Écriture

Toutes les formes d’exploration de l’inconscient m’intéressent. Parmi celles-ci, outre l’écoute des rêves et l'imagination active, j’aime particulièrement l’écriture de fictions et la poésie. Il faut comprendre que tous les moyens sont bons : la  musique, la peinture ou la danse offrent par exemple des accès remarquables au mouvement intérieur des images, encore que les pratiques corporelles posent le problème de la fixation, c’est-à-dire de la mémorisation d’événements intérieurs particulièrement volatiles, fugitifs. Je me suis ouvert à différentes techniques et je n’en exclue aucune mais c’est l’écriture que je privilégie pour ma part. Le livre La fiction qui guérit de James Hillman, qui montre que l’approche psychologique a vu le jour dans l’écriture des romans, et mes recherches sur le pouvoir guérissant des histoires, m’ont convaincu qu’il y a là, au moins pour moi, une voie royale. À la différence de Jung qui se défendait d’une anima qui lui suggérait qu’il était poète, j’endosse dans mon écriture autant la dimension littéraire que celle de l’imagination active. J’y inclus aussi la pratique méditative proposée par Natalie Goldberg dans son maître livre Writing down the bones, qui m’a ouvert bien des portes. Je n’analyse pas mes textes car ils sont finalement écrits pour le plaisir, mais je cherche en les écrivant à me mettre au service d’une image ou d’une idée qui cherchent à prendre forme sous ma plume, comme un rêve qui réclame de se déployer en conscience.

Cette dimension prenant de plus en plus de place dans ma vie, au point d'avoir bientôt peut-être plus d'importance que les rêves nocturnes dans ma propre élaboration de l'inconscient, je lui ouvre ici un espace en partageant quelques-uns de mes textes. Vous trouverez ici quelques unes de mes nouvelles ainsi qu'un recueil de mes poèmes. Les histoires présentées ici tiennent du conte. Vous y ferez connaissance entre autres d'une Perséphone moderne, d'un homme qui a décidé de tout quitter, d'un tigre transformé par la puissance de l'amour, d'un sceptique qui ne peut pas croire que le monde ait changé et soit devenu heureux...

Vos commentaires m'intéresseront. Je vous en remercie par avance.


L'homme et le tigre (nouvelle) :

Le tigre est dans l’homme. L’homme ne le sait pas. Il ne prête pas attention à ces feulements qui lui viennent de nulle part, à ces remuements en dedans qui signalent la vie sauvage. Alors le tigre grandit, prend tranquillement de plus en plus de place. Il s’ennuie, alors il rôde. L’homme déambule sur les boulevards, sans but, sans même l’idée d’un but. Il n’a rien à faire de ses journées alors il boit et il fume, et tandis que son esprit s’affaiblit, le tigre renforcit. L’homme est mû par une seule obsession. Il observe les femmes, les jeunes surtout...

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Le pays sans chemin (nouvelle)

Il était une fois un homme qui a décidé de tout quitter, de faire sécession de l’humanité et pour commencer, puisqu’il faut commencer quelque part, de lui-même. Cela s’est fait sans tambour ni trompettes, presque à l’insu de l’homme. Sans doute cela se préparait-il depuis longtemps, comme le rhizome enfoui prépare pendant des lustres le surgissement de la plante hors du sol. Et puis soudain, voilà donc que c’est la percée, l’avènement de l’air libre et de la lumière. Et la fleur en devenir se tend alors vers le soleil au cœur de l’être, qui a toujours été là, souterrain avant d’éclore dans le ciel. 

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C'est arrivé (nouvelle) 

C’est arrivé. Il ne sait pas quoi. Il ne sait pas comment. Il n’y a pas de mots pour décrire cela. Il tourne pensivement la cuillère dans son café, sur lequel tombe un rayon de soleil printanier. Il a plu tout à l’heure et l’odeur de terre mouillée flotte dans l’air, l’envahit tout entier. Une mouche se pose sur la table, semble hésiter sur la conduite à tenir. Il porte sa main à sa poche pour prendre un petit cigarillo avant de se souvenir qu’il ne fume plus. Un souffle de vent lui caresse le visage. Une fille en jupe courte passe sur la rue avec de gros écouteurs sur les oreilles, elle semble danser en marchant. Il la suit un court moment du regard avant de revenir au fil de ses pensées, qui ne sont plus vraiment ses pensées, c’est seulement un flot d’images qui le traverse. Qui ça, « le » ? Il sourit. Qui pourrait comprendre ? Il rêvait, et voilà qu’il ne rêve plus : il a les yeux ouverts sur la réalité de l’existence. Il l’a toujours su sans le savoir. Ah, ah, c’est cela donc, le fameux inconscient ! Ce que l’on ne sait pas qu’on sait, mais qu’on sait tout de même, qu’on ne saurait ne pas savoir. L’ignorance était un rêve, il rêvait qu’il dormait...

