mercredi 20 janvier 2016

Résilience


« Résilience » est un terme que Boris Cyrulnik a popularisé au travers de ses écrits. Le concept vient de la physique, où il s’agit de la capacité d’un matériau à absorber l’énergie venant d’un choc. Quand le choc est violent, le matériau est déformé au moins momentanément, mais s’il ne rompt pas, c’est qu’il a de la résilience. S’il est élastique, il reprendra plus ou moins sa forme initiale, sinon il conservera une trace du choc, comme une cicatrice ou une mémoire qui fera désormais partie de son histoire. Éventuellement, l’objet percuteur rebondira sous l’effet de l’énergie que lui restitue la résilience du matériau percuté. Dans tous les cas, la résilience caractérise la capacité d’une structure à maintenir son intégrité dans des conditions extrêmes où elle est mise à rude épreuve. Dans l’expérience humaine, la résilience est la capacité à se relever d’une catastrophe, ou comme on le dit couramment, à « rebondir ».

Boris Cyrulnik sait intimement de quoi il parle : enfant, il a traversé la guerre et la persécution nazie qui a tué ses parents, et il est devenu un psychiatre et psychanalyste de renom, travaillant donc aux premières loges avec la souffrance humaine pour la soulager. Quel beau rebond !

Un des privilèges de l’analyste ou interprète de rêves, c’est qu’on est régulièrement en contact avec l’extraordinaire résilience de la psyché. En effet, on peut voir dans les rêves comment la psyché symbolise les grands bouleversements et anticipe déjà un avenir alors qu’on est dans le passage. Il n’est pas rare que la fin du monde en rêve annonce ou accompagne un choc violent qui tient de la fin d’un monde pour la personne en train de rêver. Ce qui est intéressant alors, c’est comment le moi du rêve survit, ou non ; ce sont des moments de seuils de transformation sous le sceau de l’archétype mort / renaissance et il ne faut pas s’effrayer de mourir ou de voir mourir tout le monde autour de soi dans de tels rêves. Car en continuant à observer les rêves, on verra tôt ou tard surgir des signes de renaissance, comme le printemps suit l’hiver et comme l’herbe repousse après avoir été tondue. C’est la nature en nous qui se montre alors résiliente et qui poursuit son patient travail de croissance en conscience…

J’ai entendu récemment un rêve qui illustre magnifiquement ce type de seuil. Le rêveur est un homme dans la jeune quarantaine qui est venu me voir à la suite d’un désastre amoureux et d’un rêve, un cauchemar qui l’a marqué. Il en ressentait encore les sensations quelques jours après, et ce rêve l’intriguait d’autant plus qu’il ne se souvenait jamais, d’habitude, de ses rêves. En introduction, il m’a expliqué que sa conjointe l’avait quitté du jour au lendemain, qu’il n’avait rien vu venir… et qu’il était encore en train d’essayer de réaliser ce qui se passait quand il avait eu ce rêve :

Je suis avec des gens à une sorte de festival qui s'organise, dans une vallée avec des montagnes autour. On est nombreux, je connais juste la femme qui est avec moi sans savoir qui c'est. Je lui montre la toute petite scène de concert qui se monte juste devant nos yeux et lui dis que c'est une scène que je connais pour y avoir déjà joué avec mon groupe de musique ; je lui montre du doigt comment on se disposait. On discute quand il y a un mouvement de panique sur l'arrière scène. Quelqu'un hurle, un autre saute sur la scène, la contourne et attrape un type pétrifié et l'allonge. Une grosse tension, un autre homme lève son doigt et le pointe vers le ciel, il est livide et panique. Des nuages noirs de fumées, du feu, une tempête approchent à grande vitesse. On va tous se faire engloutir dans une sorte d'apocalypse, il faut agir vite. Je savais que cette tempête de feu allait s'abattre sur terre mais je ne m'en rappelais plus. Je prends la femme par la main et j'aménage un abri de fortune bien trop léger et fragile au vu de ce qui arrive, nous nous allongeons sous une simple planche de bois (la scène, partie amovible, 2 m²). La tempête qui s'abat sur nous est extrêmement violente. Je dois garder les yeux clos pour les protéger de la lumière très forte, des fumées âcres, et des bourrasques très puissantes chargées de poussière. La chaleur est insupportable, il y a des bruits énormes de tremblements, grondements, impacts, éruptions. Tous mes sens sont soumis à l'extrême. Des gens hurlent et meurent autours de nous sans que je puisse savoir qui ni leur porter secours. J'attends ma mort, moi aussi je vais brûler bientôt, la tempête dure des heures, des jours ? J'ai perdu la notion du temps, mon corps est épuisé, je dois ménager mes respirations, ralentir mon rythme cardiaque et me mettre dans un demi-sommeil pour ne pas trop respirer de fumées toxiques, pour tenir. La tempête passée, je constate que le monde autour est détruit, méconnaissable, post apocalyptique, désolant, irréversible, beaucoup de morts, le relief du lieu n'est plus le même, l'air est chaud et poussiéreux, il n'y a plus de végétation, tout a été modifié. Je cherche l'amie avec qui j'étais mais je ne la trouve pas. Je ne trouve personne de vivant, je me réveille.

