrer en relation avec elle, lui parler mais il n’ose pas. Oui... mais que ressent-elle donc, elle ? Une tension dans les épaules, les bras. Elle est impatiente. Elle en a marre, elle a envie qu’il se secoue.

Que se passe-t-il donc quand le rêveur donne à boire à la plante ? Dans son imagination, la femme sourit et se détend. Il y a une possibilité de rencontre. L’oppression disparaît, la poitrine s’élargit. Il y a une envie de danser qui se fait sentir dans les jambes. Et que se passe-t-il si on reprend maintenant l’ensemble des ressentis subjectifs en les maintenant ensemble : tout à la fois les jambes qui flageolent et l’ouverture ensoleillée, le sentiment initial d’oppression, l’élan avec le fourmillement, la tension dans les épaules… et en examinant le ressenti de libération ? Un blanc. Je ne sais pas, dit le rêveur. Ah oui, il est vraiment temps que je me mette au projet créatif que je repousse depuis si longtemps, ajoute-t-il enfin en souriant…

A partir de là, il peut être intéressant de proposer une interprétation, une analyse du rêve, car elle prendra un sens profond. Symboliquement, la fleur est volontiers liée au sentiment, qui a donc besoin d’être arrosé : la dimension du cœur réclame une attention. La voiture symbolise souvent la façon de conduire sa vie, et demande donc que le rêveur se réveille. On reconnaîtra dans la femme une figuration de l’anima, le féminin intérieur de l’homme, qui est généralement porteuse entre autres choses de sa créativité. Elle est impatiente qu’il s’y mette. A terme de cette discussion, le rêveur arrive beaucoup plus facilement à imaginer entrer en relation avec elle. D’ailleurs, il lui semble qu’elle sourit. On peut entrer dans un dialogue en imagination active…


A partir de ces éléments que je vous ai proposé plus haut, dont vous aurez bien compris qu’ils ne sont pas des certitudes théoriques mais des hypothèses de travail validées par l’expérience, s’ouvrent d’innombrables pistes de recherche. Ce ne sont que des tremplins pour plonger dans l’océan du rêve. C’est le plongeon qui est intéressant, pas le tremplin. Parmi ces pistes, celles qui m’intéressent le plus sont d’explorer le lien entre rêves et créativité, et d’observer en particulier le déploiement de ces idées dans la création artistique et dans (mon dada) l’écriture, qui est, au moins dans le registre de la fiction, une façon de rêver les yeux ouverts.

Une autre piste ouverte par ces recherches, c’est la possibilité de travailler avec des constellations de rêves, dans lesquelles différentes personnes vont représenter les symboles vivant dans le rêve. Une forme de psychodrame, dans lequel le ressenti, et encore une fois le corps, permettent de faire vivre le rêve dans sa dimension collective. Mais j’ai développé ce thème dans un article spécifique.

Le dernier point que je veux souligner à propos de cette approche du rêve, c’est qu’elle repose sur l’idée qui veut que seul le rêveur ou la rêveuse peut vraiment entendre ce que le rêve cherche à lui communiquer, parce que c’est cette personne qui rêve qui ressent cette énergie faire son chemin en elle. Les autres vont aussi entendre le rêve, mais ce qu’ils entendront, c’est leur résonance au rêve, le chemin subjectif qu’il fera en eux. Ceci étant posé, il faut considérer ceci :

Le Soi, dont vient le rêve est en nous, et nous sommes dans le Soi.

Le « savoir absolu » du Soi, dont le rêve est une expression objective, est notre savoir oublié à propos de nous-mêmes, de notre véritable nature.

Une définition alternative de l’inconscient, c’est qu’il est simplement ce que nous ne savons pas que nous savons, mais nous le savons quand même, intuitivement, instinctivement.

Le pire que nous puissions faire, c’est de nous couper de nous-même, de notre âme, de ce qui sait et qui aime en nous. Par exemple en mettant la source des rêves ou la capacité d’entendre nos rêves à l’extérieur de nous…

Il s’agit donc simplement d’écouter, avec une oreille aussi fine que possible, en arrêtant de parler tout le temps pour commenter ce qui se passe, pour l’expliquer, etc. Alors nous rendons conscient ce que nous avons toujours su, mais que nous avions oublié, et que les rêves, mais aussi les synchronicités et tout ce qui fait le côté souriant de la vie, qui nous aime, ne cesse de chercher à nous rappeler.