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Mon ami Balthazar (nouvelle)

Mon ami Balthazar était un homme étrange. Il faisait tout à rebours de tout le monde. Enfant déjà, il parait qu’il n’avait rien de plus pressé que d’être vieux et de se détacher du monde. Il ne jouait pas avec les autres gamins, il contemplait tout ce qui l’entourait en souriant comme s’il avait débarqué d’une autre planète et s’étonnait de tout ce qu’il voyait. Et quand il a été vieux, il est redevenu comme un petit enfant qui venait de naître, sans passé ni même l’idée d’un avenir. Tandis que tous, nous sommes occupés à accumuler des biens ou des connaissances, lui n’avait de cesse de s’en alléger en distribuant tout ce qu’il avait et en oubliant tout ce qu’il avait cru savoir. Il en riait volontiers, nous demandant ce que nous espérions donc emporter de nos possessions là où nous allons nécessairement, c’est-à-dire de l’autre côté des choses. Certains parmi nous, ses voisins, voulaient le considérer comme un sage, mais il en riait encore en disant qu’on ne le piègerait pas aussi facilement. Les vrais sages sont ceux qu’on ignore, ajoutait-il en clignant de l’œil et en se servant un petit verre de vin frais.

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Gardien de l'ombre (nouvelle)

Nul ne sait vraiment ce qui s’est passé. Personne ne veut le savoir, semble-t-il. Cela va avec une forme d’amnésie que j’ai encore du mal à accepter. Pour savoir, il faudrait se souvenir, et se souvenir, c’est nous rappeler bien des choses désagréables. Mais cet effort n’est-il pas nécessaire, ne serait-ce que pour nous prémunir contre un retour des fléaux qui nous tourmentaient ? Je ne peux pas croire qu’ils aient entièrement disparu. Je sais, les individus qui pensent comme moi appartiennent à un passé révolu et c’est peut-être pour le mieux, mais je ne puis éviter de douter. Je crains toujours le pire. Se pourrait-il que nous soyons les jouets d’une sinistre farce ?

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Reine de la nuit (nouvelle)

Il était une fois une petite fille triste qu’on appelait Étoile. Son papa était parti de la maison familiale. Sa maman détestait les hommes, et son grand frère était malheureux et violent. Il disait se souvenir du temps heureux où elle n’était pas là, quand leurs parents semblaient encore s’aimer. Elle avait souvent envie de retourner à ce temps d’avant l’existence mais n’en trouvait pas le chemin. Son frère ne disait pas les coups qu’il prenait de son père quand ce dernier rentrait un peu aviné mais il les distribuait maintenant autour de lui, ces coups. Même sa mère en avait peur désormais, quand il se plantait devant elle avec le regard mauvais, les poings serrés. « Il a la rage, cet enfant ! », disait-elle, et bien sûr, le fait que ce soit un garçon la faisait le regarder avec mépris : « pff, ça deviendra un bon à rien comme son père… », maugréait-elle entre ses dents quand il quittait la maison pour aller trainer dans la cité avec ses amis. Mais elle n’était guère plus tendre avec sa fille, qu’elle habillait et coiffait avec des gestes secs, comme s’il eut s’agit d’une poupée, et qu’elle déposait à l’entrée de l’école comme on pose un paquet un peu encombrant, avec le soulagement évident d’en être débarrassée pour quelque temps.

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Le tigre amoureux (nouvelle)

Il était une fois un tigre qui était né et avait grandi à l'écart des hommes, dans la forêt profonde. Il était libre et puissant, le plus redoutable des fauves de la région, mais il était triste. Son nom même, le nom qu'il s'était donné, disait sa tristesse : il s'appelait « Solitude ». Il y avait quelque chose, se disait-il, qui parlait du soleil dans son nom, et il en retrouvait la trace dans l'orangé de sa robe. Mais il y avait dans ce nom quelque chose aussi qui disait la froideur de la nuit quand la lune se dérobe, et cela était inscrit en larges bandes noires sur sa robe. Enfin, rares étaient ceux qui avaient pu contempler ses yeux en face et vivre assez longtemps pour en parler, mais ceux-là disaient qu'il y avait une étrange et brûlante intensité dans son regard jaune, une flamme obscure qui semblait venue d'ailleurs.

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Jubilarium (poésie)

J'anime depuis juillet 2014 un blogue poétique intitulé "la joie d'être un âne" où je publie des poèmes en prose de ma composition parmi d'autres textes qui m'ont, d'une façon ou d'une autre, touché ou inspiré. En septembre 2017, pour conclure symboliquement un cycle de vie, j'ai rassemblé l'ensemble des textes poétiques que j'avais posté jusque là sur mon blogue, ainsi que quelques inédits, dans un recueil auto-publié sous forme de eBook PDF. J'ai adjoint à chacun de ces textes un petit commentaire mettant en lumière les étapes du parcours intérieur que décrivent ces poèmes.

Prière quotidienne

Écrire, c'est tout ce qui m'est demandé pour me sentir entier, pleinement vivant. Me rendre disponible, accueillir l'inspiration, ce qui veut se dire, comme un honorable invité, avec gratitude pour le cadeau qu'il me fait par sa simple présence, le fait qu'il s'arrête chez moi. Le nourrir, l'aider à prendre forme, à s'incarner. Et puis le laisser partir vivre sa vie sans moi, ne pas le retenir surtout mais au contraire l'encourager quand il veut aller s'exposer au monde, danser nu sous le soleil....

C'est ma pratique quotidienne, la prière qui me réunit à moi-même.  


Télécharger le recueil.

Visiter le blogue "la joie d'être un âne".




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