Le rêve donne des indications précieuses sur la façon de traverser la crise, et même s’il se termine dans une ambiance de désert apocalyptique, il laisse entendre qu’il y aura une suite, une nouvelle vie. Deux suggestions ressortent en particulier :

Il est recommandé au rêveur de prendre soin du féminin en lui, symbolisé par cette amie avec qui il s’abrite. Il s’agit, dans le désastre qu’il traverse, de prendre soin de ses sentiments, de sa sensibilité – il lui est suggéré de la prendre par la main et de l’emmener à l’abri. Il importe aussi, sans doute, qu’il reste en relation avec des femmes, mais plus à ce point sur le mode amical qu’amoureux.

Le rêveur est aussi prévenu que la crise sera longue et le poussera dans ses limites, à l’extrême de sa capacité d’endurance. Il lui est suggéré de prendre soin de cette capacité en s’économisant, et pour cela d’entrer en demi-sommeil, c’est-à-dire de tout mettre en veilleuse. Ce n’est pas le temps de faire des projets ou de s’extérioriser ; au contraire, le rêveur doit se protéger. Il s’agit donc de s’ancrer dans l’instant présent pour traverser la fin du monde pas à pas...

Mais surtout, le rêve invite le rêveur à se responsabiliser dans ce qui arrive, c’est-à-dire à éviter de s’enfermer dans le rôle de la victime. Il savait ce qui allait arriver, qu’une tempête approchait, mais il l’avait oublié c’est-à-dire que les indices qui auraient pu lui mettre la puce à l’oreille étaient retombés dans l’inconscient. Il le savait inconsciemment, ou si l’on veut ergoter : l’inconscient le savait pour lui. On ne trompe pas l’inconscient. Il y avait eu des indices, ne serait-ce bien souvent dans le non-verbal, et cela ne lui avait pas échappé à un certain niveau de perception, cependant il n’avait pas considéré l’information, elle n’était pas parvenue à sa conscience et il n’avait donc pas pris de mesures de protection adéquates.

Il y a là toute une leçon de vie, et de conscience. On a établi que le système nerveux traite 4 millions de bit d’information par seconde, mais la conscience en traite 2 mille bit dans la même seconde. C’est une métaphore informatique pour dire que le rapport entre ce que la psyché capte de l’extérieur et ce dont nous tirons parti consciemment est de l’ordre du carré. Le cerveau agit essentiellement, semble-t-il, comme un filtre qui écarte ce qui n’entre pas dans les histoires qu’il se raconte, tant que cela n’atteint pas un seuil où il doit intégrer le fait nouveau. Si on veut se prémunir de ce genre de mésaventure, il faut prêter attention aux moindres ressentis, aux tout petits malaises et sentiments d’inadéquation. Mais surtout, il faut être conscient qu’on peut se raconter des histoires, vivre dans une illusion ; pour moi, dans la suite de Richard Moss, la méditation est l’art d’écarter les histoires pour être entièrement présent à toutes les impressions, tout ce qui, venant de l’extérieur ou de l’intérieur, veut devenir conscient.

On peut se demander comment le rêveur a pu négliger une telle information dans le rêve, et cela signale qu’en fait, l’inconscient voyant arriver la tempête avait accepté que la conscience y soit exposée. Il n’a pas jugé bon de l’alerter par un cauchemar significatif à un moment décisif. On pourra donc dire que cette catastrophe entrait dans les plans du Soi comme on aurait dit en un autre temps que c’était la volonté divine. Mais qu’est-ce que le Soi peut rechercher dans de tels cataclysmes ? On retrouve cette image dans nombre de traditions, qui veut que pour devenir pleinement adulte (psychologiquement), il faut à un moment passer par le feu, tout perdre... et il était clair que le rêveur était dans ce passage. Mieux, cela confère une force, et c’est justement la capacité de résilience : « Ce qui ne tue pas rend plus fort », disait Nietzsche. Ayant tout perdu, on peut se permettre de tout risquer et de tout perdre à nouveau, car on sait qu’il y a une vie après la mort, une possibilité de renaissance.