Tout cela était connu de longue date par les anciens. En témoigne une histoire qu’aimait raconter Jung : on demanda à un rabbin pourquoi il n’y avait plus de prophètes et de voyants comme par les temps passés, quand ils arpentaient le désert ? Oh, c’est simple, répondit-il, il n’y a plus personne pour se pencher assez bas pour entendre...


Encore une fois, non seulement ces idées ne remettent pas en question tout ce que Jung et la psychologie des profondeurs ont mis en lumière mais au contraire, couronnent celles-ci. Plus que jamais, les notions d’archétypes et d’inconscient collectif en particulier sont sollicitées, tout comme les pratiques de l’ordre de l’amplification symbolique et de l’imagination active. Nous verrons que même l’interprétation analytique du rêve retrouve sa juste place au terme de cette aventure dans l’espace du rêve à laquelle je vous convie.

Je dois dire enfin que je n’ai rien inventé.

Non seulement Carl Jung et Marie-Louise Von Franz ont formulé des idées qui forment bien souvent les prémisses et les fondations à partir desquelles il devient possible d’édifier solidement l’approche du rêve que je propose, mais d’innombrables analystes jungiens ont déblayé les voies que je parcoure. Je cite en particulier Marion Woodman, qui exigeait de ses analysants qu’ils s’impliquent dans un travail corporel pendant leur analyse, et qu’ils développent par là leur conscience corporel, qu’ils affinent leur senti. Un autre analyste jungien envers qui j’ai une dette certaine est Robert Bosnak, dont je parle rapidement plus haut. Et bien sûr, je me dois de rendre ici hommage à mon mentor Nicolas Bornemisza qui a, en reconnectant la psychologie des profondeurs et les voies d’éveil du Yoga et du Tantra, ouvert une porte sur un jardin que je ne cesse d’explorer.

Mais il n’y a pas que les jungiens qui ont ouvert des perspectives essentielles au travail avec les rêves. Bien sûr, il convient de rendre hommage à Freud, qui a redonné ses lettres de noblesses au rêve et aux freudiens, en particulier à Lacan et à Françoise Dolto. Mais je songe aussi et surtout à Fritz Perl, le père de la Gestalt, et à Eugène Gendlin, à qui on doit le Focusing, des approches qui remettent le corps et les émotions au centre de l’écoute des rêves. Je dois beaucoup aussi à Connie Cokrell-Kaplan, dont les cercles de rêves m’ont beaucoup inspiré pour élaborer les loges de rêves.

Enfin, à tout seigneur, tout honneur, je ne peux terminer cet article sans rendre hommage à Alejandro Jodorowsky, dont la psychomagie est certainement l’expression la plus avancée que je connaisse de ce travail avec le fameux inconscient, et à mon enseignant spirituel, Richard Moss. Mais les mots ne suffisent pas pour dire tout ce que je lui dois...


Mise à jour du 27 septembre 2022

Je vous invite à visionner cette vidéo où je présente en détail l'approche de l'écoute intérieure des rêves ainsi que la formation que ma compagne et moi-même donnerons à partir de janvier 2023 à cette méthode :


Pour plus d'information concernant la formation, voyez le Flyer Formation 2023 ou le document de présentation de la formation.

lundi 22 juillet 2019

Constellations de rêves


La première fois, il y a plus de 10 ans, que j’ai participé à une session de constellations familiales, j’ai été proprement esbaudi. J’en suis sorti en marchant pour ainsi dire sur les mains. Je me disais : « voilà, on a trouvé l’appareillage expérimental qui prouve la dimension collective de l’inconscient ! » En physique, rien n’importe plus que l’appareillage expérimental. On peut développer toutes les théories que l’on veut, se livrer à des calculs infiniment complexes mais tant qu’on n’a pas élaboré l’expérience qui prouve la théorie, celle-ci reste du vent. Par exemple, l’existence du boson de Higgs a été postulée mathématiquement en 1964 mais n’a été démontrée qu’en 2012 dans ce qui relève d’un exploit absolu de la science expérimentale grâce à l’utilisation du Large Hadron Collisionner du CERN, un énorme dispositif permettant de faire entrer en collision des protons à haute énergie, qui a requis la collaboration de milliers d’ingénieurs et de chercheurs. Et voilà donc que, pour mettre en évidence une caractéristique fondamentale de la conscience, il suffit d’une poignée d’humains jouant à un drôle de jeu, me disais-je en jubilant. Et puis j’ai assez vite déchanté : bien sûr, si le dispositif expérimental repose sur des humains, cela ne prouvera rien à ceux qui ne se livrent pas à l’expérience. Je n’ai pas fini de réfléchir à ce paradoxe de la nature de la conscience, qui veut que l’on ne puisse l’approcher qu’au travers de la subjectivité. Mais dès lors, j’ai commencé à penser aussi à la possibilité de consteller un rêve, de le travailler en constellation systémique. 

