mercredi 3 juin 2015

Le peuple Arc-en-Ciel

Une image empruntée ici
 Un commentaire apporté à mon précédent article m’a incité à revenir à ce livre clé qu’est pour moi La création de conscience d’Edward Edinger pour y reconsidérer une des pépites qu’il contient et qui tient dans ce rêve :

Un temple aux vastes proportions est en cours de construction. Pour autant que je puisse voir – devant, derrière, à droite, à gauche – un nombre incroyable de gens travaillent à l’édification de colonnes gigantesques. Moi aussi je bâtis une colonne. La construction vient juste de débuter, mais les fondations sont déjà là et le reste de l’édifice commence à s’élever. Moi et beaucoup d’autres, nous y travaillons.

C’est un analyste jungien qui a reçu ce rêve, que Jung a eu l’occasion de commenter. « Oui, dit ce dernier, il s’agit du temple auquel nous travaillons tous. Nous ne savons pas qui sont ces gens parce que, croyez-moi, ils y travaillent en Inde et en Chine, en Russie et partout dans le monde. C’est la nouvelle religion ».

Je n’entrerai pas dans la discussion oiseuse qui consiste à savoir s’il s’agit là d’une religion ou d’une spiritualité, car les questions de vocabulaire passent à côté de l’essentiel, à savoir que ce rêve parle du nouveau mythe en émergence dans la psyché collective. Ici, ce qui importe simplement, c’est qu’une colonne est une construction qui relie terre et ciel – il y a dans la spiritualité une tendance à ne considérer que le ciel, et pourtant, il faut bien que la colonne soit de terre, et oserai-je même dire, de chair, pour pouvoir s’élever. Ne serait-ce pas le sens de notre humanité, et donc notre tâche d’être humain, que de relier ainsi le bas et le haut ? Appelez donc cela comme vous voudrez…

Edinger souligne que « Jung fut le premier à formuler le problème de l’homme moderne en terme d’absence de mythe », une absence qu’il a d’abord constatée en lui-même. C’est en cela qu’il a souffert de cette absence et qu’il lui a donné une réponse que Jung peut être appelé de bon droit le « premier homme du Verseau », précurseur du nouvel âge à venir. Pour plus d’éléments de réflexion là-dessus, je vous invite à lire l’article que j’ai publié sur ce thème : quel est ton mythe ?

En relisant La création de conscience, j’ai été frappé par la façon dont ce rêve résonne avec le mythe du Peuple Arc-en-Ciel des Hopis, et que rapporte Frank Waters dans Le livre du Hopi (1963). Dans cette histoire, que l’on retrouve avec des variations mineures chez de nombreux peuples amérindiens, lorsque les Blancs arrivèrent en Amérique du Nord, les anciens de ces peuples se réunirent et décidèrent d’enterrer la sagesse pour éviter qu’elle ne soit dénaturée par les conquérants. Mais ils prédirent aussi qu’après 500 ans, alors que la Terre commencerait à entrer en agonie, le temps viendrait de déterrer cette sagesse et de commencer à la faire vivre à nouveau. Il semble que nous vivions cette époque…

Les Hopis indiquaient de nombreux signes de l’approche de ce moment, parmi lesquels on peut relever que la mer serait empoisonnée et deviendrait noire, que des serpents de fer (dans lesquels on peut reconnaître nos trains) parcoureraient la campagne tandis que des oiseaux métalliques traverseraient le ciel, et que le monde serait pris dans une gigantesque toile d’araignée (le réseau téléphonique et Internet). C’est alors que commencerait à apparaître un nouveau peuple rassemblant des personnes de toutes origines, formant ainsi une Roue de Médecine vivante en représentant par la couleur de leurs peaux les quatre directions : jaune, rouge, noire et blanc.
Ce nouveau peuple sera formé, selon le mythe, de personnes convergeant de partout pour se rassembler autour de l’Arbre des Nations et restaurer l’ancienne sagesse. L’Arbre des Nations est symboliquement le centre du monde autour duquel tous les peuples, toutes les cultures, toutes les religions se retrouvent pour former un cercle, c’est-à-dire une communauté dans laquelle nul n’a préséance. C’est pour cela que ce peuple est désigné comme le peuple Arc-en-Ciel ou le peuple des Guerriers Arc-en-Ciel ; c’est d’après cette histoire que Greenpeace a nommé son navire amiral le Rainbow Warrior, tristement célèbre pour avoir été coulé par les services secrets français en 1985. Mais il s’agira donc de guerriers spirituels car la Terre sera en danger, et la légende dit d’une certaine façon qu’il y aura une « guerre sainte » à mener tout pacifiquement pour mettre un terme à la destruction et à la profanation de la Terre-Mère.