Mais, finalement, le plus important est que cet étrange oubli dans le rêve suggère paradoxalement une attitude de responsabilité face à ce qui arrive : quelque chose en lui savait ce qui aller arriver ; il pouvait donc considérer qu’à un certain niveau, fut-ce inconscient, cela a été l’objet d’un choix, ne serait-ce que d’ignorer le danger. Un amour peut valoir le risque de s’y brûler les ailes. Plutôt que de se traiter d’idiot qui n’a rien vu venir ou de se morfondre en victime, ce peut être l’occasion d’honorer la beauté et la force de cette passion qui a jeté au milieu du feu de la transformation, et d’assumer, de ne surtout pas regretter d’avoir aimé. On reconnait bien là les jeux de l’anima, de la femme intérieure de l’homme qui se projette sur la femme réelle au point de la masquer – c’est un démon. Mais ses jeux, dit Jung, entrainent l’homme dans l’aventure de la vie.

La plus belle façon de conclure un jour une telle histoire, aurais-je aimé dire à mon rêveur avant qu’il ne reparte, c’est de faire un travail de pardon jusqu’à remercier la femme de lui avoir donné tant à aimer – on peut mesurer à l’ampleur de la catastrophe la grandeur et la force de l’amour. Il s’agit aussi dans ce cas de se demander pardon à soi-même de s’être mis dans un tel pétrin et de se remercier de se donner une telle occasion d’apprendre à différencier la femme rêvée, l’anima, de la femme réelle.

Il reste qu’à la fin du rêve, le rêveur est seul. Il cherche en vain l’amie qui l’accompagnait : il a perdu contact avec ses sentiments, sa sensibilité. Il ne trouve personne de vivant : il doit passer par une phase de mortification radicale, diraient les alchimistes. Il n’y a plus de végétation : les plantes symbolisent ce qui croit en nous – le rêveur doit passer par un temps d’arrêt où tout semble stérile. Mais surtout, il doit repartir seul dans la vie, assumer ce sentiment inévitable qui fait de la vie un désert.

Étienne Perrot décrivait fort bien cette réalité en l’élargissant à notre situation collective : « Les psychologues le savent bien, rejoignant en cela les alchimistes et mystiques, toute naissance doit être précédée d'une mort, le grain de blé doit pourrir pour donner du fruit. Les convulsions de notre époque préparent l'instauration d'un ordre renouvelé. Dans l'univers intérieur la nature a horreur du vide. Accepter le tableau sans fard de sa misère est déjà une démarche créatrice : dès ce moment le désert s'apprête à refleurir. »[1]

Une autre notion appartenant à la physique décrit finalement très bien ce qui se passe dans de tels moments. Ilya Prigogine a reçu le prix Nobel pour sa découverte des structures dissipatives. Celles-ci sont des structures ouvertes qui échangent de l’énergie avec leur environnement et maintiennent un équilibre interne. A la différence des autres structures qui s’effondrent sans rémission quand elles reçoivent trop d’énergie, par exemple au moment d’un choc, les structures dissipatives ont une capacité de réorganisation surprenante. Elles aussi s’effondrent en chaos quand l’apport d’énergie dépasse leur capacité d’absorption, mais c’est pour se réorganiser à un niveau supérieur de complexité qui leur permet d’intégrer encore plus d’énergie que précédemment. Elles évoluent par « transition de phase », c’est-à-dire qu’il y a une discontinuité chaotique entre deux niveaux d’organisation, et la structure résultante est alors capable d’absorber beaucoup plus d’énergie que la précédente.