Le principe du travail en constellation est de représenter un système d’interactions psychiques au travers de personnes qui se prêtent au jeu en tant que représentants, et d’observer par là les dynamiques propres à ce système. Le champ d’application le plus connu de cette méthodologie est la thérapie familiale, si bien que cette approche a été popularisée sous le nom de « constellation familiale » qu’on assimile improprement à une forme de psychothérapie fondée sur des jeux de rôles et des psychodrames. Je dis « improprement » car cette définition évacue le principal intérêt des constellations qui tient au fait que les représentants ne jouent pas de rôles théâtraux mais sont affectés par des ressentis qui ne peuvent être compris que dans le cadre de l’observation du système représenté. La méthode des constellations familiales a été mise au point par Bert Hellinger, un ancien prêtre converti à la thérapie. Elle s’intéresse à la mise en lumière des conflits dans un système familial en tenant compte de sa dimension transgénérationnelle mais aussi de tous les éléments participant à l’inconscient de ce système. Ainsi, s’il a fallu qu’un amant s’écarte ou meure pour que se rencontrent le grand-père et la grand-mère dont l’union a abouti, quarante-cinq ans plus tard, à la naissance de la personne dont le système est constellé, il sera tenu compte de cet amant dans la représentation, qui encore une fois n’a rien à voir avec une simple mise en scène. 

Lors d’une session de constellation familiale, toutes les personnes impliquées dans le système familial sont représentées par des représentant.e.s qui ne savent rien d’eux. Une fois qu’ils ont été disposés dans l’espace, on observe les interactions, et en particulier qui voit qui, qui est en relation avec qui. Mais surtout, on interroge chacun.e des représentant.e.s sur leur ressenti, et alors, on entend souvent des choses surprenantes, comme si le représentant était « branché » directement sur le vécu de la personne représentée, qu’elle soit vivante ou décédée, présente ou absente. Il n’est pas rare que des secrets familiaux soient révélés dans ce qui ressemble à des séances de médiumnité collective, et cependant en diffère fondamentalement car il n’est normalement aucun ego sur patte pour prétendre là être « le médium », avoir des capacités particulières de voir dans l’invisible. Toutes les personnes impliquées dans la constellation médiatisent le système, et l’invisible parle tout seul. Tout l’art de la personne qui facilite le travail est alors de mettre en évidence les dynamiques, de dénouer les nœuds relationnels, de faire en sorte que tous et toutes soient vu.e.s et entendu.e.s, de redonner à chacun.e.s sa place dans le système, d’aider à la reconfiguration de ce dernier. Non seulement la personne qui fait consteller son système familial ressort souvent transformée de la session, mais il est fréquent que des personnes distantes soient affectées au travers de fortes synchronicités, que des relations évoluent soudainement de façon surprenante.

J’ai été représentant à quelques reprises dans des sessions de constellation familiale et j’ai été à chaque fois impressionné par la force des ressentis émotionnels et corporels qui m’ont alors affecté sans que je ne puisse leur trouver de cause autre que l’implication dans le système. Je me souviens d’une fois où je me suis senti vidé de toute énergie, les jambes molles et le ventre en révolution, dès que j’ai été désigné pour représenter l’oncle d’une constellante. Je suis entré dans l’espace du système à reculons, avec l’envie de me cacher jusqu’à ce qu’une énorme colère me prenne quand j’ai été mis en face de la personne qui représentait le grand-père. Cela s’est éclairci quand j’ai appris que cet oncle était mort dans les Aurès après avoir tout tenté pour échapper à la guerre d’Algérie, et avoir subi les brimades et moqueries de son père, militaire qui s’estimait déshonoré par ce pacifiste. Il a fallu que je hurle cette colère qui était devenue mienne, et qu’enfin mon « père » me prenne dans ses bras pour que je sois apaisé, et en même temps que moi, la constellante a été soulagé d’un énorme poids qui lui ôtait tout désir de « se battre » dans la vie. 


