samedi 31 janvier 2026

La porte lumineuse


Je ne trouve pas le temps ces jours-ci d’écrire pour ce blogue. Ou peut-être glisse-je tout simplement dans le silence. Je peux voir deux raisons à cela. L’une est que j’ai dit, me semble-t-il, à peu près tout ce que j’avais à dire à propos des rêves. Je ne peux pas dire que j’en ai fait le tour – le domaine du rêve est tout simplement infini… –, mais il y a quelque chose de circulaire cependant qui apparaît au travers de l’exploration du champ du rêve : j’en reviens à la base, c’est-à-dire aux résonances qui font vibrer la loge de rêves, et à un certain lâcher-prise. Le Rêve nous traverse ! Il est amusant de mon point de vue de constater que l’apport le plus intéressant ces dernières années sur le rêve nous vient d’un mathématicien de génie plutôt que d’un psychologue, mais j’ai déjà écrit sur le sujet et je ne me répéterai donc pas. Bien sûr, la recherche continue et il y aura toujours de nouvelles découvertes à partager. Mais après plus de trente années à m’intéresser intensément à ce domaine, mon regard se réoriente donc tranquillement vers une autre dimension du Travail. Je me souviens que j’étais surpris à une certaine époque d’entendre un de mes mentors me dire que le rêve n’était qu’une porte, et qu’il ne fallait pas rester dans le cadre de celle-ci. Il serait dommage, me disait-il en riant, de ne pas aller voir ce qu’il y a derrière la porte. Peut-être est-ce l’âge, car j’ai à peu près le même temps passé sur Terre que lui quand il me tenait ces propos, mais je crois que je commence à comprendre de quoi il voulait parler…

Il y a une autre raison à ce silence qui s’accroît en moi. Je suis, comme beaucoup d’entre nous, parfois abasourdi par le vent de folie qui semble emporter notre monde. Je n’ai pas envie d’ajouter des paroles inutiles à la cacophonie du monde ambiant. Depuis la réélection de qui vous savez, je me suis intéressé en profondeur aux origines et aux contours de la psychose collective à laquelle nos sociétés dites développées semblent sur le point de succomber. J’ai relu ce que Jung écrivait en 1945 dans Après la catastrophe, et j’ai été effrayé par les parallèles qu’on pouvait tirer avec notre situation présente.

"Continuez comme ça, ils pensent toujours que je suis une métaphore discutable"

Cependant, je ne crois pas utile de s’étendre sur les progrès du mal. Il me paraît beaucoup plus important d’insister sur ce qui va bien dans notre monde (par exemple le formidable élan de solidarité qui entoure les exactions de la criminelle police qui sévit ces temps-ci à Minneapolis). Cela nous ramène à ce qui est, selon moi, le principal point de différentiation entre l’accompagnement psycho-spirituel et la psychothérapie : cette dernière met surtout l’accent sur ce qui va mal ou a mal tourné, en particulier les traumatismes… pour leur chercher des solutions. Dans une approche psycho-spirituelle, nous ne négligeons pas les difficultés et la souffrance et nous leur cherchons bien sûr remède, mais pour cela, nous cherchons d’abord à faire ressortir ce qui va bien. Nous mettons en évidence le fait que, quoi qui soit arrivé ou qui se passe, il y a une zone intacte dans la psyché, inviolable, inaltérable. Nous faisons confiance à celle-ci pour irriguer tout ce qu’il y a de vivant dans l’être. C’est de cet endroit que nous viennent les rêves, qui nous ramènent toujours à cet espace sain en nous-mêmes...

Pour écrire, il m’a fallu donc retrouver ce point de paix intérieure à partir duquel je puis parler sans ajouter, du moins je l’espère, à la folie du monde. C’est à partir de là, et de nulle part ailleurs, que j’espère écrire à l’avenir. On évoque beaucoup Hanna Harendt ces derniers temps pour ses écrits sur la banalité du mal et sur le totalitarisme, qui semblent malheureusement encore être d’une actualité brûlante. J’aimerais simplement, comme une exergue à toute ma réflexion ici, citer ses mots tirés d’une lettre envoyée en juillet 1963 à son ami Gershom Scholem :

« J’estime effectivement aujourd’hui que seul le mal est toujours extrême, mais jamais radical, qu’il n’a pas de profondeur, et pas de caractère démoniaque. S’il peut ravager le monde entier, c’est précisément parce que, tel un champignon, il se propage à sa surface. Ce qui est profond en revanche, et radical, c’est le bien – et lui seul. »