La biologie et la psychologie se sont emparées de cette idée. Les organismes vivants et la psyché sont des structures dissipatives. La conscience manifeste cette capacité de réorganisation à des niveaux supérieurs après avoir absorbé un choc. Les transitions de phase se traduisent chez les êtres humains par leur maturation, qui les amène à envisager une perspective plus large et plus consciente que précédemment. Et finalement, il semble que le fameux éveil ne soit rien d’autre qu’une transition de phase[2] entre un niveau d’organisation primitif qu’on appelle « ego » et un autre niveau de conscience caractérisé par une plus grande quantité d’énergie. Mais pour y parvenir, il faut donc accepter de passer par le chaos et faire confiance à notre capacité de résilience, c’est-à-dire à la capacité qu’a la nature en nous de se régénérer. Il n’y a pas de meilleur guide que les rêves pour traverser de tels moments…


[1] In Etienne Perrot, "La voie jungienne et le temps présent", in Bulletin archive n°19, Groupe d'études CG Jung, Paris. Merci à Michèle Le Clech pour m’avoir fait connaître cette citation.
[2] Je dois cette idée à Richard Moss, qui en parle d’expérience…

15 commentaires:

  1. Bonjour Jean,

    C’est un sujet très intéressant et brûlant d’actualité que celui de la résilience possible au niveau individuel comme au niveau collectif. C’est un sujet proprement "alchimique" qui s’accorde bien avec les mots d’Étienne Perrot – alchimiste remarquable – que tu as cités ci-dessus.
    Le rêve que tu rapportes est vraiment éloquent ! Je me suis fait la réflexion que le rêveur trouve "une planche de salut" qui l’amène à descendre sous la scène (concrètement ou symboliquement) pour y laisser passer l’orage, la tempête... Sous la scène des événements conscients observables sont les racines inconscientes de ces événements. Il semble donc bien être invité par le rêve à descendre en lui-même, sous la scène du consciemment visible et perceptible, pour découvrir les racines inconscientes des événements et changer son inconscience en conscience.
    Ralentir son rythme cardiaque signifie peut-être – entre autres choses – sortir d’une émotion excessive provoquée de prime abord par la survenue de ces évènements bouleversants et retrouver une approche plus objective qui permet de tirer la vraie leçon des événements en les méditant en profondeur.
    La résilience n’est possible qu’à ce prix : descendre sous la scène et découvrir le sous-jacent à cette scène, découvrir ce qui, en soi-même au niveau individuel, ou dans le monde au niveau collectif, a induit la manifestation tangible d’un orage ou d’une catastrophe extérieure dans la vie de l’individu ou dans la vie collective.

    Amezeg

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    1. Merci Amezeg pour ces précisions. Tu amènes des éléments précieux pour la compréhension du rêve : je n'avais pas vu la "planche de salut" et ton interprétation du ralentissement du rythme cardiaque me semble très pertinente. Enfin, je m'accorde entièrement, et n'aurais su mieux dire, à l'invitation que tu lances à descendre sous la scène pour découvrir le sous-jacent à cette scène. Au fond, je crois que nous avons besoin en tant qu'être humains, pour accepter enfin les événements douloureux, d'en découvrir le sens. Non pas un sens inscrit dans le ciel par un dieu lointain mais celui que nous pouvons donner à ces événements en les reliant à l'ensemble de notre vie, ce qui nous permet de finalement prendre la responsabilité des choses...

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    2. En effet, Jean, il s’agit "de finalement prendre la responsabilité des choses.",
      et lorsque tu le soulignes, je pense à ce que dit ici le rêveur :
      « . Je dois garder les yeux clos pour les protéger de la lumière très forte, des fumées âcres, et des bourrasques très puissantes chargées de poussière. »
      Le rêve suggère donc peut-être que la violence des événements peut conduire à un éblouissement et aveuglement créé par la souffrance, par les émotions de toute sorte qui s’emparent de nous et nous empêchent de (re)trouver un regard objectif et de descendre sous la scène extérieure visible pour y découvrir les causes profondes des événements survenus au dehors. Fermer les yeux pour les protéger des agressions extérieures serait aussi tourner le regard vers l’intérieur. Ce regard objectif suffisamment libre des émotions liées au choc des événements est la condition nécessaire à la découverte et à la prise en compte de notre propre responsabilité à l’égard des événements.

      Amezeg

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  2. Le Yi King nous invite à découvrir ce qui peut douloureusement et dangereusement "venir à notre rencontre" si nous n’y prenons pas garde, si nous ne le reconnaissons pas à temps. La jeune fille, l’élément féminin, lunaire, représente ici les forces inconscientes que la conscience, le masculin, le solaire, ignore ou néglige et qui peuvent créer le chaos, la dévastation, etc...
    Il est cependant " indispensable que des principes destinés l'un à l'autre viennent l'un vers l'autre." est-il précisé dans Le Jugement sur l’hexagramme. Ceci afin que l’ordre s’établisse dans le monde.
    La jeune fille, épousée en conscience, les énergies inconscientes épousées dans un travail de connaissance de soi qui fait plonger dans la profondeur intérieure, à travers la prise en compte des rêves, des synchronicités, des catastrophes qui nous "tombent dessus", etc. est la clé de la résilience pour l’individu omme pour la collectivité.