Mais l’expérience la plus déterminante pour moi a été la constellation d’un poème de Hafiz. J’assistais, en tant qu’observateur, à une session de formation en constellations quand la formatrice a lu un poème et a demandé qui voulait le consteller. J’ai été fort surpris de sentir ma main se lever d’elle-même. Je ne vous raconterai pas ce travail par le menu car ce serait bien trop long. Je peux dire qu’il a transformé ma vie en mettant en lumière une dynamique qui m’était complètement inconsciente. Je me souviens de mon émotion quand j’ai réalisé que l’homme que j’avais désigné pour me représenter ressentait l’angoisse qui me travaillait alors bien souvent. Il était devenu pâle comme un linge, et ses yeux soudain étaient emplis d’une tension que je connaissais trop bien. Je suis allé m’excuser auprès de lui à la fin de la session de lui avoir infligé cette épreuve, ce à quoi il a souri : il était habitué à se prêter à ce travail. Mais l’enseignement le plus remarquable que j’ai retenu de cette session a donc été que l’on peut consteller tout ce qui participe à un système psychique, incluant par exemple la relation à l’argent ou à l’amour, un poème ou un film qui nous inspire, un rêve, etc. C’est à partir de là que j’ai commencé à songer sérieusement à la possibilité de consteller un rêve. Et la nuit suivante, comme en écho à ces interrogations naissantes, j’ai rêvé que ma femme, mes filles et moi-même nous tenions chacun dans un coin d’une pièce, comme si nous occupions chacun une place dans un espace défini. Il s’agissait clairement que nous entrions en relation les un.e.s avec les autres. J’ai compris alors ce rêve comme me proposant une direction de travail, mais je ne saisissais pas bien encore quelle elle pouvait être. 

A partir de là, j’ai donc commencé à me renseigner sur le travail des rêves en constellation. J’ai entendu parler de plusieurs praticiens qui s’y essayaient mais je n’ai jamais eu l’occasion d’échanger avec aucun d’eux. Il m’a fallu faire mon propre chemin avec ça. Après avoir étudié plus en profondeur le travail de Bert Hellinger, j’ai commencé à me livrer à différentes expérimentations voilà un peu plus d’un an. J’ai eu la chance de pouvoir approfondir ces expérimentations avec un petit groupe de recherche au cours de la dernière année, et mon approche théorique du rêve en constellation a été enrichi de façon décisive par les travaux de Robert Bosnak, dont je parle dans mon article précédent : au-delà de l’interprétation des rêves. Bosnak met en lumière le fait que le rêve est un écosystème de subjectivités qui se caractérisent par des sensations corporelles, des émotions et un langage spécifiques, des postures singulières tant physiques que psychologiques, une façon de voir les choses, un « point de vue » dans une dynamique complexe tissée de multiples points de vue.  Ce n’est que récemment, avec l’aide de ce petit groupe de recherche qui s’est prêté à l’expérimentation en laboratoire, que j’ai vu émerger une forme satisfaisante du travail d’un rêve en constellation. L’ingrédient essentiel s’est avéré être le corps, c’est-à-dire l’attention scrupuleuse accordés, au cours du déploiement de la constellation, aux ressentis émotionnels et surtout corporels de la personne qui constelle son rêve.

Voici, à partir de l’exemple d’un rêve déployé en constellation, une présentation rapide de la méthodologie. La rêveuse est une femme en pleine transition de vie, qui se cristallise tout particulièrement dans une violente crise professionnelle. Elle reçoit alors ce rêve :

Je suis sur un lieu sinistré dont je fais le tour comme pour y faire mes adieux. Je suis en hauteur. Le lieu est inerte, désert, triste et froid, une eau glauque noirâtre a envahi les lieux au sol.

Je suis habillée d’une façon élégante et raffinée qui me va bien. Je ne suis pas atteinte par cette noirceur.

Je perçois que mes collègues dirigeants sont là, je ne les vois pas sauf celle qui assure l’intérim de mon poste de direction et qui m’aperçoit. Elle me lance «  tu es belle ».