Dans l’esprit amérindien, le cercle ne saurait être complet sans y inclure les animaux, les végétaux, les pierres et les étoiles, sans que personne n’ait préséance dans le grand cercle de la vie. L’humain est sur le même rang que le loup et l’ours, la souris et la fourmi, etc. Cette vision repose sur deux principes. Le premier est celui de l’unité sous-jacente de toute vie et de l’interdépendance, non seulement entre tous les humains, mais entre toutes les espèces et jusqu’à inclure une âme du monde récemment rebaptisée Gaïa. Le second tient à la capacité de chacun(e) de cultiver sa propre relation entre la Terre et le Ciel, sa façon particulière de se connecter avec le sacré de la vie, et réclame le respect de toutes les couleurs du spectre spirituel, incluant jusqu’aux athées et agnostiques. Ce sont les deux principes qui sont au cœur de ce que j’appelle pour ma part l’anarchisme mystique.

Les mythes et les prophéties sont du même ordre que les rêves ; on peut les écouter de la même façon, ce sont des symboles. Tout comme dans les rêves prémonitoires, on ne démêlera ce qu’il y avait d’effectivement prédictif du matériel purement symbolique que quand on pourra les considérer rétrospectivement. Ici, on peut simplement remarquer que la Roue de Médecine forme un mandala, symbole d’unité et de totalité ordonnée. L’arc-en-ciel, outre unir toutes les couleurs dans un spectre équilibré et harmonieux, est encore symboliquement pont entre la Terre et le Ciel. On retrouve la même idée que dans le rêve que cite Edinger : le temple est construit par une multitude de gens partout dans le monde. C’est un message résolument optimiste, qui mérite de ce fait d’être mentionné par les temps qui courent – je connais pour ma part beaucoup de gens qui travaillent chacun(e) de leur côté à construire une colonne, et cela mérite d’être salué car on n’en parle pas au journal télévisé.

Ces réflexions renvoient aux prédictions que l’on prête à Jung, auxquelles Christine Hardy a consacré un livre au titre évocateur : La prédiction de Jung : la métamorphose de la Terre [1]. Le vieux sage de Küsnacht semble avoir envisagé un processus en trois temps, dont le premier serait ce qu’on peut appeler le retour du Féminin sacré, ce qui implique une complète redéfinition de nos rapports avec la nature. La seconde étape serait caractérisée par l’harmonisation du masculin et du féminin, ce que l’alchimie appelle le mariage du Roi et de la Reine. La troisième nous verrait collectivement tendre vers ce que Teilhard de Chardin a appelé le point Oméga, c’est-à-dire la réalisation de l’unité de la conscience dans le champ planétaire.

Le danger avec de telles idées, comme avec tous les contenus à forte teneur symbolique, c’est qu’on peut être tenté de les comprendre littéralement et s’attendre à de grands changements dans la conscience collective du jour au lendemain, au risque d’être donc déçu. Par contre, si on en considère la valeur symbolique et que celle-ci trouve en nous une résonance, elles ont alors la vertu de nous insérer dans un nouveau mythe qui peut donner sens à ce que nous vivons collectivement. Alors, elles se révèlent être des idées vivantes que nous pouvons incarner dès aujourd’hui dans nos cheminements individuels, l’éducation que nous donnons à nos enfants, la relation que nous entretenons avec la nature, etc.

Jung lui-même, qui envisageait de grandes destructions à venir, ne se faisait guère d’illusions quant à l’avenir proche. Commentant le rêve qui ouvre cet article, il ajoutait : « Savez-vous combien de temps va prendre la construction ?... à peu près six cent ans. »

[1] Pour plus d’information sur ces prédictions, voyez: http://www.urantia-gaia.info/2012/04/20/la-prediction-tres-meconnue-de-jung, où vous pourrez écouter une présentation de ces idées par Christine Hardy.

5 commentaires:

  1. Merci Jean pour ce beau commentaire ; dans mes séances je vois de plus en plus de rêves de "sculpteurs de colonnes" , des rêves qui soulignent la nécessité pour l' occidental d'honorer tout le vivant à la façon taoïste , ou Hopi ; au début de ma propre analyse à 27 ans , j' ai rêvé d'une belle colonne qui flottait dans un paysage italien : il fallait l' ancrer dans la terre , le programme était lancé ! Marie-Laure

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  2. Il existe un très beau livre sur le sujet :
    http://www.couleurs-arc-en-ciel.com/livre--sagesse-amerindienne.html

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  3. Extraits du livre ci-dessus ("Sagesse amérindienne" de Dhyani Ywahoo) :
    p 157, 158