Aujourd’hui, si j’ai pris ma plume, c’est aussi que j’ai entendu deux rêves qui m’ont interpellé et que j’ai eu envie de vous partager car ils pointent dans une direction qu’il me semble important de souligner. Le premier de ces rêves a été reçu par une femme qui traverse une grande transition de vie :

Je me trouve dans un environnement assez boisé. Se trouvent par là d’autres personnes, toutes plus ou moins liées à la sangha bouddhiste qui vient dans le coin. Une femme doit accoucher me dit-on et Nathalie me demande si je suis d’accord pour aider avec 2-3 personnes, dont Nathalie, cette femme dans son accouchement, ce que j’accepte sans hésiter, plus qu’intéressée, honorée de participer à un tel processus. Je vois brièvement la femme en question, debout devant moi, qui me dit quelque chose. Puis finalement c’est une équipe médicale qui va s’en charger car je vois se garer un peu plus loin près de la petite maison en bois où se trouve probablement la femme, 2 énormes fourgons médicalisés.

L’enfant est né et c’est à moi qu’il revient de m’en occuper. A peine plus grand que mes mains entre lesquelles je le tiens à hauteur de mon visage, le nourrisson est intégralement emmailloté dans une étoffe ou peut-être même du papier (comme une chrysalide). Je prends l’initiative de découvrir au moins sa tête et défais le papier/l’étoffe sur le pourtour de la tête, comme on le ferait avec le papier d’un cornet de glace, et le beau visage délicatement rond de l’enfant apparaît, qui me regarde de ses grands yeux bruns sombre. Je tiens toujours le nourrisson entre mes deux mains, et parce que je ne me sens pas très assurée et crains de le faire tomber, je le dépose délicatement sur une table rectangulaire qui se trouve devant moi et alors que je le contemple, je perçois en moi, furtif et retenu, le désir de le tenir, de le sentir tout contre moi.

Je suis à l’extérieur dans les environs de la maison et je me souviens soudain, affolée, que j’ai laissé l’enfant sur la table et que le risque est grand qu’il en tombe. Je me mets donc fébrilement en route pour retourner auprès de lui mais j’ai beau arpenter le coin en long et en large, je n’arrive pas à retrouver la maison. J’entends, l’espace d’un instant, les vagissements/pleurs de l’enfant ce qui me rassure car cela signifie qu’il est toujours sur la table. Je demande je crois à Nathalie qui est par là si elle se souvient où se trouve la maison mais elle n’en n’est pas sûre. Je ne retrouve pas la maison.

Le thème du rêve est assez clair : la rêveuse est invitée à aider à la naissance d’une nouvelle vie, et à prendre soin de celle-ci. Le fait que ce soit une autre femme qu’elle qui accouche indique que le rôle du conscient est simplement d’assistance – c’est une part d’elle-même, on pourrait dire son inconscient… qui doit donner naissance. La proximité de la sangha bouddhiste, avec laquelle la rêveuse a passé beaucoup de temps mais dont elle s’est éloignée, signale la nature spirituelle du travail en cours. La présence de son amie Nathalie renvoie directement aux circonstances dans lesquelles la rêveuse a été jetée dans une violente transition de vie – c’est une façon pour le rêve de souligner que cette dernière est bien liée à l’émergence d’une nouvelle vie…

Je n’interpréterai pas ici le rêve, qui a été discuté en profondeur avec la rêveuse et a bien sûr une dimension personnelle dans laquelle je n’entrerai pas. Je veux simplement souligner qu’il ressort que le pivot du rêve est dans l’échange de regards avec l’enfant – il se produit là quelque chose d’indescriptible, de l’ordre du contact avec le mystère. Cet enfant est clairement une représentation du Soi qui commence à se manifester, ou pourrait-on dire à s’incarner, dans la vie de la rêveuse sous une nouvelle forme. Il n’est pas anodin bien sûr qu’il soit enveloppé dans une sorte de chrysalide : il y a là un clin d’œil qui réfère à la transformation radicale de la chenille en papillon, qui n’est jamais chose aisée. Bien souvent, le Soi apparaît dans les rêves de façon tout à fait discrète, qui passerait presque inaperçu, par exemple donc sous la forme d’un bébé. Ici, la rêveuse et moi ne pouvions le rater car elle avait, suite à un exercice visant à la réconciliation des opposés que je lui avais proposé, réalisé le dessin qui illustre cet article, où l’enfant divin apparaît dans toute sa splendeur. Mais bien sûr, le rêve souligne aussi les peurs de la rêveuse, sa crainte de « laisser tomber » le Nouveau qui émerge dans sa vie, et son désir d’établir une connexion vivante avec celui-ci : nous sommes convenus que le mouvement le plus important du rêve est sans doute dans son désir d’un contact sensible, charnel, avec celui-ci.