Je m’approche alors de ma petite valise rouge qui est ouverte, où un grand sac de terreau universel prend toute la place. Je me dis que ce terreau n’est plus adapté à la situation à venir et je le remplace par un sac plus petit d’engrais pour rosiers.

Le rêve est d’abord accueilli dans une loge de rêves où, sans analyse ni prétention à l’interprétation, les membres du cercle lui font écho dans leur ressenti et leur imaginaire. Il en ressort une évocation de la fertilité des eaux noires, puis du terreau et de l’engrais, et une invitation à cultiver son jardin en y faisant pousser des roses. Bien sûr, le contexte de la crise professionnelle que vit la rêveuse s’impose, mais le rêve lui donne une perspective existentielle plus profonde. Une carte du Symbolon tirée au début de la session par la rêveuse symbolisait merveilleusement son sentiment de passer en jugement dans son ancien travail :


Le conflit ressort dans la présence en arrière-plan des collègues dirigeants, mais ils sont comme dépotentialisés (invisibles) et l’accent est mis sur sa belle persona (le fait qu’elle soit bien habillée) ainsi que surtout sur l’affirmation « tu es belle » que lui lance celle qui l’a remplacée. On peut voir là une symbolisation de la résilience de la rêveuse, éventuellement compensatoire de la blessure du jugement, qui la conduit à envisager l’avenir autrement. Elle reconsidère ce qu’elle emmène avec elle, son bagage. Et finalement, elle semble dès lors invitée à faire ce qu’elle aime, car les roses sont le symbole de l’amour, non seulement romantique mais surtout comme tenant du désir secret de l’âme, et qu’à ce point dans sa vie, le « terreau universel » n’est plus adapté. Il s’agit peut-être de sacrifier le désir d’être capable de tout faire pour se concentrer sur les rosiers et les roses. Dans le contexte du jugement, il pourrait bien s’agir d’une invitation à laisser tomber la culpabilité de ne pas « y arriver » dans son ancien emploi, pour s’occuper plutôt de faire ce qui est important pour elle. Mais même si le rêve montre clairement une dynamique positive, sa compréhension ne permet pas à la rêveuse d’échapper au sentiment d’être aux prises avec les eaux noires de l’inconscient. Nous avons donc décidé de concert de consteller ce rêve qui se prête très bien à ce genre de travail. 

Pour ce faire, il faut commencer par recenser tous les symboles du rêve et désigner pour chacun d’eux, en commençant par le « moi de rêve » de la rêveuse, un représentant. Tous les éléments du rêve, incluant les lieux et les objets inanimés, peuvent être représentés, selon le principe qui veut que tous les éléments du rêve font partie de la psyché qui rêve. Ce sont autant d’éléments distincts de subjectivité auxquels il s’agit de donner voix, et que le rêve, amplifié par la constellation, met en relation. Ici, la rêveuse a désigné des représentants pour elle-même, le lieu sinistré, l’eau glauque et noirâtre, les habits de la rêveuse, les collègues dirigeants, la directrice qui la remplace, la valise rouge, le sac de terreau universel, le sac d’engrais pour rosiers. Idéalement, il faut désigner un représentant distinct par symbole, mais il est possible qu’une personne représente plusieurs symboles, ce qui a été notre cas lors de cette pratique car nous étions un nombre insuffisant.

Une fois les représentants désignés, la rêveuse lit le rêve phrase après phrase, en prenant le temps de bien ressentir ce qui se passe en elle à chaque étape. Et, au fur et à mesure de l’activation des symboles, les représentants entrent en scène et vont se positionner selon leur intuition et leur ressenti. Ainsi, la première phrase fait entrer en jeu la rêveuse et le lieu :

Je suis sur un lieu sinistré dont je fais le tour comme pour y faire mes adieux. 

Les personnes représentant la rêveuse et le lieu sont interrogées sur ce qu’elles ressentent tandis que la première tourne autour de la seconde. La principale difficulté à ce point est de s’en tenir aux ressentis et d’éviter les élaborations mentales en forme de : « je pense que... ». Ce sont les ressentis physiques et émotionnels qui nous intéressent, pas ce que les représentants imaginent. Ici par exemple :

- rêveuse : j’ai les jambes lourdes, j’ai du mal à avancer…

- lieu : je me sens vide, abandonné…

… Une eau glauque noirâtre a envahi les lieux au sol.