    YI KING : 44. Keou / Venir à la rencontre

    L'Hexagramme :
    L'hexagramme indique une situation où le principe obscur se réintroduit secrètement et de façon inattendue de l'intérieur et d'en bas après qu'on l'avait écarté. L'élément féminin vient de lui-même à la rencontre des hommes. C'est une situation dangereuse et non favorable à cause des conséquences possibles qu'il importe de reconnaître à temps et, par suite, d'enrayer.

    Le Jugement :
    La jeune fille est puissante
    On ne doit pas épouser une telle jeune fille,
    L'ascension de l'homme vulgaire est représentée sous les traits d'une jeune fille effrontée qui se livre facilement et prend ainsi le commandement. Cela ne serait pas possible si, de son côté, le principe fort et lumineux n'était pas venu. lui aussi, à sa rencontre. L'homme vulgaire paraît si inoffensif et si doucereux que l'on s'en fait un ami. Il paraît si petit et si faible que l'on pense pouvoir plaisanter avec lui sans inquiétude. L'homme vulgaire ne s'élève que parce que l'homme noble ne le tient pas pour dangereux et lui prête de la puissance. Si on lui résistait au début, il ne réussirait jamais à acquérir de l'influence. Mais le temps où l'on vient à la rencontre a cependant encore un autre aspect qui mérite examen. Si la règle ne doit pas être que le faible vienne au-devant du fort, cette attitude revêt cependant à certaines époques une signification considérable. Si le ciel et la terre viennent à la rencontre l'un de l'autre toutes les créatures prospèrent. Quand le prince et son ministre viennent à la rencontre l'un de l'autre, l'ordre s'établit dans le monde. Il est indispensable que des principes destinés l'un à l'autre viennent l'un vers l'autre. Cette démarche doit seulement être libre d'arrière-pensées, sinon ce serait mauvais. http://wengu.tartarie.com/wg/wengu.php?l=Yijing&no=44&lang=fr

    Tout cela, Jean, m’a également rappelé ton article intitulé "La jeunesse du monde " (du 25 mai 2015) dans lequel tu nous fais part de ton rêve de la vague qui soulève une chaîne humaine de personnes se tenant par la main, image qui m’avait suggéré que l’évolution et la résilience des individus de cette chaîne était comme les cristaux précurseurs d’une cristallisation beaucoup plus large de l’évolution de la conscience et de la résilience au niveau collectif.

    Amezeg

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    1. Oui, j'ai eu à l'esprit aussi "la jeunesse du monde" en écrivant celui-ci, et aussi pour ma part l'hexagramme 15 Humilité :

      Le jugement :
      L'HUMILITÉ crée le succès.
      L'homme noble mène à bonne fin.

      La loi du ciel vide ce qui est plein et comble ce qui est humble. Quand le soleil est au plus haut, il doit, de par la loi céleste, aller vers son déclin, et quand il est au plus profond, sous terre, il se dirige vers un nouveau lever. Suivant la même loi, la lune se met à décroître quand elle est pleine et, quand elle est vide de lumière, elle recommence à croître. Cette loi céleste opère également dans les destinées humaines. La loi de la terre est de changer ce qui est plein et d'affluer vers ce qui est humble. Les hautes montagnes sont usées par les eaux, et les vallées, comblées. La loi des puissances du destin est d'entamer ce qui est plein et de dispenser le bonheur à l'humble. Les hommes aussi haïssent ce qui est plein et aiment l'humilité. Les destinées suivent des lois fixes qui agissent de façon nécessaire. Cependant, il est au pouvoir de l'homme de façonner son destin selon qu'il s'expose par sa conduite à l'influence des forces de bénédiction ou de destruction. Quand un homme occupe une place élevée et qu'il se montre humble, il brille dans la lumière de la sagesse. Quand il est abaissé et qu'il se montre humble, il ne peut pas être laissé de côté. Ainsi l'homme noble parvient à mener son œuvre à bonne fin sans se glorifier de ce qui a été accompli.

      L'Image :
      Au centre de la terre est une montagne :
      Image de l'HUMILITÉ.
      Ainsi l'homme noble réduit ce qui est en excès et augmente ce qui fait défaut.
      Il pèse les choses et les rend égales.

      http://wengu.tartarie.com/wg/wengu.php?lang=fr&l=Yijing&no=15

      Ou comme me le répète souvent une sage amie : « l'expansion passe par la contraction.»