Cependant, à ce point de la vie de la rêveuse, l’errance est inévitable. Elle ne retrouve pas la maison, même si celle-ci n’est pas loin – elle peut entendre l’enfant pleurer. Il faut le dire : il n’y a pas de transition importante sans errance, sans égarement. Il est nécessaire de perdre à un moment toutes les cartes pour pouvoir aborder à une nouvelle vision de l’existence. On ne souligne jamais assez l’importance de l’errance, la nécessité de vivre pleinement celle-ci. L’essentiel, dans un tel passage, est de conserver ne serait-ce que la mémoire d’un contact vivant avec le Soi qui agit comme un phare dans la nuit – ici, le regard et la présence de cet enfant. Le rôle de l’analyste est simplement d’offrir une présence, de permettre de rester en relation, dans cette Œuvre au Noir et d’incarner la confiance dans le Soi qui, même s’il apparaît sous la forme d’un enfant, saura guider la rêveuse. J’aime bien rappeler ces mots de Tolkien, qu’il met dans la bouche du futur roi Aragorn dans Le Seigneur des anneaux :

« Tous ceux qui errent ne sont pas perdus. »

Cet enseignement pourrait valoir pour notre époque. Se pourrait-il que toute l’humanité soit en errance à ce point ? Gardons foi...

 

Et voici un autre rêve, qu’a reçu une jeune femme très intéressée par les rêves :

Je parle avec Robert Moss. Il est très gentil et nous échangeons autour des rêves. A un moment, il me donne une carte qui représente un dragon et une pleine lune, ce qui me touche beaucoup car j’aime beaucoup les dragons. Plus tard, il prend une feuille de papier et entoure quelque chose sur celle-ci. Il semble vouloir me montrer quelque chose. Puis il me montre des nuages noirs dans le ciel et au cœur de ceux-ci, une porte lumineuse… et il me demande si je sais ce que c’est. Je me dis dans mon for intérieur que ce sont les ténèbres mais je dis que c’est la porte qui ramène à la Source. Il me dit « exactement » et il ajoute que si je passe par cette porte, je reviendrai à la Source.

Plus tard, je suis en voiture et j’observe dans le ciel que je peux voir, derrière le soleil, la lune en transparence. Je me fais la réflexion que c’est la même entité.

Robert Moss est un enseignant fameux dans le domaine du travail avec les rêves. La rêveuse et moi avions quelques temps auparavant discuté de sa lecture du livre de Moss Les Iroquois et le rêve chamanique, auquel elle avait été particulièrement sensible. La carte montrant un dragon et une pleine lune semble évoquer une conjonction remarquable : le dragon symbolise volontiers une énergie très yang, un feu pour ainsi dire inarrêtable, qui rencontre ici la maîtresse symbolique de la nuit, liée bien sûr aux rêves, dans sa plénitude.

On retrouvera en fin du rêve une autre conjonction remarquable avec le soleil et la lune apparaissant en transparence, symbole de l’union alchimique des principes masculin et féminin, de la conscience et de l’inconscient. Il se trouve que je parlais la veille de l’écoute de ce rêve, dans un cours, du fait que le Omkar hindou, qui symbolise le fameux AUM, représente l’illumination comme une lune conjointe à un soleil. J’ai bien sûr sursauté en entendant ce rêve, avec l’impression d’une coïncidence remarquable qui venait souligner le symbole. La rêveuse semble ainsi prendre conscience de l’identité fondamentale de la conscience et de l’inconscient, c’est-à-dire de l’unité de la psyché qui forme, quand ces deux sont unis, une seule entité. C’est une intuition assez étonnante de la non-dualité au-delà des apparences. Mais l’élément qui a le plus attiré mon attention ici est la porte entourée de ténèbres, qui reconduit à la Source. Le fait que la porte soit entourée de noirceur nous renvoie à la dualité inhérente à notre monde. Un très beau haïku de la poétesse palestinienne Han Jouda dans son recueil Gaza ô ma joie exprime magnifiquement cette dualité :

Ce monde
Énorme tas d’aiguilles
Cache une fleur

Poster du FPLP qui dit : « une fleur est une fleur est un drapeau »