La personne qui a représenté l’eau noirâtre dit qu’elle se sentait irrésistiblement attiré par la terre, avec le besoin d’être enterrée. Elle s’est retrouvée couchée en croix sur le sol dans le besoin d’être accueillie par la terre, de s’en remettre à celle-ci. La terre dès lors sera un des fils conducteurs du rêve jusqu’au sac d’engrais en fin de celui-ci. La représentante de la rêveuse exprime à son tour sur ce qu’elle ressent en présence des eaux noires, et finalement, la rêveuse est interrogée sur son senti corporel. Elle a la gorge bloquée, c’est un ressenti fort et elle semble avoir du mal à respirer. Ce ressenti va évoluer tout au long de la session au fur et à mesure de ce que le rêve est déployé. Nous allons suivre l’évolution du blocage énergétique qui va descendre dans le plexus.

On procède ainsi phrase après phrase, en interrogeant les représentants sur l’évolution de leurs ressentis dans chaque étape. Ainsi, il est intéressant de savoir ce que ressent la personne représentant la rêveuse quand il s’avère qu’elle est en hauteur, puis quand il est dit qu’elle est habillée de façon élégante et raffinée, quand elle est complimentée par la directrice, quand elle constate qu’un grand sac de terreau universel prend toute la place de sa valise rouge, etc. Au fur et à mesure de leur intervention, l’eau glauque et noirâtre, les habits, les dirigeants, la directrice, la valise rouge, le sac de terreau et le sac d’engrais sont aussi interrogés sur leurs ressentis. On prête attention aux moindres modifications de la configuration, et par exemple, il faut interroger le sac de terreau sur comment il se sent de prendre toute la place, puis à l’idée d’être remplacé par un petit sac d’engrais. 

Mais le point clé du travail du rêve en constellation tient à la nécessité de revenir régulièrement, étape après étape, aux ressentis émotionnels et surtout corporels de la personne dont le rêve est constellé. Sans ce retour, le rêve est essentiellement objectivé par la représentation des symboles, c’est-à-dire que ceux-ci deviennent extérieurs à la personne qui a rêvé. On en arrive alors facilement à l’impression que le rêve est objectif, et par exemple dans notre cas, qu’il parle essentiellement de la situation de crise professionnelle que vit la rêveuse. Pour éviter cet écueil, il faut interroger la rêveuse sur ce qu’elle ressent à chaque fois qu’elle a lu une phrase, mais aussi et surtout après que les représentants se soient exprimés, et en prêtant donc particulièrement attention aux ressentis corporels qui ancrent l’énergie du rêve. C’est là que l’on relève les évolutions les plus significatives, semble-t-il. Ainsi la rêveuse, que j’interrogeais sur les temps forts qui lui restaient de cette expérience après plus d’un mois, m’écrit-elle récemment :

« Les temps forts étaient les ressentis dans le corps, très impressionnant de constater comment l’énergie bloquée dans la gorge et le plexus avec une forte pression dans la poitrine au niveau du thymus pouvait à nouveau circuler lorsque les participants me renvoyaient eux-mêmes leurs impressions, ressentis. Comme un verrou qui sautait pour laisser apparaître la blessure du cœur avec une forte sensation au niveau d’une porte du cœur qui cherchait à se décristalliser... » 

La décristallisation s’est faite dans « un feu d’artifice », selon ses propres mots, quand l’énergie est descendue dans le ventre en même temps que nous en venions au remplacement du terreau universel par l’engrais pour rosiers. La gorge et le plexus se sont alors libérés avec des impressions de forces et de lumières intérieures au corps et qui sont allées avec une libération perceptible de la tension. Tout le groupe pouvait ressentir que quelque chose était transformé, l’atmosphère générale avait changé, s’était joyeusement allégée. Je n’ai pas eu besoin d’aller au bout du protocole de Bosnak et de demander à la rêveuse de juxtaposer les différentes sensations pour tenir tous les éléments subjectifs du rêve ensemble, la dynamique de transformation s’est enclenchée d’elle-même. On pouvait sentir qu’un étau venait de se desserrer. Ici, il faut souligner que le support du groupe est essentiel car le vécu du groupe donne une enveloppe objective, dans lequel l’inconscient vivant est reflété à la rêveuse, à son expérience intérieure. Quelques jours plus tard, comme je venais de lui demander la permission de parler de sa constellation dans ce blogue, elle écrit :