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  3. J'ai regretté de ne découvrir qu'après publication de cet article une citation de Jung qui me semble résumer en grande mesure le propos : « Le rêve contient le diagnostic, le pronostic et le traitement. »

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    1. Oui, et si on peut le dire d’un seul rêve, je crois qu’on peut le dire avec d’autant plus de pertinence de la succession des rêves qui accompagnent et ouvrent le chemin de l’individuation d’un être.
      On le sait, Jung a également affirmé (en substance) que : « Ce qui ne vient pas à la conscience se présente et nous arrive sous forme de destin.» On le constate sans cesse, dans la vie individuelle, comme dans la vie collective, fortement secouée ces temps-ci en Occident, par les conséquences de notre aveuglement, par ce dont nous n’avons pas encore suffisamment pris conscience.

      Amezeg

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  4. Si j'ai bien lu ce reve arrive apres la separation donc il n'est pas premonitoire et montre juste un etat de santé detruit. Son anima a disparu et le reste du monde avec

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    1. Personne n'a dit que ce rêve était prémonitoire - il dit comment la psyché absorbe le choc vécu...

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  5. Neammoins c'est vrai que le reve indique un peu la marche a suivre pour sortir de son probleme amoureux : hiberner un temps pour recuperer.

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  6. sauf que ce reve prose un probleme que personne n'a encore vu , il double la souffrance du sujet car au lieur d'avoir un sommeil reparateur sans reve, il enfonce le clou...

    Nexus

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    1. Ce jugement passe complètement à côté du rôle du rêve. Comme disait Jung : « Il faut aimer le rêve ! Il n’y a pas de rêves stupides, il n’y a que des gens insensés qui ne comprennent pas leurs rêves… En interprétant le rêve, on décuple son pouvoir de guérison. » disait Jung.

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  7. J ai perdu ma fille à l age de 3 ans d une maladie incurable. Malgrè sa soufrance, ma soufrance, la soufrance de notre famille, tant que je m occupais d elle ma vie avait encore un sense. Mais ce fut apres son depart que j ai senti se rompre en moi l accord que jusqu à là il y avait entre moi et le monde, entre moi et la vie. Plusieures fois j ai resenti une souffrance untenable, j avais la sensation que cette douleur etait en train de "manger mon ame". Plusieur fois j ai cru devenir fou, j ai pensé que si cette souffrance ne cessait pas je serais à jamais perdu. Et pourtant, dans ces moments tres durs, au plus profond de moi, dans un lieu tres lointain et imprecis de ma concience, je sentais aussi une certitude: que j aurais enfin surmonté cela. Je sais aujourd hui que j aurais pu devenir fou ou mourir: j ai vu et resenti cela comme dans un reve, et comme dans un reve je savais egalement que je serais revenu.
    Stefano

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    1. Merci Stefano pour ce partage. Je crois qu'il n'y a pas de plus grande souffrance que de perdre un enfant. Je suis touché par tes mots, quand tu dis que tu as senti se rompre en l'accord entre toi et le monde. Tous les grands discours spirituels sont vains devant une telle douleur.

      Merci de partager ce savoir profond qui t'a permis de savoir qu'au delà de la folie et la mort, tu serais revenu - c'est le cœur même de notre résilience, et ce message peut être fort utile aux personnes en souffrance qui te liront peut-être.

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  8. J ai perdu ma fille à l age de 3 ans d une maladie incurable. Malgrè sa soufrance, ma soufrance, la soufrance de notre famille, tant que je m occupais d elle ma vie avait encore un sense. Mais ce fut apres son depart que j ai senti se rompre en moi l accord que jusqu à là il y avait entre moi et le monde, entre moi et la vie. Plusieures fois j ai resenti une souffrance untenable, j avais la sensation que cette douleur etait en train de "manger mon ame". Plusieur fois j ai cru devenir fou, j ai pensé que si cette souffrance ne cessait pas je serais à jamais perdu. Et pourtant, dans ces moments tres durs, au plus profond de moi, dans un lieu tres lointain et imprecis de ma concience, je sentais aussi une certitude: que j aurais enfin surmonté cela. Je sais aujourd hui que j aurais pu devenir fou ou mourir: j ai vu et resenti cela comme dans un reve, et comme dans un reve je savais egallement que je serais revenu.
    Stefano

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