    ....La volonté est notre intention. Lorsqu'il n'y a ni intention claire ni croyance en l'accomplissement, on ressent de l'incertitude, et on peut ne pas avoir le courage d'agir. Avec la lentille de vos pierres précieuses (vos "joyaux de sagesse"), raffinez la clarté de votre intention.
    "Mon intention, ma volonté, est-elle en harmonie avec ma raison d'être ?" C'est une question qu'il faut se poser.
    Dans la culture autochtone, lorsque nous venons au monde en tant qu'être humain, on nous donne ces questions à explorer en faisant le tour de la roue-Médecine.
    Les Tsalagi disent qu'on a cinquante-et-un ans pour explorer, car, dans la tradition tsalagi, il faut cinquante-et-un ans pour devenir adulte. On considère qu'il faut tout ce temps pour sentir les nombreux courants d'énergie dans son corps. Au bout de 51 ans, on partage les fruits de sa propre expérience.

    Le fait de comprendre sa raison d'être libère votre potentiel de créativité. la vision claire de votre raison d'être est un don qui vient de l'observation. Lorsqu'on a le courage et la compassion nécessaires pour parcourir d'un pas énergique un chemin de manifestation de sa raison d'être, ce don profite à tous. Cultiver la claire parole et le clair esprit, c'est envoyer des semences d'harmonie à tous les êtres.
    L'une des façons les plus importantes de manifester l'esprit du "Peacekeeper", c'est de tendre un pont entre les hémisphères droit et gauche du cerveau. Nous appelons cela construire le "pont de l'Arc-en-Ciel".

    Entretenir l'esprit du Peackeeper, c'est reconnaître que le processus de la lumière, de la respiration, renferme des actions complémentaires et des pensées complémentaires dans un champ de lumière. Dans ce champ de lumière, rien ne peut être antagoniste, les pensées coexistent.

    Je souhaite que vous vous rappeliez les joyaux de sagesse que vous portez en vous, afin d'affirmer le feu sacré de la vie. Nous pouvons changer les patterns d'une culture, es patterns de pensée d'une nation, et passer du besoin d'expansion extérieure à la reconnaissance de notre créativité intérieure.

    C'est nous, les gens. C'est nous, la planète. C'est nous, les étoiles. Notre processus individuel agit vraiment sur le cours de la vie. Ceux qui travaillent avec de nombreuses personnes, dans une organisation, peuvent sentir, à l'instant où leur conscience est très claire, comment circuleront également l'intuition et l'énergie du groupe.

    Chacun de nous est une pile, un résonateur, un instrument de musique, et nous émettons les ondes de nombreux patterns et de plusieurs futurs possibles dans la mer de la vie. Choisissons judicieusement les futurs que nous construisons.

    Comme le disaient les anciens amérindiens : "Considérons, ne serait-ce que dans notre façon de nous saluer, ce que nos actions et nos paroles voudront dire dans sept générations."

    Chez nous, lorsque nous créons un espace de prière et de médiattion, nous engendrons un renouveau pour notre voisinage et pour la Terre. Nous pouvons tous retracer nos racines jusqu'au seul Grand Arbre de la paix, jusqu'à la vie elle-même.

    Quelle que soit notre tribu, notre langue, la couleur de notre peau, notre culture, nous sommes unis, en tant qu'êtres humains, par la même vérité, la même réalité.

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  4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  5. Suite ("Sagesse amérindienne" de Dhyani Ywahoo") :

    (...) Enfants, on nous encourageait à raconter nos rêves et à résoudre des problèmes par le rêve.
    Par le rêve, nous avons toujours la possibilité de corriger tout notre être. Soyez donc en alerte. Par le rêve, si vous avez peur, suscitez le courage. Si vous vous sentez en danger, réalisez que vous êtes un être humain qui assume son pouvoir, et qui est capable de transmuter et de transformer ce qui est dangereux...
    Le dragon que Saint Georges a abattu, beaucoup le rencontrent en cherchant la vérité. Le dragon, c'est le doute, les aspects non intégrés de notre propre énergie, qui cherchent à se manifester ensemble....
    (...)
    On nous demande de faire un choix, en tant qu'êtres humains : le choix d'affirmer la vie, de nous rappeler notre devoir sacré. Chacun de nous a un devoir sacré, un don particulier, nécessaire aux gens qui ont choisi d'être avec nous.
    En vérité nous avons choisi d'être les uns avec les autres, nos familles, nos amis, nos collaborateurs, lorsque nous avons senti qu'il y avait là un potentiel énergétique de complémentarité. Alors, voyons la beauté les uns chez les autres.

    Affirmons notre unité, le fait que nous sommes en processus. Et par dessus-tout rappelons nous les pierres précieuses sacrées, les joyaux de sagesse que nous portons ; ils sont à jamais présents dans notre nature.

    Notre vie est un mandala de pensée et elle peut avoir la beauté et la symétrie que nous lui donnons.

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