« La magie de la constellation en lien direct entre le ressenti des participants et le ressenti dans mon corps apporte une réelle alchimie qui harmonise la libre circulation de la Vie potentialisée en un feu d’Artifice où tous les possibles fusent comme l’eau féconde qui jaillit de la source. »


Les bénéfices de ce travail dans le déploiement d’un rêve sont remarquables et réclament des recherches plus approfondies. D’emblée, il y a une distanciation de la rêveuse d’avec son rêve qui prend vie devant ses yeux dans un théâtre symbolique. Elle fait face à l’inconscient du rêve qui, en prenant forme, devient partageable et symbolisable sans injonction ni directivité, dans un mode rodgérien. Le danger là, du point de vue du travail avec le rêve, serait d’objectiver les symboles c’est-à-dire d’en faire quelque chose d’extérieur, ou plus précisément de séparée, de la rêveuse. D’où le retour fréquent aux sensations corporelles de la rêveuse qui nous met en contact avec le mouvement intérieur du rêve au profond de la rêveuse, et permet finalement d’incorporer le rêve, d’en ancrer l’énergie dans le corps. C’est une démarche complémentaire de l’analyse, qui ne l’invalide pas, mais qui la complète et amène la compréhension du rêve à un autre niveau, plus cellulaire. Elle porte encore la rêveuse des semaines après, lui donnant un support sur lequel s’appuyer au travers des péripéties de la transition. Car le rêve est une réalité vivante.

Les ressentis corporels, et accessoirement émotionnels (mais ils ne priment pas), nous offrent des indicateurs extrêmement sensibles de la force des symbolisations dans un espace dégagé de tout filtre d’interprétation toute faite où les subjectivités et les singularités se conjuguent. Le symbole est compris comme une énergie. Sa représentation va, dans un certain contexte d’ouverture, créer une différence de potentiel et susciter par là-même un mouvement, une mise en jeu de l’énergie. La représentation dans le contexte du groupe offre un contenant qui permet d’accueillir toutes les émotions, dont les plus difficiles, en leur donnant la prise de terre du corps. L’accent n’est pas mis sur le processus de l’émotion mais sur celui du ressenti corporel : les émotions sont accueillies, reconnues, mais ce qui nous intéresse, c’est comment le corps réagit.. Robert Bosnak nous livre une clé en affirmant que la conscience a pour rôle non de comprendre mais de permettre aux différentes subjectivités constituant l’écosystème psychique de prendre conscience les unes des autres. Dès lors, des changements en profondeur tenant d’une réorganisation de l’écosystème psychique sont envisageables mais imprédictibles : comme souvent dans le travail avec les rêves, il s’agit de faire confiance à la dynamique globale d’actualisation du Soi, de laisser-faire « quelque chose de plus grand » en se gardant d’interférer avec une théorie ou un objectif particulier.

Au fond, les ingrédients de ce travail avec le rêve sont très simples. Il s’agit essentiellement de mettre en place un cadre contenant dans laquelle la symbolisation pourra se déployer dans un espace sécuritaire où toutes les subjectivités vont pouvoir s’exprimer, avoir leur place. Plus important encore que le cadre fonctionnel que j’ai décrit, qui pourrait être modifié de différentes façons et éventuellement transposé à un travail en individuel, c’est le cadre éthique qui est déterminant pour le déploiement du rêve en constellation. La personne qui facilite doit tenir l’espace comme on le fait en loges de rêves, c’est-à-dire dans une entière non-directivité, suivant simplement le processus en s’assurant que chaque subjectivité invoquée puisse s’exprimer, être entendue. On en revient à une des injonctions chère à Carl Jung : « do not interfere ! », n’interférez pas ! Cette approche éthique du rêve et du rêveur, toujours uniques, singuliers - offre un socle solide sur lequel s’appuient ressentis, émotions et besoins pour s’exprimer dans un cadre limitant. Alors l’indicible, l’insondable, trouvent des moyens de se dire, d’être entendus, accueillis sans jugement. 


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Je remercie toutes les personnes qui ont participé à cette recherche et qui ont contribué à cet article. A noter que je donnerai une fin de semaine d'atelier sur les constellations de rêves en région parisienne les 26 et 27 octobre prochains. Pour plus d'information et inscription, voyez le flyer.