Il n’est pas facile de parler de cette porte lumineuse, qui reconduit directement à la Source, car on peut facilement, à ce sujet, parler pour ne rien dire. On peut penser s’en tirer à bon compte en disant qu’il s’agit là d’un symbole du Soi, mais encore ? Avec l’enfant plus haut, nous pouvions au moins lier celui-ci à l’apparition d’une nouvelle vie, d’un sens peut-être émergeant de la transition vécue par la rêveuse. Ici, il est simplement question de revenir à la Source, ce qui évoque directement une dimension numineuse, pour ne pas dire religieuse (au sens noble du lien avec le Mystère créateur). En s’en tenant au concept jungien du Soi, on risque fort de "psychologiser" ce dont il est question – n’oublions pas que Jung a choisi ce terme en référence à l’Atman oriental, car il ne pouvait faire autrement que de reconnaître la dimension spirituelle de ce que le mot désignait. Les jungiens feraient bien, quand ils évoquent le Soi, de se laver la bouche comme les bouddhistes zen le font quand ils prononcent le nom « Bouddha ». Nous voilà donc obligé.e.s de réintroduire ce gros mot de DieuE dans le rêve – je lui ajoute un "E" pour bien marquer le fait que ce qui est évoqué là est au-delà des opposés, inclut une dimension féminine, et réclame à notre époque de se débarrasser des projections patriarcales.

Et voilà donc que DieuE réapparaît dans un rêve à propos des rêves, avec l’enseignant du travail avec les rêves qui montre cette porte à la rêveuse ! Chacun.e en fera ce qu’iel voudra en fonction de ses croyances. Sur le plan existentiel, hors de tout dogme, DieuE renvoie à ce pourquoi il est quelque chose plutôt que rien, et dès lors, à ce qui donne sens et valeur à l’existence. Une fois cela dit, nous devons mettre notre main devant notre bouche. C’est-à-dire que nous devons nous garder de réduire à une explication psychologique ou à une dogmatique quelconque l’expérience intérieure de celleux qui sont invité.e.s à contempler, et peut-être franchir en conscience, la porte lumineuse.

Le thème de la lumière dans le registre spirituel est universel : elle est ce qui fait voir, ce qui éclaire, ce qui chasse l’obscurité. Le prologue de l’évangile de Jean évoque cette « lumière de la Vie » que les ténèbres ne saisissent pas. Le Coran (24.35) dit ouvertement qu’Allah «  est la Lumière des cieux et de la terre. » et poursuit en ajoutant que :

«  Lumière sur lumière. Allah guide vers Sa lumière qui Il veut. »

La suite du texte laisse entendre que la Source donne des paraboles, mais on pourrait aussi entendre des rêves, à qui Iel veut offrir une guidance. Dans un tout autre contexte, Sri Nisargadatta, qui a réalisé le Soi au sens du Vedanta, déclare :

« Je suis la lumière où apparaissent et disparaissent tous les rêves »

et il ajoute ailleurs :

« Vous êtes lumière. Votre nature est lumière qui se produit d’elle-même. Vous êtes seulement lumière. »

Cette lumière qu’évoque Sri Nisargadatta est pure connaissance, et c’est précisément ce que disent les Upanishads du Soi. Ainsi lisons-nous ce dialogue dans la Brihadaranyaka Upanishad :

- « Qu’est-ce que le Soi ?

- C’est, parmi les organes vitaux, celui qui est fait de connaissance, l’esprit qui brille à l’intérieur du cœur. »

Enfin, pour revenir plus près de notre culture et à une approche qui pourrait renouveler en profondeur notre perception du fait religieux, il y a ces mots de l’évangile de Thomas qui résonne avec ceux de Sri Nisargadatta :

« Yeshua dit : Je suis la lumière qui est sur eux tous (...) » (logion 77)

« Si l’on vous interroge : d’où êtes-vous ? Dites-leur : nous sommes venus de la lumière, de là où la lumière est née d’elle-même. » (logion 50)

Et encore :

« Il y a de la lumière au-dedans d’un être lumineux, et il illumine le monde entier. S’il n’illumine pas, il est ténèbres ». (logion 24)

Sans entrer plus avant dans le détail de la nature de cette lumière et de ce qu’il y a derrière la porte lumineuse – c’est à chacun.e d’y aller voir... –, je saisis simplement cette occasion pour signaler que sans cette visée spirituelle, le travail avec les rêves pourrait s’avérer vain. J’ai déjà parlé dans un autre article (tout ça pour ça) de comment Von Franz souligne que le travail avec l’inconscient ne saurait avoir finalement aucune visée utilitariste – il apporte beaucoup de bénéfices à qui s’y consacre, mais il n’a pas pour but de garantir notre bien-être. Les rêves, nous dit-elle, « n'enseignent ni une connaissance intérieure ni à réaliser quelque chose, mais à exister : ils se contentent d'enseigner à vivre. » On pourrait dire aussi qu’ils nous invitent à devenir pleinement humain.e.s, et que cette humanité implique une relation consciente avec le mystère de l’Origine de tout ce qui est...

Quant à cette Origine, on peut sortir des modèles théistes traditionnels en considérant par exemple le modèle proposé par Jean Houston qui fonde la « psychologie sacrée »1 qu’elle a élaboré : tandis que notre identité individuelle se définit surtout au niveau de frontières nous permettant d’affirmer « c’est moi » (et ce n’est pas toi), nous participons nécessairement à un autre niveau, collectif, où se vit un « nous sommes ». C’est l’espace des mythes et des légendes, des archétypes et des histoires qui fondent des identités collectives, que ce soient celles de familles ou de groupes culturels. 

Ce « nous sommes » peut cependant dépasser ces définitions limitées par l’appartenance à un groupe défini en embrassant le collectif de l’humanité toute entière, et même celui de notre planète Gaïa ou de l’Univers tout entier. Swamiji Prajnanpad, le maître d’Arnaud Desjardins, pointait cette direction en indiquant qu’en fait, le but de la pratique spirituelle n’est pas de faire disparaître le moi mais de le dilater à l’Univers entier – il n’est plus d’autre que moi, et l’affirmation « nulle autre qu’IElle est » devient une évidence sensible. Alors, au-delà du « nous sommes » apparaît le « Je suis », l’affirmation de l’Être qui est à l’origine de tout, se reflète dans la multiplicité des formes. Dès lors, il est clair aussi que cette Source n’est pas située dans le temps, mais est l’éternel Maintenant dans lequel l’Univers et la vie se recréent en chaque instant. La lumière qui irradie de ce « Je suis » antérieur à Abraham comme à tout ce qui s’inscrit dans la temporalité est alors Paix et Amour car ce Maintenant ne saurait être en conflit avec quoi que ce soit qui est. Ainsi, dans la suite du logion 77 de l’évangile de Thomas dont j'ai parlé plus haut, Yeshua déclare :

« Je suis le Tout. Le Tout est sorti de moi, et le Tout est parvenu à moi. Fendez du bois, je suis là ; levez la pierre, vous me trouverez là. »

Il m’est pour ma part de plus en plus clair, et cela participe du silence que j’évoquais au début de cet article, que le travail avec les rêves, tout comme la plupart des psychothérapies, les techniques de transe, etc... relève de ce que l’on peut appeler les mondes intermédiaires. Comme nous le suggère l’Orient dans la carte de la conscience que figure le omkar (voyez mon article OM sweet home pour plus d'information), on peut se représenter cet espace comme un immense océan qui offre d’infinies possibilités, avec autant d’îles que de mondes. On y rencontre toutes sortes de figures archétypales, des Anges comme des démons, des dragons et des hippogriffes, etc – les jungiens y reconnaîtront l’Inconscient collectif qui aime à se représenter comme un océan. On peut aisément se perdre dans ces mondes, en cherchant des choses de moindre valeur – moindre en regard de la Lumière qui éclaire l’existence de l’intérieur – : par exemple la renommée ou la richesse, le pouvoir, la compensation de blessures affectives… mais nous ne devrions jamais perdre de vue que le but du voyage est de revenir à la Source. Le Soi, dans cette perspective, n’est pas un archétype parmi d’autres car il ressort qu’il est le principe ordonnateur de cet Inconscient collectif, qui lui donne sens et valeur, et qui propose une direction à la conscience en quête de son Origine. La porte de lumière agit dans la traversée de cet océan comme un phare, qui permet de garder le cap quoi qu’il advienne.

On peut considérer ce rêve qui la met en évidence comme une bénédiction que reçoit la rêveuse, bénédiction qui vient l’encourager à continuer son travail avec les rêves sans perdre de vue l’essentiel. Il y a peut-être bien là aussi un message qui vaut pour chacun.e d’entre nous tandis que nous traversons des temps troublés, d’obscurité et de tempête sur l’Océan de l’existence…

Puissiez-vous, vous aussi, trouver la porte lumineuse.
 


1 J’en profite pour signaler que mon amie Julie Gille, autrice de Paroles de l’Ombre, donnera début mai un stage de 3 jours d’introduction à la Psychologie sacrée, revisitée et réactualisée. J’y serai, assistant Julie dans cette aventure. Pour plus d’information, voyez : https://ceshum.net/formations/667082000021330040/



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